L’obésité a de multiples déterminants dont la majorité ne sont pas physiques. Pour tenter de comprendre les autres ressorts de la maladie, des chercheurs français se sont penchés sur le cadre de vie et sur l’influence du contexte urbain de 70 000 personnes. De quoi inspirer les politiques d’aménagement des quartiers et les stratégies de santé publique.

L’obésité a de multiples déterminants dont la majorité ne sont pas physiques. Pour tenter de comprendre les autres ressorts de la maladie, des chercheurs français se sont penchés sur le cadre de vie et sur l’influence du contexte urbain de 70 000 personnes. De quoi inspirer les politiques d’aménagement des quartiers et les stratégies de santé publique.

Notre lieu de résidence peut-il influencer notre exposition à l’obésité ? Loin du schéma simpliste « mauvaise alimentation et manque d’activité physique » qui, pour le grand public, semble conditionner essentiellement l’obésité, des chercheurs français viennent d’explorer la piste du contexte urbain comme facteur potentiel de la maladie.
Alors que l’obésité concerne 15% des adultes, soit 7 millions de Français, selon la dernière étude épidémiologique ObEpi-Roche de 2012, une équipe de scientifiques du Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (1) vient de mettre en exergue le fait que l’obésité relève de multiples déterminants dont la majorité ne sont pas physiques.
En effet, selon ces chercheurs, qui pour les besoins de l’étude se sont associés à une équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (2), les causes de l’obésité proviennent également de facteurs culturels, sociaux voire géographiques.



Une approche réalisée avec géographes, épidémiologistes et médecins

Par le passé, différentes études ont déjà mis en évidence le lien entre obésité et pauvreté. Elles ont notamment démontré que l’obésité est quatre fois plus élevée dans les ménages disposant de faibles revenus (cliquez ici et ici). Mais qu’en véritablement est-il du cadre de vie ? Le fait d’habiter en centre-ville ou en périphérie peut-il avoir une incidence sur le surpoids et l’obésité ?
Publiée dans la revue Social Science & Medicine, cette nouvelle analyse s’est intéressée à la géographie de l’obésité en France dans une approche pluridisciplinaire associant géographes, épidémiologistes et médecins.



Le surpoids est liée à la précarité de l’environnement de résidence

L’enquête, qui a porté sur un échantillon de près de 70 000 personnes résidant en France et participant à l’étude Nutrinet-Santé (3), dévoile plusieurs enseignements.
Selon les chercheurs, la proportion de personnes en situation de surpoids varie selon les contextes urbains, en augmentant à mesure qu’on s’éloigne des villes-centres.
Par ailleurs, les experts français ont constaté que la probabilité pour une personne de se retrouver confrontée à une situation de surpoids est très étroitement liée à la précarité de son environnement de résidence. « L’environnement de résidence est ici appréhendé à l’échelle du quartier », expliquent les scientifiques, qui soulignent par ailleurs que « ce lien est particulièrement fort dans les banlieues des grandes aires urbaines, moyen dans les villes-centres et faible ou nul dans les zones peu denses. »



« Identifier et cibler les lieux particulièrement à risque »

Au-delà de montrer des niveaux d’obésité variables selon les territoires, l’originalité de cette étude se situe dans le fait d’estimer l’influence du contexte urbain de résidence sur la relation entre la probabilité d’être en surpoids et le niveau de précarité de son quartier de résidence.
« Cette enquête ouvre de nouvelles perspectives de lutte contre l’obésité. Elle devrait en effet aider les politiques d’aménagement urbain et de santé publique à identifier et cibler les lieux particulièrement à risque pour lutter contre les inégalités socio-spatiales de santé associées », précise les chercheurs.
Cette étude s’inscrit dans le droit fil de plusieurs études internationales, dont la grande analyse Hélix, qui ont déjà pointé la densité urbaine comme facteur déterminant de l’obésité (cliquez ici), et notamment de l’obésité infantile.



Philippe PALAT

(1) Ladyss, CNRS/Université Paris 8/Université Panthéon Sorbonne/Université de Paris/Université Paris Nanterre.
(2) Eren-Cress, Inserm/Inrae/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord.
(3) L’étude NutriNet-Santé est une étude de santé publique coordonnée par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Eren-Cress) qui compte plus de 170 000 « Nutrinautes » et fait avancer la recherche sur les liens entre la nutrition et la santé depuis 2009.

Pour en savoir plus : cliquez ici et ici