Médecin hépatologue au Centre hospitalier universitaire de Montpellier, cette praticienne spécialisée dans le traitement des maladies du foie a animé, dans le cadre des 4èmes Rencontres des Idées fortes, une séance plénière sur le thème « Définir la NASH, la diagnostiquer et apporter les soins adaptés ». Elle a nous accordé une interview dans la foulée de son intervention pour expliquer le phénomène et les lésions de cette stéatose hépatique.

Qu’est-ce que la NASH ?
La NASH est une inflammation du foie. C’est une hépatite liée au gras et qui n’est pas liée à l’alcool puisque, par définition, elle est non alcoolique. Cette stéatose hépatique non alcoolique s’appelle d’ailleurs « nolcoholic steatohepatitis ».

Comment décèle-t-on la NASH ?
On peut suspecter la NASH si le patient à une stéatose du foie. Elle peut se découvrir par le biais d’une échographie. En règle générale, la NASH provoque une perturbation du bilan hépatique que l’on peut déceler à partir d’une prise de sang. Afin de vérifier si le patient est bien atteint de la NASH, il faut pratiquer une biopsie du foie.

Souffre-t-on physiquement des la NASH ? Le patient a-t-il, par exemple, des douleurs ?
Normalement, la NASH est asymptomatique, donc dans la plupart des cas, elle ne fait pas souffrir. Mais nous recevons parfois des patients qui se présentent pour une fatigue, une sensation de malaise, des pesanteurs ou qui ressentent un inconfort, notamment au niveau de l’hypochondre droit de l’abdomen.

Quel est le lien NASH et obésité ?
Chez les patients obèses, près de 90 % d’entre-eux vont avoir le foie plus gras qu’il ne faudrait. C’est-à-dire qu’ils ont plus de 5% de graisse dans le foie. Pour une certaine partie de ces patients, le gras va créer une inflammation. On peut estimer que dans 80% des cas, il n’y aura pas d’inflammation, mais pour les autres 20% on va trouver une stéatose hépatique, c’est-à-dire de la NASH.

Comment traite-t-on la NASH ?
Le meilleur traitement de la NASH, c’est la perte pondérale. Pour l’instant, c’est la meilleure méthode disponible. En fait, il faut parvenir à l’équilibre de tous les facteurs métaboliques. En équilibrant un diabète, en équilibrant une dyslipidémie (NDRL : concentration anormalement élevée ou diminuée de lipides dans le sang), en perdant du poids, en mangeant moins gras et moins sucré, en ayant une activité régulière, on va modifier tous ces paramètres métaboliques et faire que le gras ne s’accumule plus dans le foie. Ainsi, l’inflammation de la stéatose hépatique va être cassée.

Existe-il aujourd’hui un médicament ?
Pour l’instant, il n’y a aucun médicament miraculeux. La vitamine E possède un effet anti-oxydant. Elle permet seulement de diminuer un petit peu l’inflammation. A l’heure actuelle, il y a de nombreuses recherches en cours, mais rien de véritablement efficace. Dans les années à venir, on peut imaginer des médicaments avec plusieurs mécanismes d’action qui joueraient sur plusieurs tableaux, comme par exemple sur le diabète. Mais comme tout médicament, il faut s’attendre possiblement à des effets secondaires.

La NASH est-elle une maladie en progression en France et dans le monde ?
Dans tous les pays industrialisés, oui la NASH est en augmentation. Cependant, cela tend à se stabiliser avec la prise en charge de tous les paramètres métaboliques.

La NASH peut-elle provoquer un risque de mortalité ?
Si la NASH provoque de la fibrose, c’est-à-dire une cirrhose du foie, alors oui, il existe des risques de surmortalité, notamment dans le cas d’une fibrose avancée. La NASH peut aussi être liée à un cancer. En fait, la NASH, c’est le reflet d’une maladie plus générale que l’on va définir comme syndrome métabolique avec des pathologies cardiaques, des pathologies cancéreuses, etc.

Un autre conseil pour conclure ?
Il faut éviter les gros facteurs d’agression pour le foie. Il faut notamment limiter la consommation d’alcool avec maximum un verre de vin par jour, et observer certains jours sans alcool.

Aussi bien pour les hommes que pour les femmes ?
Il fut un temps où l’Organisation mondiale de la santé préconisait au maximum trois verres pour les hommes et deux verres pour les femmes. C’est fini. Maintenant, on est tous égaux devant les facteurs de risque.