Selon une récente étude menée par l’University College London, les personnes en situation d’obésité auraient davantage de risque de souffrir de démence que les autres. Cette association serait encore plus élevée chez les femmes atteintes d’obésité abdominale.

Selon une récente étude menée par l’University College London, les personnes en situation d’obésité auraient davantage de risque de souffrir de démence que les autres. Cette association serait encore plus élevée chez les femmes atteintes d’obésité abdominale.

Les personnes qui souffrent d’obésité et qui sont âgées d’une cinquantaine d’années courent un risque supérieur de 31% de souffrir de démence plus tard dans la vie par rapport à ceux du même âge avec un poids normal. Telle est la conclusion des scientifiques de l’University College London (UCL) qui estiment que ce risque peut être particulièrement élevé pour les femmes qui sont atteintes d’obésité abdominale.
Les chercheurs, qui ont publié leurs résultats dans l’International Journal of Epidemiology, conseillent de placer sous contrôle l’indice de masse corporelle (IMC) car il pourrait jouer un « rôle significatif » dans la réduction du risque de démence. « L’IMC et le tour de taille doivent être surveillés pour éviter les dérèglements métaboliques. Par conséquent, il est recommandé de réduire le poids à des niveaux optimaux en adoptant des modes d’alimentation sains et équilibrés, tels que le régime méditerranéen, un exercice physique approprié et une consommation d’alcool réduite tout au long de toute la vie adulte », recommande le docteur Dorina Cadar, qui a participé à cette étude.



Une analyse auprès de plus de 6 500 personnes

Pour mener cette analyse, les scientifiques britanniques ont recueilli les données auprès de 6 582 personnes qui faisaient initialement partie de la vaste Etude longitudinale anglaise sur le vieillissement (English Longitudinal Study of Aging). Cette base de données représentative – 11 391 personnes âgées de plus de 50 ans en Angleterre en 2002 et 2003 – stocke des informations sur la santé, le bien-être et les circonstances économiques dans plusieurs périodes. Lorsque l’étude a commencé, aucun cas de démence n’avait été relevé.
Les scientifiques ont constaté que les personnes dont l’IMC se situait à 30 ou plus au début de la période d’étude avaient un risque de démence 31% plus élevé, avec un suivi moyen de onze ans, que celles ayant un IMC compris entre 18,5 et 24,9.
Les chercheurs ont remarqué également une différence significative entre les deux sexes dans le risque de démence associé à l’obésité. En effet, les femmes souffrant d’obésité abdominale avaient un risque accru de démence de 39% par rapport à celles ayant un niveau normal. Une corrélation confirmée indépendamment de nombreux facteurs : l’âge, le tabac, le niveau d’éducation, la présence de certains gènes, le diabète ou l’hypertension.
Lorsque l’IMC et le tour de taille ont été examinés en combinaison, les participants à l’étude obèses de l’un ou l’autre sexe ont montré un risque de démence 28% plus élevé que ceux de la plage normale.



Accumulation de protéines amyloïdes ou lésions dans le cerveau

Pourquoi l’obésité peut-être entraîner des démences ? Selon de précédentes études, l’obésité pourrait entraîner un risque accru de démence via son influence directe sur les cytokines (protéines de signalisation cellulaire) et les hormones dérivées des cellules graisseuses, ou indirectement par un effet indésirable sur les facteurs de risque vasculaires.
D’après certains chercheurs, l’excès de graisse corporelle pourrait augmenter le risque de démence par des voies métaboliques et vasculaires qui contribuent à l’accumulation de protéines amyloïdes ou de lésions dans le cerveau. « Il est possible que l’association entre l’obésité et la démence puisse être potentiellement expliquée par d’autres conditions comme l’hypertension ou les traitements anticholinergiques. La question de la recherche de l’existence d’un effet interactif entre l’obésité et d’autres facteurs de risque de la quarantaine, tels que l’hypertension, le diabète et le statut de porteur de l’APOE ε4 (1), en relation avec la démence, n’a pas été étudiée dans cette étude. Elle le sera dans des travaux à venir », rapporte Yuxian Ma, premier auteur de l’étude.



Des interventions de santé publique pour limiter les cas de démence

De son côté, le coauteur, le professeur Andrew Steptoe et directeur de la English Longitudinal Study of Aging (Etude longitudinale anglaise sur le vieillissement) rappelle que la démence représente un défi sanitaire majeur du siècle actuel au regard du vieillissement de la population. « En identifiant les facteurs susceptibles d’augmenter le risque de démence qui sont influencés par les facteurs liés au mode de vie, nous espérons qu’une partie substantielle, mais certes pas la totalité, des cas de démence pourra être évitée grâce à des interventions de santé publique ».
Les résultats de l’étude suggèrent clairement que la démence est la dernière d’une longue lignée de problèmes de santé liés à l’obésité, avec des taux élevés de cancer, de diabète de type 2 et de maladies cardiaques également imputés à l’excès de kilos.



« Des preuves qui relient l’obésité à un risque plus élevé de démence »

Commentant ces nouvelles conclusions britanniques, le docteur Sam Gandy, directeur associé du Mount Sinai Alzheimer’s Disease Research Center à New York. , a estimé que « ce nouveau document est tout à fait conforme à la fois au domaine en général et à notre propre travail en particulier ». Le docteur Gandy a déclaré que les protéines impliquées dans l’inflammation, les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2 – qui sont tous des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer – « peuvent contribuer aux liens entre l’obésité et la démence ».
Le professeur Keith Fargo, directeur des programmes scientifiques et de la sensibilisation à l’Association Alzheimer aux Etats-Unis, a déclaré que les liens entre les causes sous-jacentes des maladies physiques chroniques et la démence sont bien connus. « L’association entre les facteurs de risque pour la santé cardiaque – comme le diabète, l’obésité et l’hypertension artérielle – et le déclin cognitif et la démence est bien établie dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer », a souligné le professeur Fargo. « Ces nouveaux résultats s’ajoutent à l’ensemble des preuves qui relient l’obésité à un risque plus élevé de démence, a-t-il noté. Les différences fondées sur le sexe identifiées dans la dernière étude sont intrigantes. Mais il est trop tôt pour savoir si cette conclusion est valide sur la base d’une seule étude. »

(1) Chez les porteurs homozygotes de l’APOE ε4, un risque de 40% de développer la maladie d’Alzheimer est atteint dix ans plus tôt, de même pour la démence.

Pour en savoir plus : cliquez ici et ici