Une vaste étude française menée par le groupement d'intérêt scientifique Epi-Phare entre le 15 février et le 15 juin 2020 sur la quasi-totalité de la population française a permis d’identifier les maladies chroniques et divers facteurs susceptibles de présenter un sur-risque d’hospitalisation ou de décès pour Covid-19. Les résultats viennent d’être révélés. Mais les chiffres de l’obésité ne bénéficient pas de la transparence qu’ils méritent...

Une vaste étude française menée par le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare entre le 15 février et le 15 juin 2020 sur la quasi-totalité de la population française a permis d’identifier les maladies chroniques et divers facteurs susceptibles de présenter un sur-risque d’hospitalisation ou de décès pour Covid-19. Les résultats viennent d’être révélés. Mais les chiffres de l’obésité ne bénéficient pas de la transparence qu’ils méritent…

Parmi les comorbidités, quelles sont celles qui exposent au risque le plus élevé de mourir du Covid-19 ? Pour le savoir une analyse quasi-exhaustive des données de la population française, soit plus de 66 millions de personnes, a été réalisée par l’Agence nationale du médicament et la Caisse primaire d’Assurance-maladie portant sur la première vague de l’épidémie entre le 15 février et le 15 juin 2020 (1)
Réunies sous la bannière du groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, les deux structures ont analysé le lien entre 47 maladies chroniques et le risque de développer une forme sévère du coronavirus. Parmi elles, l’obésité.



« La quasi-totalité des affections chroniques associée à des risques accrus »

Si les résultats confirment que les personnes âgées sont de loin les plus fragiles (1), d’autres profils se montrent aussi très vulnérables. Ainsi « la quasi-totalité des affections chroniques est associée à des risques accrus d’hospitalisation et de décès pour Covid-19 », remarquent les auteurs.
Parmi les sept pathologies les plus à risque, la trisomie 21 arrive en tête avec 7 fois plus de risque d’hospitalisation et 23 fois plus de risque de décès. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les personnes concernées peuvent se faire vacciner depuis le 18 janvier, date à laquelle le gouvernement a publié une liste d’hyper-vulnérables à vacciner en priorité.
Dans cette étude, Epi-Phare note également que six autres maladies augmentent hautement les risques face au coronavirus. C’est le cas de la mucoviscidose, du cancer du poumon, du retard mental, de l’insuffisance rénale, de la greffe du rein et celle du poumon. L’étude confirme une autre disparité déjà soulevée par d’autres études. « Les hommes sont plus à risque d’hospitalisation et de décès pour Covid-19 que les femmes, multiplié respectivement par 1,4 et 2,1 » note les auteurs.



« Un autre facteur de risque important était l’obésité »

Dans son document, Epi-Phare confirme que d’autres affections sont liées à des risques accrus. Et notamment l’obésité qui, selon les auteurs, augmenteraient les risques d’être hospitalisés de 64 % et ceux de mourir de 56 %, tandis que le diabète accroît le risque d’hospitalisation de 64 % et celui de décès de 75 %. « Une plus forte corrélation entre ces deux pathologies et les risques liés au Covid-19 a été relevée chez les moins de 80 ans », remarquent les auteurs qui, en cela, confirment les études nationales et internationales déjà menées sur le sujet.
Dans son rapport, Epi-Phare reconnaît toutefois manquer de données en ce qui concerne l’obésité. « Un autre facteur de risque important de développement d’une forme sévère de la maladie était l’obésité, probablement associée à une réponse pro-inflammatoire19 », écrivent les sept auteurs du rapport qui avouent, à demi-mot, que « dans notre étude, l’obésité était sous-estimée : en effet, nous ne prenons en compte que les formes les plus sévères nécessitant une hospitalisation ou le recours à la chirurgie bariatrique, l’indice de masse corporelle (IMC) n’étant pas renseigné dans notre base de données ».



« L’obésité n’est pas directement interprétable… »

Du coup, les données concernant peuvent apparaître très approximatives. « Si l’effet propre de l’obésité n’est, pour cette raison, pas directement interprétable, il est probable que, en tant que facteur d’ajustement pour d’autres pathologies, une partie de sa variabilité soit prise en compte par l’intermédiaire d’autres pathologies chroniques comme le diabète, ou dans une moindre mesure l’hypertension », concèdent les auteurs visiblement en manque d’informations pour évaluer avec précision l’impact réel de l’obésité sur les statistiques des hospitalisations et de la mortalité. En clair, l’obésité n’étant toujours pas reconnue comme une maladie à part entière contrairement aux affections de longue durée (ALD) remboursées par l’Assurance maladie, par ailleurs coauteur de ce rapport Epi-Phare, et l’indice de masse corporelle n’étant pas toujours indiqué lors des hospitalisations, les chiffres de l’obésité sont, au mieux masqués derrière d’autres pathologies, au pire totalement faussés. Autant d’étrangetés médicales que dénonce la Ligue contre l’obésité quand on sait que 7 millions de Français souffrent d’obésité (3). Une maladie toujours pas reconnue comme telle en France.


Philippe PALAT

(1) Cette étude porte sur la première vague de l’épidémie (15 février-15 juin 2020). Plus de 87 800 personnes avaient alors été hospitalisées, dont 15 660 sont décédées en raison du coronavirus à l’hôpital. L’étude n’a pris en compte que les hospitalisations dont le motif principal était le Covid, soit 94 % des cas.

(2) Le risque d’être hospitalisé pour une personne de 70 à 74 ans est trois fois plus élevé que chez les 40-44 ans, et le risque de décès est multiplié par 30. Pour les 80-84 ans, ces risques sont respectivement 6 fois et 100 fois plus élevé que chez les 40-44 ans.

(3) Source étude épidémiologique ObEpi-Roche 2012.

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