Dans son dernier avis, le Haut conseil de la santé publique a modifié le champ des pathologies. Il considère désormais que les personnes qui souffrent d’une obésité avec un IMC>30 risque de développer une forme grave d’infection au coronavirus. Jusqu’ici, seule l’IMC >40 était reconnue comme facteur aggravant du Covid-19. Ce nouveau critère devrait impacter la délivrance des arrêts maladies dérogatoires.

Dans son dernier avis, le Haut conseil de la santé publique a modifié le champ des pathologies. Il considère désormais que les personnes qui souffrent d’une obésité avec un IMC>30 risque de développer une forme grave d’infection au coronavirus. Jusqu’ici, seule l’IMC >40 était reconnue comme facteur aggravant du Covid-19. Ce nouveau critère devrait impacter la délivrance des arrêts maladies dérogatoires.

L’IMC>40 comme forme grave d’infection au coronavirus cacherait-il un indice de masse corporelle plus bas ? Depuis quelques jours à peine, le Haut conseil de la santé publique (HSCP) indique sur son site que les personnes avec un IMC>30 sont considérées comme pouvant développer une forme grave d’infection au Covid-19.
Depuis le début de la crise sanitaire, de nombreuses pathologies sont considérées comme des facteurs aggravants en cas d’infection par le Covid-19. Parmi elles, on y trouve l’hypertension artérielle, le diabète, l’insuffisance rénale, le cancer, etc. et les personnes présentant une obésité avec un IMC supérieur à 40.
Sauf que depuis le nouvel avis du HSCP publié le 31 mars, mis en ligne le 4 avril 2020, la donne semble changer en ce qui concerne la maladie obésité. En effet, le HSCP ne parle plus seulement d’IMC>40 mais inclut désormais dans le champ des pathologies à risque « une obésité avec IMC>30 ». Non sans préciser, au passage, que ce réajustement est réalisé « malgré l’absence de données dans la littérature ».

La Ligue contre l’obésité interpelle le HSCP

Sollicité par le site de la Ligue contre l’obésité, le HSCP a répondu en nous procurant la mise à jour de son document concernant le champ des pathologies. Une mise à jour qui spécifie, en page 13, dans le chapitre « Comorbidités », une formulation jamais lue jusqu’ici : « Malgré l’absence de données dans la littérature, en raison d’un risque présumé de Covid-19 grave compte-tenu des données connues pour les autres infections respiratoires, sont également considérées à risque de Covid-19 grave les personnes présentant un IMC > 40, mais aussi en cas d’obésité avec un IMC>30 kg/m2 ». Et le HSCP de préciser que cet IMC>30 était désormais indiqué « compte tenu de l’expérience de terrain des réanimateurs ».
Non seulement cette décision devrait satisfaire tous les experts et médecins qui, au vu de leurs constatations sur le terrain, réclamaient l’abaissement du niveau de l’IMC comme facteur aggravant du coronavirus, mais elle devrait également avoir un impact sur l’Assurance maladie.
En effet, l’Assurance maladie se réfère strictement aux recommandations du HSCP pour dresser la liste des personnes susceptibles de bénéficier d’un arrêt de travail à titre préventif.
Si jusqu’ici seule la personne souffrant d’obésité avec un IMC>40 pouvait obtenir un arrêt de travail dérogatoire après avoir consulté son médecin traitant, la décision du HSCP devrait permettre d’étendre – aux personnes avec un IMC>30 – la possibilité de bénéficier de la même procédure. Une demande soutenue par par la Ligue contre l’obésité auprès des instances sanitaires dans le cadre des mesures de protection des personnes en surpoids ou souffrant d’obésité.
Interrogés sur le sujet, les services de l’Assurance maladie n’ont pas répondu à nos sollicitations.



L’alerte donnée par le chef de l’Etat

Pour comprendre le cheminement des autorités sanitaires, il convient de faire un petit retour en arrière.
Le mardi 10 mars, le Haut conseil de santé publique (HCSP) publie des recommandations concernant les populations risquant de développer une forme grave d’infection au Covid-19. Placée à la dernière ligne de l’énumération de toutes les pathologies, on peut lire « les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle >40 kg/m2) ».
Pour le HCSP, si ces personnes sont intégrées dans les populations à risque dans le cadre du coronavirus, c’est par « analogie avec la grippe A(H1N1)19 » en raison de ce dernier épisode épidémique qui avait particulièrement touché les personnes en situation d’obésité.
C’est en donc en toute logique que, le jeudi 12 mars au soir, lors de son première intervention télévisée, le président Emmanuel Macron, conseillé par son collège d’experts, cite l’obésité comme pathologie à risque. « Dans l’immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger, mais le virus peut avoir des conséquences très graves, en particulier pour celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou le cancer ». Et le chef de l’Etat d’expliquer que ces personnes doivent être protégées en priorité.



Dans la liste ministérielle des personnes fragiles

Le lendemain de l’intervention présidentielle, le vendredi 13 mars, le site du ministère de la Santé et de la Solidarité publie à son tour, sous le titre « Coronavirus : qui sont des personnes fragiles », la liste des populations à risques. On y retrouve tout naturellement « les personnes présentant une obésité morbide (indice de masse corporelle > 40 kg/m2) ». (Cliquez ici)
Le samedi 14 mars, le HCSP réactualise son document et maintient l’IMC>40 comme entrant dans les personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SRAS-Cov-2.



« Il faut remettre en cause le seuil de 40 »

Fin mars, presque trois semaines après l’intervention du chef de l’Etat, la crise sanitaire du Covid-19 met en exergue, en France comme en Grande-Bretagne, en Chine, au Mexique et aux Etats-Unis, l’obésité comme facteur de risque aggravant à l’infection au Covid-19. Le monde médical est en état d’alerte, les premières études (REVA, Lille, etc.) font apparaître que de nombreuses personnes hospitalisées en soins intensifs possèdent des Indices de masse corporelle (IMC) importants. Et pas forcément des IMC supérieurs à 40.
Ce constat pousse des experts français à réagir. Les Centres spécialisés de l’obésité (CSO) (Cliquez ici) préconisent d’abaisser le seuil de l’IMC. « Il nous paraît important de remettre en cause le seuil de 40, car un IMC ≥ 35 kg/m2 est probablement déjà un facteur de risque, au moins dans certains contextes cliniques (âge élevé et co-morbidités). Le niveau de preuve reste faible, le temps presse pour mener les études nécessaires. En effet, 500 000 personnes seraient concernées en France, si ce seuil est validé », co-signent le professeur Olivier Ziegler, président du groupe de coordination et de concertation des Centres spécialisés de l’obésité en France, le docteur Muriel Coupaye, présidente de l’AFERO (Association française d’étude et de recherche sur l’obésité) et le docteur Martine Laville, responsable du FORCE (Centre d’excellence obésité française).
Le HSCP a-t-il entendu l’appel ? Les données du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) faisant état de « 83 % des patients en réanimation qui seraient en surpoids » ont-ils convaincu les autorités sanitaires d’abaisser le seuil à un IMC>30 ?
Dans un monde tourmenté par la crise sanitaire, et dans lequel les certitudes scientifiques sont encore très peu nombreuses, IMC s’écrit désormais en lettres de prudence.

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