La communauté noire américain paie un lourd tribut à la crise du Covid-19. Le pourcentage de Noirs décimés par la pandémie est particulièrement alarmant dans le sud du pays et à Chicago. Cette large morbidité s'explique par la pauvreté et la précarité qui frappent cette partie de la population. Une population également victime de gros problèmes de santé et d’un criant manque d'accès aux soins.

La communauté noire américain paie un lourd tribut à la crise du Covid-19. Le pourcentage de Noirs décimés par la pandémie est particulièrement alarmant dans le sud du pays et à Chicago. Cette large morbidité s’explique par la pauvreté et la précarité qui frappent cette partie de la population. Une population également victime de gros problèmes de santé et d’un criant manque d’accès aux soins.

Donald Trump l’a lui-même reconnu il y a une semaine : les Afro-Américains sont plus sévèrement touchés par l’épidémie de coronavirus. Et le président américain d’avouer que ce phénomène constituait un « énorme défi » pour le pays.
Des chiffres ont déjà été publiés par certains Etats ou certaines villes. Tous confirment la situation. La Louisiane, au sud-est des Etats-Unis, a été le premier État du sud à classer les décès de Covid-19 par couleur de peau, rappelle The Guardian. Le gouverneur John Bel Edwards a annoncé que 70% des décès concernaient des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 33% de la population de l’État. L’épidémie a été particulièrement meurtrière à la Nouvelle-Orléans, une ville majoritairement noire avec l’un des taux de pauvreté le plus élevé des Etats-Unis.
La situation semble identique dans le reste du pays. A Chicago, 72% des décès liés au coronavirus sont des personnes afro-américaines, alors qu’elles représentent30% de la population.



Plus touchés par les maladies et une mauvaise couverture

Dans le Michigan, au nord-est du pays, les Afro-Américains ne sont pas, non plus, épargnés. Ils ne sont que 14% dans la population, mais représentent 40% des morts. Dans le comté de Washtenaw, c’est aussi l’hécatombe : 49% des personnes hospitalisées sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 12,3% de la population.
En milieu de semaine dernière, le maire de New-York, Bill de Blasio a confirmé cette dramatique situation en indiquant que le coronavirus touche davantage la population afro-américaine et hispanique de manière disproportionnée par rapport à leur part dans la population globale de la ville.
Selon Anthony Fauci, le directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses aux Etats-Unis, cette surmortalité parmi la population noire aux Etats-Unis serait principalement liée à deux facteurs : les Afro-américains sont plus touchés par des maladies, comme le diabète (115 millions d’Américains souffrent de diabète ou de prédiabète) et les Etats-Unis font face à une important disparité dans l’accès aux soins puisqu’environ 27,5 millions d’Américains, soit 9% de la population, n’ont pas de couverture et ne bénéficient donc d’aucun remboursement de frais de santé. Parmi eux, on trouve beaucoup d’Afro-Américains.



Conséquence des inégalités sociales

Cette situation est confirmée par le docteur Jerome Adams, administrateur de la santé publique aux Etats-Unis, l’équivalent du docteur Jérôme Salomon, le directeur général de la santé en France. « Les personnes souffrant d’affections sous-jacentes sont plus touchées par Covid-19, et aux États-Unis, les personnes noires sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé sous-jacents comme le diabète, les maladies cardiaques et les maladies pulmonaires », a précisé le chirurgien américain lors d’une émission sur CBS This Morning.
Selon les sociologues et les épidémiologistes américains, la quasi-totalité des pathologies qui augmentent la vulnérabilité des patients au coronavirus (diabète, AVC, VIH, etc.) touchent plus fréquemment la population noire. Ils souffrent plus souvent et plus jeunes d’insuffisances cardiaques, d’asthme et d’hypertension. Il est également avéré que les quartiers pauvres et noirs ont moins de médecins et que les hôpitaux sont de moindre qualité. Au fil des années, ces disparités ont contribué à réduire l’espérance de vie des Noirs américains, inférieure de quatre ans à celle des Blancs.
« Nous n’avons pas traité les inégalités sociales aux États-Unis, que ce soit au niveau de l’éducation, de l’emploi ou des revenus », constate Hedwig Lee, professeure de sociologie à l’université de Washington, à Saint-Louis. « Nous savions que les groupes à la santé déjà fragile étaient plus susceptibles de mourir de la maladie, mais les chiffres n’en restent pas moins effarants », précise cette spécialiste des disparités raciales dans la santé.



« Le Covid-19 est un véritable coup de grâce »

Très fortes aux Etats-Unis, les disparités socio-ethniques aggravent le phénomène. Comparativement aux Blancs, les Noirs occupent beaucoup plus d’emplois instables. Conséquence : les Noirs ont des niveaux plus faibles de couverture d’assurance maladie et sont beaucoup moins susceptibles de bénéficier d’une mutuelle de la part de leur employeur.
Au plan économique, la fermeture généralisée d’entreprises non essentielles a nui plus fortement aux travailleurs noirs et hispaniques largement représentés dans la construction et dans les emplois du secteur des services. L’analyse des économistes note que la plupart des travailleurs à bas salaires ne peuvent pas télétravailler.
Outre les difficultés d’accès aux soins de santé, il existe aussi des questions environnementales dans certaines collectivités, des problèmes de qualité de l’air ou d’eau qui pénalisent la communauté afro-américaine. Ce quoi s’ajoute la concentration de la population. Or, c’est évident : le coronavirus se propage plus rapidement dans les endroits à plus forte densité, comme les villes. Et les Noirs américains sont plus susceptibles de vivre en zone urbaine qu’en zone suburbaines ou à la campagne. La distanciation sociale est dès lors plus compliquée lorsqu’on habite des quartiers plus denses, des logements plus petits. « Le Covid-19 est un véritable coup de grâce pour ces gens qui sont déjà en grande difficulté », conclut David R. Williams, professeur à l’université Harvard et chercheur sur les questions ethniques et sanitaires.

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