Les personnes atteintes de diabète ou en situation d’obésité payent un lourd tribut à la pandémie. En Alsace, plusieurs structures et institutions ont conjugué leurs efforts pour ouvrir un centre de vaccination dédié à ces patients à partir de 18 ans, alors qu’au niveau national le calendrier vaccinal ne l’autorise pas encore. Une première en France que la Ligue contre l’obésité et les patients souhaiteraient voir étendue...

Les personnes atteintes de diabète ou en situation d’obésité payent un lourd tribut à la pandémie. En Alsace, plusieurs structures et institutions ont conjugué leurs efforts pour ouvrir un centre de vaccination dédié à ces patients à partir de 18 ans, alors qu’au niveau national le calendrier vaccinal ne l’autorise pas encore. Une première en France que la Ligue contre l’obésité et les patients souhaiteraient voir étendue…

En France, les personnes en situation d’obésité de moins de 50 ans ne peuvent toujours pas se faire vacciner (cliquez ici). Elles devront attendre la mi-juin. Sauf à Strasbourg ! Là-bas, dans la région Grand Est, les personnes atteintes d’obésité âgées entre 18 et 50 ans peuvent se faire vacciner dés à présent. Une exception française due à la mobilisation de plusieurs institutions et structures alsaciennes qui ont compris l’urgence de la situation.
Parce que les diabétiques et les obèses payent le prix fort de la pandémie, l’Agence régionale de la santé (ARS) Grand Est a demandé à l’Institut prévention santé diabète Grand Est (IPSDE) d’agir pour favoriser la vaccination de ces patients particulièrement vulnérables.
Aussitôt dit aussitôt fait : depuis le mardi 6 avril 2021, ce centre de vaccination – logé au sein du nouveau centre de santé de l’IPSDE (1) ouvert en novembre dernier dans le quartier Hautepierre de Strasbourg – accueille et vaccine les personnes diabétiques de type 1 et 2 de plus de 55 ans. Ainsi que les moins de 55 ans qui présentent des comorbidités.
Les personnes souffrant d’obésité de plus de 18 ans, ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 sont également éligibles. C’est une question de prévention et de priorisation. « S’ils contractent le Covid-19, ces patients risquent d’être en échec à la ventilation et à l’intubation », a précisé le professeur Michel Pinget, président du Centre européen d’étude du diabète (CEED) sur le site de France 3 Grand Est.



« Cela se passe sur prescription médicale »

Sollicité par la Ligue contre l’obésité concernant la vaccination des personnes en obésité âgées de 18 à 49 ans, le professeur Pinget reconnaît que c’est « l’ARS qui est à l’origine de cette extension. Au départ, nous n’y avons pas pensé et nous nous concentrions sur la vaccination des personnes diabétiques. Mais l’ARS nous a sollicités le 30 mars en nous expliquant que les personnes obèses couraient non seulement un risque très important de contracter une forme grave de la Covid-19, mais que cela posait également des difficultés de manipulation dans les services en raison du poids de ces patients ». Tant il est vrai que la prise en charge de ces patients complique la situation.
Du côté de l’ARS Grand Est, le docteur Laure Pain, à l’origine de la sollicitation, confirme ce choix. Et a précisé à la Ligue contre l’obésité les modalités qui doivent conduire à la vaccination des personnes en obésité. « Nous considérons que les personnes en obésité, notamment en obésité massive, doivent être vaccinées à moins de 50 ans. Afin d’identifier toutes les personnes à risque pour leur proposer la vaccination, nous nous sommes appuyés à la fois sur la filière des personnes suivies dans le cadre d’un pré-diabète et sur la filière de la chirurgie bariatrique qui connaît les gens qui vont se faire opérer. Cela se passe sur prescription médicale. Nous faisons confiance au médecin pour délimiter entre un patient avec un IMC 30 en pleine forme et un patient qui commence à développer un diabète ou qui a une pathologie associée même mineure ». Charge aux médecins de délivrer le certificat médical spécifiant l’obésité du patient.



« La préfecture peut décider d’élargir les critères d’éligibilité »

Ce dispositif alsacien s’inscrit-il dans le calendrier vaccinal décidé par le gouvernement ? Au regard des recommandations actuelles du ministère de la Santé (cliquez ici) et de l’actualisation du 2 mars de l’avis de la Haute autorité de santé sur les facteurs de risque (cliquez ici), il n’est pas possible, comorbidités ou non, de se faire vacciner si on est âgé de moins de 49 ans. « Comme cela est indiqué sur le site du ministère, l’obésité est une comorbidité à risque de forme grave. Toutefois les personnes obèses de moins de 50 ans, sans autres pathologies à très haut risque de forme grave, ne sont actuellement pas prioritaires », a précisé le service de communication de la HAS à la rédaction de Ligue contre l’obésité.
A Strasbourg, on revendique clairement une approche différente. « Si une personne est âgée de 35 ans, avec une hypertension artérielle ou un pré-diabète ou une maladie chronique associée, elle doit pouvoir se faire vacciner. De plus, il existe une déclinaison départementale de la stratégie de vaccination. C’est la préfecture qui peut décider d’élargir les critères d’éligibilité. Pour moi, quelqu’un qui a 35 ans et qui est hypertendu est prioritaire au rapport à un enseignant… », souligne le docteur Laure Pain, une anesthésiste longtemps spécialisée en réanimation.
Pour elle, la décision de prioriser les personnes vulnérables, s’inscrit parfaitement dans la stratégie sanitaire départementale. « Nous avons soumis cette proposition à la préfecture qui a accepté. Nous avons donc mis en place trois circuits spécialisés, parmi lesquels l’Institut Prévention Santé Diabète qui propose des consultations externes avec vaccination ». Un institut qui fonctionne à plein régime depuis plus d’une semaine.



« Un rythme de 300 doses par semaine »

Questionné par la Ligue contre l’obésité, le professeur Pinget a estimé que l’IPSDE devrait pouvoir vacciner jusqu’à 1 200 personnes entre le 6 avril et le 30 mai 2021. « Nous avons commencé la vaccination la semaine dernière. Nous sommes sur un rythme de 300 doses par semaine. Initialement, ce projet prévoit de vacciner pendant deux mois, mais il n’est pas exclu que nous prolongions ce dispositif », souligne-t-il. D’autant qu’au cours de la seule journée du lundi 12 avril, le centre de vaccination a reçu plus de 350 appels.
Côté bilan de la première semaine, le professeur Pinget estime que la proportion des personnes vaccinées se découpe en trois tiers : « Un tiers de diabétiques, un tiers de personnes en obésité, un tiers de personnels des diverses structures qui portent le projet. »
Les rendez-vous se prennent par téléphone ou en ligne. Les patients doivent se présenter avec un certificat émanant de leur médecin traitant confirmant le diabète ou l’obésité, voire les deux pathologies.



Après les personnels de santé, « les éboueurs car ils sont en première ligne »

Concernant le vaccin utilisé, le professeur Pinget a confirmé à la Ligue contre l’obésité qu’il s’agissait du Moderna. « Il possède les mêmes performances que le Pfizer et on ne constate aucune réaction de type virale »,
Selon France 3 Grand Est, s’il devait rester des doses à l’issue des deux mois, l’ISPDE les proposera « aux personnes de plus de 75 ans du quartier de Hautepierre qui ne seraient pas encore vaccinées ».
De son côté, le docteur Pain de l’ARS estime que la priorisation des populations à risque est nécessaire. D’ailleurs, après les personnels de santé et ceux des Établissements et service d’aide par le travail (ESAT), elle souhaite que les éboueurs soient vacciner rapidement. « Ils sont exposés, ils sont en première ligne et on les oublie toujours. Dés qu’on nous dit qu’il faut faire les policiers, on fait les éboueurs. Avant les enseignants… », conclut le docteur Laure Pain.



Philippe PALAT

(1) L’Institut Prévention Santé Diabète Grand Est (IPSDE) est dédié à la prévention et à l’accompagnement en ambulatoire, de personnes atteintes de maladies chroniques, en particulier de diabète, ou de maladies métaboliques, ou à risque de l’être. Il est né du partenariat entre le groupe Le Noble Age (LNA) spécialisé dans les établissements médicalisés et le Centre européen d’étude du diabète présidée par le professeur Michel Pinet.

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