Endocrinologue et diabétologue, le docteur Patrick Lefebvre est spécialisé dans les maladies métaboliques et dans la nutrition. En lien avec le Département Endocrinologie de l’hôpital Lapeyronie à Montpellier et président régional de la Ligue contre l’obésité Occitanie, il répond à nos questions dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19 et de son impact sur les personnes souffrant d’obésité. Son constat et ses conseils.

Endocrinologue et diabétologue, le docteur Patrick Lefebvre est spécialisé dans les maladies métaboliques et dans la nutrition. En lien avec le Département Endocrinologie de l’hôpital Lapeyronie à Montpellier et président régional de la Ligue contre l’obésité Occitanie, il répond à nos questions dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19 et de son impact sur les personnes souffrant d’obésité. Son constat et ses conseils.

L’obésité est-elle un facteur de risque pour l’infection au covid-19 ?

Même si les données sont encore parcellaires, il est certain que l’obésité est un facteur de risque de l’infection au Covid-19. Les prochaines études nous permettront de préciser l’ampleur de ce facteur de risque. Actuellement, par exemple, une étude anglaise fait état de 40 % de patients obèses en soins intensifs pour Covid-19 (1).



L’obésité augmente-elle le risque d’avoir une forme grave ?

Oui et les co-morbidités associées, comme le diabète ou l’apnée du sommeil, à l’obésité n’expliquent probablement pas à elles seules l’augmentation de ce risque. Les équipements hospitaliers insuffisamment adaptés, l’augmentation du temps de prise en charge des personnes obèses, certains états d’obésité associés à une dénutrition concourent également aux complications observées. Il convient surtout d’être vigilant pour les personnes qui viennent d’avoir une chirurgie bariatrique qui sont à risque de dénutrition.



Est-il exact que l’obésité affaiblit le système immunitaire et que l’excès de poids rend plus difficile pour le diaphragme et les poumons de fonctionner ?

Il y a une modification de la réponse immunitaire avec, notamment, une réaction inflammatoire chronique chez les personnes obèses avec une augmentation du risque infectieux. Cette inflammation de bas grade est un facteur de risque de syndrome de détresse respiratoire (SDRA). S’il existe parfois une insuffisance respiratoire restrictive liée à l’obésité, il semble que ce soient surtout les difficultés d’adaptation respiratoire en cas d’infection qui sont en cause. La présence d’un syndrome apnée du sommeil renforce les difficultés.



Quel est le risque pour l’Indice de masse corporelle ?

Classiquement, plus l’IMC est élevé plus le risque de complications liées à l’obésité augmente. Nous attendons des données plus précises mais actuellement, dans certains services de réanimation « Covid-19 » près de la moitié des lits sont occupés par des personnes en obésité sévère (IMC > 35) ou morbide (IMC > 40). Dans le cas du H1N1, un IMC supérieur à 30 était un facteur aggravant.



Quels conseils pouvez-vous donner aux personnes atteintes d’obésité ?

Les recommandations sont d’abord les mêmes que pour toute la population. Il fait observer les gestes barrières, le confinement, etc. Il est important de garder une activité physique, pas forcément sportive. Il faut avoir un bon équilibre alimentaire et un lien social en passant par le téléphone ou les réseaux sociaux, tout en respectant bien sûr le confinement. Un soutien psychologique peut s’avérer très utile pour lutter contre les troubles du comportement alimentaires qui peuvent se renforcer pendant le confinemernt. Il ne faut pas arrêter les traitements en cours, comme ceux du diabète ou de l’hypertension artérielle par exemple, notamment les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), mais ne pas prendre d’anti-inflammatoires. Ce n’est pas la période pour faire un régime restrictif !

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