Il existe de plus en plus de preuves que les adipocytes jouent un rôle clé dans l’aggravation de la Covid-19. Ces cellules agiraient comme un réservoir pour le coronavirus. Des chercheurs brésiliens et britanniques ont exploré cette piste en analysant des échantillons de tissu adipeux obtenus à partir d’autopsies de personnes décédées.

Il existe de plus en plus de preuves que les adipocytes jouent un rôle clé dans l’aggravation de la Covid-19. Ces cellules agiraient comme un réservoir pour le coronavirus. Des chercheurs brésiliens et britanniques ont exploré cette piste en analysant des échantillons de tissu adipeux obtenus à partir d’autopsies de personnes décédées.

Pourquoi les personnes en surpoids ou en obésité sont-elles plus à risque en cas de contamination par la Covid-19 ? Depuis plusieurs mois, et à la lumière de nombreuses études nationales et internationales, le lien entre coronavirus et obésité est clairement avéré (cliquez ici).
Pour en savoir plus sur ce processus et les réactions inflammatoires qui se déclarent au niveau du tissu adipeux, des chercheurs brésiliens et britanniques ont étudié la composition du tissu adipeux qui, pour eux, serait la principale coupable de l’aggravation de la Covid-19. Ils ont publié leur étude dans la revue Advances in Nutrition.
L’une des théories à l’étude est que les cellules adipeuses (adipocytes) agissent comme un réservoir pour le SRAS-CoV-2 et augmentent la charge virale chez les personnes atteintes d’obésité ou en surpoids. Mais les scientifiques soupçonnent également que pendant l’infection, les cellules adipeuses libèrent des substances dans le sang qui stimulent la réaction inflammatoire déclenchée par le virus dans l’organisme.



« Les adipocytes peuvent causer une inflammation dans tout le corps »

Ces hypothèses ont été étudiées par des chercheurs de la Faculté de médecine de l’Université de São Paulo, au Brésil, sous la coordination de Marilia Cerqueira Leite Seelaender, professeur au Département de chirurgie clinique. Peter Ratcliffe, professeur à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni et l’un des lauréats du prix Nobel de médecine 2019, a également collaboré à cette étude.
« Une tempête de cytokine ayant pour résultat l’inflammation systémique se produit chez les patients graves infectés par la Covid-19. Nous croyons que ces facteurs inflammatoires proviennent du tissu adipeux. Il a été démontré que lorsque les adipocytes se dilatent trop, ils peuvent causer une inflammation dans tout le corps, même dans le cerveau », a déclaré le professeur Seelaender.



Le rôle majeur de la protéïne ACE-2/

Le groupe d’experts brésiliens a analysé des échantillons de tissu adipeux obtenus à partir d’autopsies de personnes décédées de la Covid-19, ainsi que de patients infectés par le SRAS-CoV-2 qui ont dû être soumis à une chirurgie d’urgence à l’hôpital de l’université pour une appendicite ou d’autres raisons non liées à l’infection virale.
Les résultats préliminaires ont confirmé que le virus peut être trouvé dans les cellules adipeuses, dont les membranes sont riches en ACE-2, le principal récepteur utilisé par le virus pour envahir les cellules humaines. Les chercheurs n’ont pas encore confirmé qu’une fois qu’il a envahi les adipocytes, il peut y rester assez longtemps pour se répliquer à l’intérieur.
« Il est intéressant de noter que les adipocytes viscérals situés profondément dans l’abdomen et autour des organes internes ont beaucoup plus d’ACE-2 que les tissus adipeux sous-cutanés, a déclaré Seelaender. En outre, ils sont beaucoup plus inflammatoires. Par conséquent, l’obésité viscérale tend à être encore plus nocive en ce qui concerne la Covid-19. » Une constatation qui s’inscrit dans le droit fil des travaux réalisés, au printemps dernier, par des chercheurs allemands et américains qui avaient conclu que la protéïne l’ACE-2 servait de véhicule mortel au coronavirus (cliquez ici).



Plus une personne grossit plus elle souffre d’hypoxie

Les résultats préliminaires ont également mis en lumière un changement dans le modèle de sécrétion exosome (1) dans le tissu adipeux des personnes infectées. « Nous avons d’abord supposé qu’à mesure qu’une personne grossit, son tissu adipeux devient hypoxique, ce qui signifie que la personne a moins d’oxygène disponible. L’hypoxie (2) étant elle-même une cause d’inflammation, nous avons donc essayé de savoir si la Covid-19 provoquait l’hypoxie dans les adipocytes », a déclaré le professeur Seelaender.
Si le groupe de chercheurs du professeur Radcliffe a exploré la possibilité que le virus SRAS-CoV-2 interagit avec les voies de signalisation de l’hypoxie ; l’équipe brésilienne, elle, a cherché à comprendre l’effet de l’infection sur les tissus adipeux. « Nous avons analysé tout ce qui est sécrète par les cellules adipeuses : protéines, acides gras saturés, prostaglandines, microARN et exosomes », a précisé le professeur Seelaender.



L’inflammation peut causer des dommages au coeur, aux poumons, au système nerveux

Selon ces experts, les facteurs inflammatoires libérés par le tissu adipeux chez les patients victimes de la Covid-19 peuvent être la cause des dommages au coeur, aux poumons et au système nerveux. « Notre hypothèse est que les patients souffrant d’obésité et atteints par la Covid-19 subissent un processus similaire à celui observé dans le tissu adipeux des patients atteints de cachexie [perte de poids rapide significative et perte musculaire associée au sida, l’insuffisance cardiaque et le cancer, entre autres maladies]. Les adipocytes chez les individus cachexiques libèrent plus d’exosomes, et leur contenu est modifié de sorte qu’ils ont un profil pro-inflammatoire. Nous savons qu’il y a une inflammation dans la cachexie et l’obésité. La différence réside dans le type de médiateur inflammatoire libéré et les voies de signalisation activées », a précisé le professeur Marilia Cerqueira Leite Seelaender avant de conclure : « Aujourd’hui, nous soulignons que non seulement l’adiposité, mais aussi le rapport de masse maigre / graisse peut être un problème chez les patients Covid-19. En pratique, si une personne a beaucoup de graisse et peu de muscle, le risque de complications est plus élevé que si elle a de la graisse et une bonne condition musculaire. »

(1) L’exosome est un complexe protéique capable de dégrader les différents types de molécules d’ARN (acide ribonucléique). Les exosomes sont des vésicules extracellulaires, comparables à de minuscules bulles, libérées par les cellules dans le sang avec des protéines et d’autres types de molécules de signalisation. C’est l’un des mécanismes par lesquels l’information est échangée entre différents tissus à mesure que le corps s’adapte aux changements de son environnement.
(2) L’hypoxie, ou hypoxie tissulaire, correspond à un apport insuffisant en oxygène par rapport aux besoins des tissus de l’organisme.


Philippe PALAT

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