Le phénomène est mondial : la probabilité pour un homme positif au coronavirus d’être hospitalisé en soins intensifs est presque trois fois plus élevée (2,84 fois) que pour une femme contaminée. Et la probabilité de mourir du coronavirus est de 40% supérieure.

Le phénomène est mondial : la probabilité pour un homme positif au coronavirus d’être hospitalisé en soins intensifs est presque trois fois plus élevée (2,84 fois) que pour une femme contaminée. Et la probabilité de mourir du coronavirus est de 40% supérieure.

Les hommes contaminés par la Covid-19 ont trois fois plus de risques que les femmes d’être admis en soins intensifs et même d’en mourir, selon une méta-analyse publiée, le mercredi 9 décembre, dans la revue Nature Communications.
Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les experts ont en effet noté un nombre plus important de cars graves chez les graves.
Pour obtenir des informations plus précises, les auteurs de cette étude ont analysé les données issues de 46 pays et de 44 Etats des Etats-Unis du 1er janvier 2020 au 1er juin dernier, soit 3,1 millions de cas (1) confirmés de Covid-19.
Selon ces données issues de 90 rapports recueillis dans le monde entier (dont trois en provenance de Chine), il n’y a pas de différence entre hommes et femmes pour la contamination, « exactement » la moitié des cas confirmés étant des hommes. En revanche, la probabilité pour un malade homme d’être hospitalisé en soins intensifs est presque trois fois plus élevée (2,84 fois) que pour une femme, et la probabilité de décéder est également plus importante (1,39 fois). Soit près de 40% !



La testostérone limiterait la réponse immunitaire chez les hommes

Ce phénomène est « mondial », expliquent les chercheurs, hormis quelques exceptions. Cette situation s’explique cette situation principalement par des facteurs biologiques. Se basant sur d’autres études déjà publiées, les auteurs évoquent le fait que les femmes produisent naturellement plus d’interféron de type 1, substance qui limite la réponse immunitaire anormale (« l’orage de cytokine ») pointée du doigt dans les formes graves de la Covid-19. Elles produisent également plus de lymphocytes T qui tuent les cellules infectées.
La présence chez les femmes de l’hormone « féminine » oestradiol offrirait également une protection plus importante contre l’infection. Au contraire, la testostérone limiterait la réponse immunitaire chez les hommes, indique l’étude.



Un étonnant manque de données pour évaluer le rôle des facteurs additionnels…

Au-delà de cette « véritable différence biologique », les auteurs évoquent également les changements liés à l’âge dans le système immunitaire. Ils sont différents d’un sexe à l’autre et il y a une association marquée entre la morbidité/mortalité et l’âge avancé dans la Covid. Par exemple, les hommes montrent une baisse liée à l’âge des cellules B et une tendance au vieillissement immunitaire accéléré. « Cela peut contribuer davantage au biais sexuel observé dans la Covid-19 », reconnaît l’équipe qui a mené l’étude.
Des chercheurs qui n’excluent pas que la présence de comorbidités plus importantes chez les hommes entre en ligne de compte. Toutefois, ils pointent du doigt le manque de données pouvant permettre d’évaluer le rôle de ces facteurs additionnels. Ce qui peut paraître étonnant quand on connaît la somme et la qualité des études internationales qui ont largement démontré que l’obésité constituait, notamment chez les sujets masculins, l’un des principaux risques majeurs de développer une forme grave de la Covid-19 (cliquez ici et ici).
Les chercheurs notent toutefois qu’il n’existe pas de différence majeure entre les deux sexes au niveau mondial pour deux comorbidités augmentant le risque de formes graves de Covid : l’hypertension et le diabète.



« Inclure le sexe comme variable dans la recherche sur les vaccins »

Même si d’autres études sont nécessaires, « ces données ont des implications sur la prise en charge clinique du Covid-19 », estime l’étude. « Ces données pourraient aider les médecins à réaliser que le sexe est un véritable facteur de risque pour les formes graves, quand ils s’occupent des patients », a précisé le docteur Kate Webb de l’université du Cap en Afrique du Sud, évoquant également une possible implication pour les vaccins. « D’autres vaccins (…) ont montré des réponses différentes selon les sexes. Il reste à déterminer si ce sera le cas avec le vaccin du Sars-CoV-2 mais nous espérons que notre étude souligne le besoin d’inclure le sexe comme variable dans la recherche sur les vaccins », a-t-elle ajouté.


Philippe PALAT

(1) Très exactement 3 111 714 cas mondiaux.

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