Une étude multicentrique conduite sur 1 500 patients en Europe, aux Etats-Unis et Israël par le professeur du CHU de Lille, François Pattou, confirme que si l’obésité constitue un risque de forme grave du coronavirus, y compris pour les jeunes, le taux de mortalité augmente dans les cas d’obésité avec un IMC>40. Les jeunes femmes particulièrement impactées.

Une étude multicentrique conduite sur 1 500 patients en Europe, aux Etats-Unis et Israël par le professeur du CHU de Lille, François Pattou, confirme que si l’obésité constitue un risque de forme grave du coronavirus, y compris pour les jeunes, le taux de mortalité augmente dans les cas d’obésité avec un IMC>40. Les jeunes femmes particulièrement impactées.

C’est l’étude française qui valide et amplifie ce qu’on savait déjà : la Covid-19 constitue une menace importante pour les personnes en situation d’obésité (cliquez ici). Présenté cette semaine dans le cadre d’ObesityWeek® , le congrès international en ligne organisé par l’American Society for Metabolic and Bariatric Surgery (ASMBO) et The Obesity Society (TOS), ce vaste essai multicentrique apporte des réponses précises sur la façon dont l’IMC (Indice de masse corporelle) et l’obésité sont liés au risque accru de ventilation mécanique invasive (IMV) dans le cas d’admission en soins intensifs pour cause d’infection au Covid-19.
Cette analyse menée par le professeur français François Pattou, chirurgien au CHU de Lille, a étudié l’association entre l’IMC et les résultats de la pneumonie chez les patients gravement malades atteints de Covid-19 en utilisant des données médicales cliniques. « Cette étude nous aide à mieux comprendre la nature, linéaire ou non linéaire, de l’association entre l’IMC et la gravité de la pneumonie Covid-19, avec un besoin de ventilation obligatoire intermittente, mais aussi l’impact de l’association en terme de mortalité », précise le professeur Pattou qui a travaillé avec Mikael Chetboun, Violeta Raverdy, Merce Jourdain, au nom du Groupe d’étude ‘’Multicenter Obesity Covid-19’’.



21 centres mettent leurs données en commun

Si des études antérieures ont déjà révélé une relation entre la gravité de la Covid-19 et l’obésité (cliquez ici), l’étude de cohorte multicentrique réalisé grâce aux données issues de 21 centres en Europe, en Israël et aux États-Unis entre le 19 février et le 19 mai 2020 permet de démêler l’association de l’IMC et les facteurs de risque métaboliques associés, avec des résultats de pneumonie chez les patients gravement malades atteints par la Covid-19. Elle permet aussi de explorer l’impact de l’âge et le sexe sur cette relation.
« Nous avons sollicités tous les experts qui avaient publié des analyses et qui, dans leurs données, avaient la référence de l’Indice de masse corporelle. Tous ont accepté de mettre leurs résultats en commun pour aboutir à une cohorte de 1 461 patients d’un âge médian de 64 ans qui nous a permis de réexplorer, avec plus de finesse encore, le lien entre l’obésité et la sévérité du coronavirus », détaille le chirurgien français.



Un lien plus marqué chez les jeunes et chez les femmes de moins de 50 ans

Non seulement cette étude confirme complètement le lien de gravité, mais elle le précise en révélant que ce lien est d’autant plus marqué chez les jeunes et dans le sexe féminin. « Chez les hommes ou chez les personnes âgées, leurs caractéristiques de sexe masculin ou d’âge important suffit à la gravité. En revanche, l’étude démontre que l’influence de l’obésité est particulièrement marqué chez les jeunes. Par ailleurs, dans notre panel, il n’y a pas de femmes de moins de 50 ans qui ne soient pas en obésité sévère qui sont atteintes gravement du Covid », détaille le professeur Pattou.



« Il existe une gradation dans la sévérité »

L’étude, qui aborde également le sujet de la ventilation mécanique invasive liée à l’obésité lors des admissions des patients en réanimation, démontre que cette IMV est été associée à l’âge et au sexe masculin, « mais pas avec l’hypertension diabétique, la dyslipdemia, ni le tabagisme ».
Elle met également en évidence une association significative entre l’IMC et la mortalité « qui n’a été augmentée que dans la classe III d’obésité, c’est-à-dire avec un IMC>40 ». « Cela prouve qu’il existe une gradation dans la sévérité, poursuit l’expert français. C’est surtout dans les catégories d’obésité sévère que le risque est le plus important. Cette information est capitale, car, aujourd’hui en France, près de 20% de la population souffre d’obésité. Il ne s’agit pas impliquer ou d’effrayer 20% des Français. Le constat, c’est que plus on se situe dans les catégories sévères, c’est-à-dire au-delà d’IMC>35, voire 40, plus le risque de gravité est marqué ».
La preuve par les chiffres : sur les quelque 1 500 patients de l’étude, 1 080 patients ont reçu un ventilation mécanique invasive. Sur une durée de 28 jours, le taux de mortalité a atteint 36,1 %. Soit un patient sur trois !



« Le surpoids, voire l’obésité modeste, semble protéger un peu les patients »

Autre résultat de cette étude multicentrique : la courbe en J. « Cela signifie que l’obésité sévère aggrave la portabilité et le risque de mortalité en réanimation, alors que le surpoids, voire l’obésité modeste, semble protéger un peu les patients, détaille le professeur Pattou. Cela est surtout visible en réanimation où les patients sont atteints gravement. C’est la démonstration que ce sont les malades les plus gravement obèses qui sont le plus à risque ». Une situation à corréler avec les personnes en surpoids ou obésité légère et qui démontre une assocation entre Covid-19 et obésité non linéaire entre l’IMC et le risque de mortalité. « Paradoxalement, les gens qui sont en surpoids ont des réserves énergétiques qui leur permettent de mieux supporter un séjour en réanimation. Avoir des réserves métaboliques quand on est soumis à un stress important et à la dénutrition permet de mieux résister. C’est bien connu en réanimation en général », conclut François Pattou.


Philippe PALAT


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