Via une « chaperone pharmacologique », les chercheurs ont restauré la fonction du récepteur de la mélanocortine de type 4 et réduit de manière importante la prise alimentaire des souris. Si les essais précliniques in vivo sont très encourageants, une application pharmaceutique pour l’homme est encore lointaine.

Via une « chaperone pharmacologique », les chercheurs ont restauré la fonction du récepteur de la mélanocortine de type 4 et réduit de manière importante la prise alimentaire des souris. Si les essais précliniques in vivo sont très encourageants, une application pharmaceutique pour l’homme est encore lointaine.

Le traitement de l’obésité massive précoce au sein de la famille passera-t-il par le Québec ? Le professeur Michel Bouvier de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) à Montréal vient de publier une étude qui évoque une piste de traitement pour une forme d’obésité d’origine génétique. Parus mi-janvier dans le Journal of Clinical Investigation, les résultats pourraient ouvrir la voie au traitement de l’obésité massive précoce familiale.
On sait déjà que l’obésité massive est causée, notamment, par l’inaction de la mélanocortine (cliquez ici), une hormone qui régule l’appétit et la dépense d’énergie. L’absence de son récepteur, qui rend son action possible à la surface des cellules de l’hypothalamus, conduit donc à l’obésité.
Avec des modèles animaux, dont le génome avait été modifié afin de reproduire la maladie humaine, les chercheurs se sont attaqués à la mutation d’un gène connu pour son rôle dans la satiété, le récepteur de la mélanocortine de type 4 (MC4R).
Par le passé, l’équipe du professeur Bouvier avait déjà découvert des molécules « chaperones pharmacologiques » qui permettent au récepteur défectueux d’être exporté à la surface des cellules.



Un changement de comportement immédiat des souris obèses

A la suite de l’injection d’une molécule thérapeutique mise au jour par les chercheurs et connue sous le nom de « chaperone pharmacologique », les souris obèses ont vu leur comportement changer immédiatement.
Dans leur étude, les chercheurs décrivent un modèle animal nouveau dont le gène MC4R a été remplacé par le gène MC4R humain normal ou muté. Ils expliquent qu’une « chaperone pharmacologique » restaure la fonction du gène MC4R muté et réduit de manière importante la prise alimentaire des souris.
« Nous sommes encore loin d’une application pharmaceutique pour les humains, mais les essais précliniques in vivo sont très encourageants », mentionne le professeur Michel Bouvier, récemment récompensé par un prix Killam, l’une des plus prestigieuses distinctions scientifiques au Canada.



« Ces personnes peuvent être ostracisées… »

« Les gens qui sont atteints de cette maladie rare ne ressentent pas la satiété, ce message envoyé à notre cerveau pour stopper la faim. Ils mangent donc beaucoup trop pour leurs besoins, ce qui entraîne des effets indésirables comme l’obésité et le diabète de type 2 », explique Michel Bouvier, coauteur de cette étude avec sa collègue Patricia René, de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l’Université de Montréal, et deux chercheurs de l’Université Laval, Damien Lanfray et Denis Richard.
La maladie qui est ciblée par les chercheurs touche environ 1 personne sur 250 000. « C’est une maladie rare peu présente dans la population. Quand une famille est aux prises avec cette affection, plusieurs individus en seront atteints dans la filiation et, l’obésité étant très souvent associée aux habitudes de vie, ces personnes peuvent être ostracisées », poursuit le chercheur qui a travaillé Avec des collègues de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, affilié à l’Université Laval.
Ce n’est pas la première fois que des travaux du laboratoire de Michel Bouvier mènent à des pistes pharmaceutiques prometteuses. « C’est l’objectif de l’IRIC d’assurer la continuité entre la recherche fondamentale et les applications cliniques », souligne-t-il.


Philippe PALAT

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