La discrimination et la stigmatisation des patients souffrant d’obésité sont un problème social courant. Pour en avoir le coeur net, une équipe de chercheurs de l’Université médicale de Gdansk a questionné les personnes atteintes d’obésité sur leurs rapports avec les professionnels de santé. Les résultats sont édifiants.

La discrimination et la stigmatisation des patients souffrant d’obésité sont un problème social courant. Pour en avoir le coeur net, une équipe de chercheurs de l’Université médicale de Gdansk a questionné les personnes atteintes d’obésité sur leurs rapports avec les professionnels de santé. Les résultats sont édifiants.

C’est un sondage douloureux et sans appel. « Jusqu’à 82,6 % ont eu des comportements inappropriés » précise l’étude particulièrement originale publiée en septembre sur le site de recherche médicale Dove Medical Press.
Cette étude met en lumière les rapports entre les personnes souffrant d’obésité et les professionnels de santé. « Tout en menant une étude sur les expériences des patients polonais souffrant d’obésité, nous avons décidé d’utiliser la méthode quantitative pour explorer leurs contacts avec les professionnels de la santé », explique Krzysztof Sobczak du Département de sociologie de la médecine et de la pathologie sociale de l’Université médicale de Gdanks en Pologne.
Sur ces 82,6% de comportements inappropriés, l’étude des chercheurs polonais s’est attachée à détailler la provenance de ces attitudes de discrimination et stigmatisation des patients. « Habituellement, il provenait de médecins (90 %), d’infirmières et de sages-femmes (51 %), de personnes qui exploitaient du matériel médical (24 %), de nutritionnistes (14 %) et les ambulanciers paramédicaux (9 %) », souligne Krzysztof Sobczak. Des scores qui en disent long sur les stéréotypes, la stigmatisation sociale, les croyances et les comportements en matière de santé.



621 patients interrogés par internet

Pour les besoins de cette étude nationale, les chercheurs polonais ont étudié les déclarations de 621 patients adultes qui souffrent d’obésité. Un sondage original sur les questions fermées a été utilisé comme outil de collecte des données.
Les patients ont été informés de la possibilité de participer à l’étude par l’intermédiaire des médias sociaux, des institutions médicales et des fondations de patients. « La technique de recherche adoptée consistait à remplir un questionnaire numérisé par un répondant anonyme par internet », précise l’équipe de Gdansk qui, pour les besoins de l’étude, a travaillé avec l’Institut de psychologie de Gdansk.



« Surtout lors de tests diagnostiques, de palpation ou de procédures »

Au total, 81 % des répondants ont indiqué que les commentaires désagréables et de jugement étaient la forme de comportement inapproprié le plus fréquent qu’ils ont rencontré. « Notamment lors de tests diagnostiques, de palpation ou de procédures », indiquent les chercheurs persuadés que « la discrimination et la stigmatisation des patients souffrant d’obésité sont un problème social courant. Le but de notre recherche était d’analyser l’ampleur de l’expérience » ajoute l’équipe polonaise.
Une équipe qui estime qu’il est urgent d’élaborer des stratégies nationales liées aux soins aux personnes ayant un poids corporel plus élevé. « L’introduction de solutions spécifiques dans ce domaine peut contribuer à accroître la qualité des soins de santé et à réduire les comportements stigmatisants », conclut Krzysztof Sobczak.



Des futurs médecins britanniques réagissent

Un mois après la publication de cette étude, de jeunes professionnels de santé du Royaume-Uni ont réagi. « Nous lisons avec intérêt le travail original de Krzysztof Sobczack et l’enquête sur les expériences des patients polonais, qui souffrent d’obésité, lorsqu’ils interagissent avec des professionnels de la santé. Nous apprécions qu’en tant que société, des améliorations peuvent être apportées à la fois dans nos attitudes et nos soins aux personnes ayant un indice de masse corporelle élevé (IMC) », ont commenté, mi-octobre, des étudiants en médecine et futurs cliniciens de l’Université de biologie, médecine et santé de Manchester, au Royaume-Uni.
Bien qu’ils considèrent cette étude polonaise un peu biaisée par l’approche de l’autodéclaration qui créait une différence entre les expériences réelles des participants et leurs réponses, ils se proposent toutefois de poursuivre ce travail : « Nous proposons l’inclusion de récits de patients dans les travaux futurs. Cela permettra aux professionnels de la santé de réfléchir à l’expérience du patient et d’examiner leurs propres attitudes envers les patients obèses. De plus, permettre aux participants de détailler leurs expériences peut encourager une participation généralisée de la société, ce qui sera nécessaire pour déterminer l’omniprésence des attitudes stigmatisantes dans notre société à l’égard des individus à IMC élevé », précisent les futurs praticiens britanniques.


Philippe PALAT


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