Covid-19 : beaucoup de patients en réanimation en France souffriraient de surpoids ou d’obésité

Même si des données précises manquent encore pour confirmer que l’obésité constitue un risque majeur d’aggravation de la maladie Covid-19, de plus en plus de professionnels de santé s’inquiètent, en France, du nombre d’hospitalisations de personnes souffrant d’une importante surcharge pondérale. Une obésité souvent accompagnée de diabète. Les premiers chiffres de la base prospective du réseau REVA attestent aussi cette tendance.

Les personnes souffrant d’obésité, soit entre 17 et 18% de la population française, sont-elles plus susceptibles de contracter l’infection au Covid-19 ? Et, surtout, sont-elles plus à risque de présenter des formes sévères ? Depuis le début de la pandémie, de nombreuses références françaises ou internationales, semblent confirmer cette triste tendance. Aujourd’hui, de plus en plus de médecins qui prennent en charge ces patients affichent clairement ce double motif d’inquiétude.
Si les données sont encore parcellaires concernant la gravité et les conséquences sur la santé des patients, sur le terrain sanitaire, le constat devient tous les jours de plus en plus évident : les individus en surpoids ou avec une obésité représentent une proportion élevée, voire très élevée, des patients atteints de Covid admis dans les services de réanimation.



« 83% des patients en réanimation seraient en surpoids »

Dans un article publié le mardi 7 avril, le journal Le Monde, qui a pu consulter les premières données d’un registre national, explique que les individus en situation d’obésité sont plus susceptibles de contracter la maladie. « 83 % des patients en réanimation seraient en surpoids », souligne le journal qui cite des données issues du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA). Un réseau d’experts qui a déjà enregistré des informations concernant plus de 2 000 malades pris en charge dans 195 services de réanimation francophones, mais essentiellement français.
Pour illustrer son propos et étayer les premières statistiques de cette base prospective, Le Monde évoque la situation au Centre hospitalier universitaire de Nice où l’IMC (Indice de masse corporelle) moyen des patients victimes du Covid-19 actuellement en réanimation est de 29 kg/m2, la corpulence normale se situant entre 18,5 et 25 kg/m2. « Parmi nos 40 patients, 95 % sont en surpoids ou obèses, avec souvent une hypertension artérielle et un diabète associés »,souligne l’anesthésiste réanimateur Hervé Quintard.
Dans son dossier, le quotidien du soir indique également que, selon le professeur Xavier Capdevila, responsable du département anesthésie réanimation du CHU de Montpellier, « 45% à 50 % des malades Covid-19 hospitalisés en réanimation lors des premières semaines de l’épidémie avaient une obésité cotée sévère (IMC supérieur à 35 kg/m2), voire massive avec un IMC supérieur à 40 kg/m2 ».

Des jeunes en surcharge pondérale

On le sait : l’obésité est un des facteurs de risque du diabète et de l’hypertension artérielle. Conséquence : diabète , obésité et hypertension artérielles sont donc souvent liés, même s’il est encore difficile de « savoir lequel de ces facteurs a le plus de risque de provoquer une forme sévère de covid 19 », précisent de nombreux médecins. Mais selon le Haut conseil de santé publique (HCSP), une personne dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 40 a des risques de développer une forme sévère de covid19, donc de mortalité.
Un constat confirmé par le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l’hôpital Bichat APHP, au micro de France 3 régions. « On voit en réanimation des jeunes de moins de 50 ans avec des formes sévères de covid19. Le seul facteur qui explique la présence de ces jeunes en réanimation est la surcharge pondérale. A savoir, un indice de masse corporelle au dessus de 30. Ces gens là sont fragiles vis à vis du covid », explique le professeur. Avant de préciser que, pour le moment, aucune statistique n’existe à ce sujet.


« Un facteur de complications »

A défaut de données chiffrées sur les cas d’obésité associés à une forme grave de Covid-19, il reste – pour l’instant – le ressenti des professionnels de santé qui, tous les jours sur le terrain, disent être confrontés à des sujets en situation d’obésité. Le magazine Top Santé a rencontré Loic, manipulateur radio à l’hôpital Sainte Marguerite à Marseille.
Loïc s’est porté volontaire pour rejoindre les établissements de soin qui prennent en charge les patients Covid-19 et faire face à l’afflux de patients au sein de l’IHU du Pr Raoult. Son sentiment ne souffre d’aucune ambiguïté : « Il est vraiment flagrant de constater que l’obésité est un facteur de complications chez les patients atteints par le Covid-19, explique-t-il. Avant, on réalisait un premier scanner et on renvoyait la personne chez elle si les lésions pulmonaires n’étaient pas trop graves. On l’invitait à revenir ensuite pour un second scanner de contrôle. Avec l’afflux massif de personnes touchées, on se limite désormais à un seul scanner s’il n’y a pas de détresse respiratoire ».
Et le manipulateur des Bouches-du-Rhône de préciser à Top Santé : « Aujourd’hui, on note que l’obésité est un facteur de risques avec, souvent, une aggravation de l’état de santé. Ces patients-là sont donc obligatoirement recontrôlés car, plus fragiles. Au niveau des images, on note que les lésions sont également souvent plus étendues ».

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