Le taux de mortalité des malades en réanimation entre fin février et début mai 2020 a atteint 31%, selon une étude portant sur plus de 4 200 patients, essentiellement en France, mais également en Suisse et Belgique. Cette étude, qui précise plus finement le profil des malades graves hospitalisés en réanimation, souligne que les patients étaient en moyenne plus souvent atteints d’obésité que la population générale.

Le taux de mortalité des malades en réanimation entre fin février et début mai 2020 a atteint 31%, selon une étude portant sur plus de 4 200 patients, essentiellement en France, mais également en Suisse et Belgique. Cette étude, qui précise plus finement le profil des malades graves hospitalisés en réanimation, souligne que les patients étaient en moyenne plus souvent atteints d’obésité que la population générale.

À l’aube d’un nouvel afflux important de patients dans les hôpitaux, l’étude initiée par REVA (Réseau européen de recherche en ventilation artificielle) vient de parler (cliquez ici). Cette vaste étude française menée dans près de 150 services de réanimation et rendue publique la semaine dernière indique clairement que trois mois après leur admission en réanimation, entre le 25 février et le 4 mai 2020, 1 298 patients sur 4 244 n’ont pas survécu. Soit plus d’un tiers des patients (1).
Inédite par l’ampleur de son effectif et la durée de suivi, cette étude, qui a notamment impliqué l’Assistance-Publique/Hôpitaux de Paris (AP-HP) et des équipes de l’Inserm, révèle que ce taux de mortalité s’est toutefois amélioré entre le début et la fin de l’étude : il est passé de 42% à 25%, sans que l’on sache si cela est dû à une moindre gravité des atteintes, à une modification du profil des patients ou à une meilleure prise en charge.



Baisse oui, mais prudence dans l’analyse

« Ces résultats montrent que la mortalité, estimée à 31 % après 90 jours de suivi, a baissé entre le début et la fin de la première vague », souligne Alexandre Demoule, professeur de réanimation médicale et président du conseil scientifique du réseau de recherche européen REVA.
Une position tempérée par le professeur Djilalli Annane. « Il faut être très prudent avec ces chiffres-là, estime le chef du service de réanimation de l’hôpital AP-HP de Garches. Le nombre de décès par rapport au nombre de cas confirmés à l’échelle de la planète n’a pas baissé. Le virus continue de tuer autant. L’observation que la mortalité semble plus faible à la fin de la première vague qu’en début de vague est surtout liée à une modification du profil des patients. Si on prend les formes graves, les patients meurent toujours autant aujourd’hui que le 9 mars. C’est le même risque de décès », poursuit-il.



« La mortalité était plus élevée chez les patients les plus âgés, les diabétiques, les obèses »

Les auteurs de cette étude (2) baptisée Covid-ICU notent aussi que « la mortalité était plus élevée chez les patients les plus âgés, les diabétiques, les obèses », les personnes immuno-déprimées, ceux qui souffraient d’une défaillance rénale, ceux qui avaient les atteintes respiratoires les plus graves et ceux qui avaient connu un délai court entre les premiers symptômes et l’admission en réanimation.
Parmi les quelque 4 200 patients étudiés, 63% avaient dû être intubés et mis sous respirateur dès le jour de leur admission et 80% ont dû l’être durant leur séjour, selon cette étude publiée dans la revue Intensive Care Medecine.
Les 4 244 patients, des hommes pour 74% d’entre eux, inclus dans l’étude avaient un âge médian de 63 ans et avaient été admis en réanimation pour une insuffisance respiratoire aiguë secondaire à une infection par SARS-CoV-2. À noter tout de même que 25 % des malades passés en réanimation durant cette période avaient moins de 54 ans.
Parmi les quelque 4 200 patients, 41% présentaient un indice de masse corporelle ≥30kg/m2, c’est-à-dire plus souvent atteints d’obésité que la population générale.
Ces patients étaient répartis dans 138 hôpitaux différents en France, en Belgique et en Suisse. 56% des patients ont été admis dans des hôpitaux franciliens.



« La mise en tension des capacités d’accueil des services de réanimation »

Quatre-vingt-dix jours (trois mois) après l’admission en réanimation, la mortalité a donc atteint 31 %. Celle-ci a augmenté avec la gravité du SDRA (respectivement 30%, 34 %, et 50 % chez les SDRA de gravité faible, moyenne et sévère).
La mortalité chez les patients intubés au cours de leur séjour s’est élevé à 36% contre 11% chez les patients n’ayant pas eu de ventilation mécanique invasive.
« La gravité de ces patients couplée à des durées de séjour bien plus longues que celles observées chez les patients de même gravité ayant un SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aigüe, NDLR) non lié à la Covid-19 peuvent expliquer la mise en tension des capacités d’accueil des services de réanimation lors de la première vague, a commenté l’AP-HP dans un communiqué de présentation. Un suivi à plus long terme est maintenant nécessaire pour avoir une description complète du pronostic et des séquelles des patients ayant eu les formes les plus sévères de la Covid-19 hospitalisés en réanimation ».


Philippe PALAT


(1) Dans l’étude Covid-ICU le taux de mortalité des patients trois mois après leur admission dans le service de réanimation s’élève était à 31 %. Un taux meilleur que celui observé à la même période à New York et dans l’étude britannique Recovery (40 %) ou en Chine (50 %).

(2) Covid-ICU (Covid-19 infection in intensive care unit) est une cohorte multicentrique prospective mise en place en février 2020 pour collecter des informations démographiques, cliniques, virologiques, thérapeutiques et obtenir le pronostic détaillé des patients atteints de covid-19 hospitalisés en réanimation. Initiée par le réseau REVA, elle s’est rapidement étendue au-delà : 149 services de réanimation français, belges et suisses ont participé et ont inclus au total 4 244 patients adultes atteints de syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA).

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