Dans le monde, fin octobre, près de 45 millions de personnes ont été infectées par le coronavirus et plus d’un million de personnes sont mortes. Mais qu’est-ce qui rend ce virus si difficile à contrôler, et pourquoi certaines personnes sont-elles plus à risque que d’autres ? Un professeur d’immunologie britannique répond.

Dans le monde, fin octobre, près de 45 millions de personnes ont été infectées par le coronavirus et plus d’un million de personnes sont mortes. Mais qu’est-ce qui rend ce virus si difficile à contrôler, et pourquoi certaines personnes sont-elles plus à risque que d’autres ? Un professeur d’immunologie britannique répond.

Le British Medical Journal (BMJ) vient de publier un article qui apporte des réponses sur les facteurs de vulnérabilité à la Covid-19 que constituent l’obésité et l’âge avancé. Pour Paul Lehner (photo), professeur d’immunologie et de médecine à l’Université de Cambridge, les personnes atteintes de la Covid-19 sont beaucoup plus infectieuses avant de devenir malades, normalement environ un jour avant de développer des symptômes. Ce qui fait dire au professeur anglais que « vous transmettez donc un maximum de virus pendant que vous vous sentez bien ».
Pour lui, « il s’agit d’une tactique évolutive vraiment brillante du virus. Cela signifie que vous pouvez faire vos courses, aller dans un pub, chanter dans la chorale de l’église… vous vous sentez bien », a-t-il déclaré lors d’un point de presse du Science Media Centre à Londres, en fin de semaine dernière.



« Le SRAS-CoV-2 sait tout sur les interférons »

Le professeur Lehner explique que la réponse réside dans la capacité du virus à éteindre la réponse naturelle des cellules. « Le SRAS-CoV-2 sait tout sur les interférons. Il est super-sensible pour eux. Donc, il éteint la capacité des cellules à réagir. Il le fait si bien que vous ne savez même pas que vous êtes malade ».
Les interférons sont des protéines libérées par les cellules. Ils agissent comme un signal lorsqu’ils détectent un virus et « disent » aux cellules voisines d’augmenter leurs défenses. Pour le professeur britannique, il faut donc « améliorer le dépistage asymptomatique ».



Un IMC supérieur à 40 peut augmenter le risque de mourrir de 90 %

En juillet dernier, les services de santé publique Angleterre (Public Health England) a estimé qu’un IMC de 35 à 40 pourrait augmenter les chances d’une personne de mourir de 40 %, tandis qu’un IMC supérieur à 40 pourrait augmenter le risque de 90 %.
Pour Stephen O’Rahilly, directeur de l’Unité des maladies métaboliques du Conseil de recherches médicales à l’Université de Cambridge, deux choses se produisent en cas d’obésité : « La quantité de graisse augmente et elle s’installe dans les mauvais endroits, comme par exemple dans le foie et dans le muscle squelettique. Cela perturbe le métabolisme. La principale perturbation est que vous obtenez des niveaux très élevés d’insuline dans le sang. Cette perturbation est associée à une série d’anomalies, y compris l’augmentation des cytokines inflammatoires et une réduction d’une molécule appelée adiponectine qui protège directement les poumons », a-t-il expliqué , lors du point de presse à Londres.
Pour Stephen O’Rahilly, il est également possible que la graisse augmente dans le poumon lui-même, ce qui peut perturber la façon dont cet organe gère le virus. « Ce qui se passe vraiment est métabolique, et nous le savons parce que si nous regardons les marqueurs génétiques pour la perturbation métabolique, ils sont beaucoup plus étroitement liés aux mauvais résultats que les marqueurs génétiques pour l’obésité elle-même », a souligné le responsable de l’Unité des maladies métaboliques.



Impact des comorbidités et des médicaments

Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont indiqué qu’aux Etats-Unis, huit décès sur dix concernaient des personnes âgées de 65 ans ou plus. Dans le même temps, au Royaume-Uni, les personnes âgées de 70 ans ou plus sont considérées comme étant dans le groupe de risque moyen à la Covid-19.
Tracy Hussell, directrice de l’Institut Lydia Becker d’immunologie et d’inflammation à l’Université de Manchester a déclaré que « des études ont montré que l’âge seul est le facteur de risque le plus important pour les maladies graves, et généralement c’est la même chose avec d’autres coronavirus et virus grippaux qui affectent les personnes âgées. »
Pour elle, cela pourrait être dû à la probabilité accrue que les personne à l’âge avancé ont des comorbidités. Elle n’exclut pas non plus l’impact des médicaments que certains de ces patients prennent pour leurs comorbidités.



« A un âge plus avancé, les signaux d’alerte virale sont plus lents »

Cependant, le risque de contracter une forme grave du Covid-19 peut également être dû au vieillissement du système immunitaire. « À un âge plus avancé, les signaux d’alerte virale sont beaucoup plus lents. Et si vous avez une réponse immunitaire très lente, alors vous vous retrouvez avec une plus grande réplication virale. Les cellules immunitaires qui prennent également le virus, les macrophages, sont connus pour être plus lents dans l’âge. Et ce déclin de la fonction immunitaire est assez bien connu; c’est ce qu’on appelle la sénescence immunitaire », a-t-elle expliqué. « Comme nous vieillissons, le thymus, qui se trouve juste au-dessus du cœur, pompe les cellules T (1), rétrécit en taille, diminuant ainsi le nombre de cellules T qu’il libère ». Une combinaison qui, selon Tracy Hussell affecte à son tour de nombreux autres aspects du système immunitaire.



Philippe PALAT


(1) Les lymphocytes T, ou cellules T, sont une catégorie de leucocytes qui jouent un grand rôle dans la réponse immunitaire secondaire.

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