Une étude japonaise fait le lien entre les traumatismes vécus pendant l’enfance, l’environnement social et l’obésité. Les victimes ont plus de risques de souffrir d'addiction au tabac ou d’avoir des envies de produits sucrés et gras en période de stress. Au Japon, environ un homme sur trois et une femme sur cinq sont en surpoids.

Une étude japonaise fait le lien entre les traumatismes vécus pendant l’enfance, l’environnement social et l’obésité. Les victimes ont plus de risques de souffrir d’addiction au tabac ou d’avoir des envies de produits sucrés et gras en période de stress. Au Japon, environ un homme sur trois et une femme sur cinq sont en surpoids.

Plus la recherche avance, plus on sait que l’obésité ne relève pas d’un manque de volonté. Au contraire, il s’agit d’un maladie dont les ressorts sont multiples, et notamment psychologiques.
Des chercheurs japonais viennent de le rappeler une nouvelle fois dans une étude lancée auprès de 20 000 citoyens de Kobé, une grande ville représentative du Japon, où l’obésité chez les femmes est également liée à l’origine socio-économique.
Grâce à ce large sondage réalisé auprès d’adultes, les scientifiques de l’école de médecine de l’université de Kobé ont pu identifier les causes variées du surpoids et de l’obésité, en explorant notamment l’environnement social des individus. Les résultats de cette étude sont d’autant plus importants qu’au pays du soleil levant environ un homme sur trois et une femme sur cinq sont en surpoids
Pour cette enquête, le professeur Yoshikazu Tamori, directeur de l’étude, et son équipe ont analysé 5 425 réponses issues d’un questionnaire adressé à des Japonais, âgés de 20 à 64 ans, sur leur mode de vie et leur santé.



Violence physique ou verbale d’un parent, insuffisance de nourriture…

Chez les femmes, ils ont constaté qu’il y avait des différences significatives entre celles atteintes d’obésité et les autres : elles concernaient notamment l’emploi, la situation socio-économique, le niveau d’éducation, les activités extra-scolaires réalisées pendant les années du collège et du lycée, ainsi que les difficultés rencontrées pendant l’enfance.
Les chercheurs japonais ont confirmé que tous les traumatismes vécus pendant l’enfance ont un impact sur le bien-être et la santé à l’âge adulte. « Les expériences d’adversité pendant l’enfance incluent la violence physique d’un parent, l’insuffisance de nourriture ou de vêtements, et un traumatisme émotionnel provenant des commentaires ou des insultes d’un parent », poursuivent les experts japonais.



« L’état matrimonial, la situation économique du ménage, les antécédents scolaires »

Si l’étude révèle effectivement que la violence physique, la privation d’alimentation et divers traumatismes constituent des facteurs liés à l’obésité, elle note également que les femmes, dont la situation socio-économique était moins bonne, ou qui avaient fait moins d’études, avaient un risque plus élevé d’être atteinte d’obésité. « L’état matrimonial, la situation économique du ménage, les antécédents scolaires et les expériences d’adversité pendant l’enfance sont des facteurs qui peuvent prédire l’apparition de l’obésité. En revanche, aucune différence statistique n’a été constatée entre les catégories étudiées chez les hommes », commente l’équipe du professeur Tamori.



Risque d’addiction en période de stress

Pour les chercheurs japonais, les personnes victimes de l’un ou de plusieurs de ces multiples facteurs ont plus de risque de souffrir d’addiction au tabac, d’avoir des envies de produits sucrés ou gras en période de stress, etc.
Pour le professeur Tamori, ce risque plus élevé d’obésité chez les femmes concernées par ces violences a plusieurs explications. « Il y a des différences dans la manière dont les hommes et les femmes perçoivent le poids, explique-t-il. La minceur est plus facilement associée à la santé et à la beauté chez les femmes, en comparaison aux hommes. » Si plusieurs études à travers le monde se sont déjà intéressées aux origines multi-factorielles de l’obésité, c’est la première fois qu’une étude japonaise chercher à éclairer le lien entre la violence pendant l’enfance et l’obésité à l’âge adulte.



« Il y a mille raisons qui peuvent conduire à l’obésité »

Cette étude fait écho aux nouvelles recommandations publiées par des médecins et chirurgiens bariatriques canadiens pendant l’été 2020. Elles visent à mieux accompagner les personnes atteintes d’obésité, et à cesser de les considérer comme responsable de leur maladie (cliquez ici). « La nourriture est un antidépresseur, une addiction qui survient souvent quand on n’a pas réussi à soigner le mal initial, un gros choc émotionnel, un mauvais diagnostic, un héritage génétique, un dysfonctionnement hormonal. Il y a mille raisons qui peuvent conduire à l’obésité », concluent les spécialistes.


Philippe PALAT

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