Des chercheurs allemands appellent à poursuivre les recherches sur la relation complexe entre l'obésité et le Covid-19. Pour eux, les études publiées sont encore incomplètes. Si les données épidémiologiques suggèrent que les personnes obèses encourent un risque accru de COVID-19 sévère et de décès, il reste à comprendre pourquoi et comment mieux prendre en charge ce groupe de patients.

Des chercheurs allemands appellent à poursuivre les recherches sur la relation complexe entre l’obésité et le Covid-19. Pour eux, les études publiées sont encore incomplètes. Si les données épidémiologiques suggèrent que les personnes obèses encourent un risque accru de COVID-19 sévère et de décès, il reste à comprendre pourquoi et comment mieux prendre en charge ce groupe de patients.

La violence de l’impact du coronavirus sur les personnes souffrant d’obésité interroge le mode médical mondial. Les professeurs Norbert Stefan et Andreas L. Birkenfeld de l’Institut de recherche sur le diabète et les maladies métaboliques de Munich (Allemagne) ont publié, en fin de semaine dernière, un article dans la revue médicale mensuelle Nature Reviews Endocrinology. Dans leur document, ils appellent à aller encore plus loin dans les recherches sur la relation complexe entre obésité et le Covid-19. « Bien qu’il soit largement reconnu que la présence de comorbidités telles que l’hypertension, le diabète sucré et les maladies cardiovasculaires est associée à une forme plus sévère de Covid-19, l’obésité n’a guère été étudiée jusqu’à présent, soulignent les experts d’outre-Rhin. L’obésité est un facteur de risque principal pour ces comorbidités. Et plus généralement pour la santé métabolique altérée, comme la dyslipidémie et la résistance à l’insuline. L’obésité est également liée à un risque accru de pneumonie. La mesure des caractéristiques anthropométriques et des paramètres métaboliques est cruciale pour mieux estimer le risque de complications chez les patients atteints de Covid-19 ».



IMC, taille, circonférence des hanches, glycémie, insuline

Associés à des collègues américains du Boston Children’s Hospital et de l’Ecole Harvard T.H. Chan (Massachusetts), ces deux chercheurs allemands du Deutsches Zentrum fuer Diabetesforschung (DZD) soulignent le fait que la plupart des études qui ont associé l’obésité et Covid-19 n’ont pas apporté de données sur la masse graisseuse.
Pour eux, ces études n’ont pas véritablement précisé le lien entre l’obésité et ses comorbidités dans le risque de sévérité de Covid-19. « On ignore si l’obésité et ses comorbidités cardiométaboliques sont bien, pour chacune des conditions, des facteurs indépendants de gravité de la maladie », soulignent-ils dans la revue médicale. Selon eux, il est essentiel d’aller plus loin dans les études. « En plus de l’évaluation des paramètres hospitaliers standard, l’indice de masse corporelle (IMC), la taille, la circonférence des hanches, les niveaux de glucose et la résistance à l’insuline doivent être étudiés », écrivent-ils.
Les professeurs Norbert Stefan et Andreas L. Birkenfeld, qui souhaitent mieux comprendre les mécanismes possibles expliquant la relation entre obésité et Covid-19, suggèrent que les troubles respiratoires liés à l’obésité pourraient « favoriser une pneumonie par hypoventilation et un stress cardiaque induit par hypoxie ».



Des études initiales mais incomplètes

Pour étayer leur démarche, les spécialistes allemands se sont appuyés sur plusieurs études initiales, mais incomplètes selon eux. « Les études en provenance de Chine et la région de Lombardie en Italie, qui ont rapporté des comorbidités chez les patients atteints de Covid-19, n’ont pas fourni de données sur le poids corporel et la taille, qui sont utilisés pour estimer la masse des tissus adipeux en calculant l’IMC. Une étude descriptive d’un petit échantillon de 24 patients (63 % d’hommes) gravement malades diagnostiqués avec le Covid-19 dans la région de Seattle aux Etats-Unis a été la première à rapporter des données d’IMC (3 patients présentant un IMC dans la catégorie normale, 7 en surpoids, 13 en obésité et 1 avec des données manquantes). Bien que les chiffres soient trop petits pour des analyses statistiques significatives, 85 % des patients souffrant d’obésité ont eu besoin d’une ventilation mécanique et 62 % des patients souffrant d’obésité sont décédés. Ces proportions sont plus grandes que celles des patients sans obésité, dans lesquelles 64 % ont eu besoin d’une ventilation mécanique et 36% sont décédées », écrivent les auteurs



Les données préliminaires de Shenzhen, de Chine et de New York

Parmi les 383 patients de Shenzhen atteints de Covid-19, les modèles statistiques ont fait apparaître que, par rapport aux patients de poids normal, le surpoids était associé à une augmentation de 86 % de développer une pneumonie sévère. Ce chiffre grimpe à 142% en cas d’obésité (cliquez ici)
Parmi les 4 103 patients atteints de Covid-19 étudiés à New York, l’IMC>40 était le deuxième prédicteur indépendant le plus fort de l’hospitalisation, après la vieillesse (cliquez ici)
En France, une étude de l’hôpital universitaire de Lille sur 124 patients démontre que le besoin de ventilation mécanique invasive a été associé à un IMC>35, indépendamment d’autres comorbidités (cliquez ici).

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