Moins bien rémunérés, moins de facilité à l’embauche, moins de possibilités de progression et de promotion, moins de bien-être au travail, mais plus de stress et plus de risque d’être licenciés. Un rapport rédigé par l’Institut des études sur l’emploi au Royaume-Uni décrypte l’impact de la prévalence de l’obésité et ses conséquences sur les salariés dans le monde du travail.

Moins bien rémunérés, moins de facilité à l’embauche, moins de possibilités de progression et de promotion, moins de bien-être au travail, mais plus de stress et plus de risque d’être licenciés. Un rapport rédigé par l’Institut des études sur l’emploi au Royaume-Uni décrypte l’impact de la prévalence de l’obésité et ses conséquences sur les salariés dans le monde du travail.

Les femmes qui souffrent d’obésité multiplient les obstacles. En plus d’être atteintes d’une maladie non reconnue, elles cumulent les handicaps notamment dans le monde du travail. Une recherche réalisée par l’Institut des études sur l’emploi (1) au Royaume-Uni révèle que les femmes atteintes d’obésité gagnent chaque année 10 milliards de livres (soit un peu plus de 11 milliards d’euros) de moins par rapport à la moyenne générale des travailleurs. La pénalité salariale par rapport aux autres femmes peut s’élever à 13%.
L’étude a révèle qu’en plus d’être moins bien payées que les autres travailleurs, les femmes qui vivent avec l’obésité connaissent également moins de succès en matière d’embauche, moins de possibilités de promotion, moins de bien-être au travail, un stress accru et une plus grande probabilité d’être licenciées.
En revanche, certaines études suggèrent que les hommes souffrant d’obésité peuvent bénéficier d’une petite prime salariale et que les hommes ne sont passibles d’une pénalité salariale que s’ils vivent avec une insuffisance pondérale clinique.



Les conséquences de l’obésité estimées à 20% des dépenses totales de santé

Ses résultats proviennent d’un nouveau rapport intitulé « Stigmatisation de l’obésité au travail, améliorer l’inclusion et la productivité ». Cette recherche constitue est la première production du programme Purpose (Promoting Understanding and Research into Productivity, Obesity Stigma and Employment).
Ce programme, financé par Novo Nordisk, se concentre sur l’amélioration des niveaux de productivité nationaux grâce à de meilleurs résultats en matière d’emploi et de marché du travail pour les personnes vivant avec le surpoids ou l’obésité.
Au Royaume-Uni, la question de la prévalence de l’obésité est une priorité tant pour les décideurs politiques que pour les professionnels de la santé. Les conséquences de l’obésité sur la santé individuelle et l’économie ont été estimées à 20% des dépenses totales de santé.
Le rapport rappelle que durant la pandémie de la Covid-19 « les personnes souffrant d’obésité sévère sont plus vulnérables à l’infection, nécessitant souvent un traitement plus avancé et, malheureusement, éprouvant des taux de mortalité plus élevés ».



« Ce n’est pas parce que quelqu’un vit dans un corps plus grand qu’il est moins intelligent »

Au fil des pages, le document publié par l’Institut des études sur l’emploi entreprend un examen détaillé des recherches existantes fondées sur des données probantes sur l’obésité et l’embonpoint, en examinant la prévalence de l’obésité en Angleterre et dans les pays de la couronne britannique.
L’analyse décrypte les causes et les conséquences de l’obésité pour la santé et l’économie, la prévalence et les conséquences de la stigmatisation du poids, l’analyse des implications pour l’emploi et des recommandations détaillées pour les employeurs et les employés, les professionnels de la santé, le gouvernement et même les médias. « Ce n’est pas parce que quelqu’un vit dans un corps plus grand qu’il est moins intelligent, efficace ou capable de faire son travail. L’obésité semble être l’une des dernières formes acceptables de discrimination et j’aimerais que cela change », affirme Sarah Le Brocq, la directrice de la Fédération britannique contre l’obésité.



« Les employeurs ne comprennent pas les causes de l’obésité »

La recherche a révélé que la stigmatisation fondée sur le poids est répandue dans l’emploi et se produit à toutes les étapes du cycle de l’emploi, à commencer par le recrutement et la sélection. « Cela provient des fait que les employeurs ne comprennent pas les causes de l’obésité, tenant souvent la croyance stéréotypée que les personnes vivant avec l’obésité sont paresseuses, moins consciencieuses et incompétentes », écrit le rapport.
Pour les experts, le manque potentiel de soutien social de la part des employeurs et des collègues de travail aux employés souffrant d’obésité entraîne une réduction du bien-être, une augmentation du stress et des réactions d’adaptation inadaptées. « La stigmatisation de l’obésité peut également avoir des répercussions sur les possibilités de promotion et de progression les employées atteints par la pathologie », indique le document.
Et le docteur Zofia Bajorek, co-auteure du rapport, d’ajouter : « Pour un trop grand nombre d’employeurs, l’obésité semble être la dernière forme acceptable de discrimination. »



« La discrimination demeure un facteur important »

En ce qui concerne l’emploi des personnes souffrant d’obésité, l’Institut des études sur l’emploi estime que, même à l’échelle la plus basse, une pénalité salariale de 2% peut entraîner une pénalité salariale annuelle de (2,3 milliards de livres sterling, soit environ 2,5 milliards d’euros). Cette pénalisation pour toutes les femmes employées vivant avec l’obésité au Royaume-Uni atteint généralement 9%, soit un manque à gagner pour elles de quelque 10,35 milliards de livres sterling (soit environ 11,5 milliards d’euros) en un an. « Cela prouve que l’obésité peut avoir un impact sur la santé, l’emploi et les résultats économiques », précise le rapport.
« Nos recherches montrent que la stigmatisation affecte toujours les femmes atteintes d’obésité sur les lieux de travail du Royaume-Uni et sur le soi-disant ‘’marché du travail esthétique’’ pour les emplois dans le secteur des services, souligne Stephen Bevan, co-auteur du rapport. La pénalité salariale pour obésité ne peut s’expliquer par des différences dans la santé, les qualifications ou le rendement au travail. Cela suggère fortement que la discrimination demeure un facteur important. »



« Il existe un lien entre l’obésité et le chômage »

Dans leur analyse, les chercheurs expliquent également que les employés en situation d’obésité sont plus en danger lorsque des stratégies de maintien en poste des employés sont discutées. En clair, les personnes souffrant d’obésité ont plus de chance de perdre leur emploi que d’autres et les preuves de cessation d’emploi discriminatoire fondée sur le poids, et non sur des évaluations fondées sur le rendement ou les fonctions, sont bien réelles et nombreuses. « Il existe également un lien entre l’obésité et le chômage, les données indiquant que les employés qui vivent avec l’obésité peuvent connaître des niveaux plus élevés et des périodes de chômage plus longues », écrivent les auteurs du rapport.
De son côté, Avideh Nazeri, directeur des affaires cliniques, médicales et réglementaires chez Novo Nordisk, confirme que « l’obésité est une maladie chronique complexe qui est influencée par un éventail de facteurs, y compris la génétique, la physiologie et l’environnement, mais elle est encore largement mal comprise. Par conséquent, de nombreuses personnes atteintes de cette maladie sont victimes de discrimination à l’extérieur et à l’extérieur du lieu de travail et se voient refuser le soutien dont elles ont besoin à mesure que des stéréotypes préjudiciables prévalent ».

(1) L’Institut des études sur l’emploi (Institute for employment studies) est un centre indépendant au Royaume-Uni. Sa mission est d’aider à apporter des améliorations durables à la politique de l’emploi et à la gestion des ressources humaines.


Philippe PALAT


Pour en savoir plus : cliquez ici