Selon plusieurs constatations médicales, la plupart des femmes enceintes et leurs bébés à naître ne pâtissent pas durablement de l'infection par le Covid-19. Cependant, la propension du virus à favoriser l'apparition de caillots susceptibles de boucher les vaisseaux sanguins paraît particulièrement alarmante pour cette population. Et le risque est augmenté chez certaines patientes souffrant d’obésité.

Selon plusieurs constatations médicales, la plupart des femmes enceintes et leurs bébés à naître ne pâtissent pas durablement de l’infection par le Covid-19. Cependant, la propension du virus à favoriser l’apparition de caillots susceptibles de boucher les vaisseaux sanguins paraît particulièrement alarmante pour cette population. Et le risque est augmenté chez certaines patientes souffrant d’obésité.

La bonne nouvelle, c’est que les bébés naissent en bonne santé et que leurs mamans se rétablissent plutôt bien. La moins bonne, c’est qu’une analyse des placentas après l’accouchement de femmes infectées par le coronavirus démontre la présence de lésions apparemment liées à une mauvaise circulation. Telle est la conclusion d’une nouvelle petite étude publiée dans l’American journal of Clinical Pathology par des professeurs et médecins de Chicago, aux Etats-Unis.
Ces praticiens, pour illustrer leur propos, se référent à d’autres données qui confirment que la grossesse, surtout chez certaines patientes souffrant d’obésité ou d’hypertension, ont un risque augmenté de pâtir du Covid-19 (cliquez ici)
Cette nouvelle étude sur des femmes enceintes – ayant accouché alors qu’elles étaient infectées par le Covid-19 entre le 18 mars 2020 et le 5 mai 2020 – a permis d’examiner les placentas et de les comparer à des contrôles témoins.



Seize placentas de femmes enceintes positives au Covid-19 analysés

Le placenta est le premier organe à se former lors du développement du fœtus. Il agit comme les poumons, l’intestin, les reins et le foie du fœtus, en prenant l’oxygène et les nutriments du sang de la mère contre des déchets. On sait que certains virus comme Zika et la dengue altèrent le placenta. En revanche, pour le Covid-19, les lésions observées sont encore anecdotiques.
Pour en savoir plus, des scientifiques américains ont donc observé seize placentas de femmes enceintes positives au Covid-19. Elles souffraient pour la plupart de symptômes grippaux, sauf cinq asymptomatiques. Seules deux d’entre d’elles ont été placées sous assistance respiratoire.
Leurs placentas se sont révélés significativement plus susceptibles de présenter au moins une caractéristique de malperfusion vasculaire maternelle (MVM) que les placentas témoins, à savoir des caillots sanguins (thromboses) et des vaisseaux sanguins anormaux.



« Le coronavirus pourrait être impliqué dans la coagulation au niveau du placenta »

La MVM est un défaut du flux sanguin de la mère vers le fœtus, qui peut conduire à un retard de croissance, des naissances prématurées voire des mortinaissances (mort du fœtus après vingt semaines de grossesse). En l’occurrence, toutes les naissances de l’étude se sont déroulées normalement, en dehors d’une fausse couche à seize semaines et d’un accouchement prématuré à trente-six semaines. « Il y a un consensus émergeant sur le fait qu’il y a des problèmes de coagulation et de lésions des vaisseaux sanguins chez les patients atteints de Covid-19 », explique dans un communiqué le docteur Jeffrey Goldstein, co-auteur de l’étude.
Les patients Covid-19 souffrent, en effet, de la formation accrue de caillots, qui peuvent causer des engelures et conduire à des embolies pulmonaires s’ils se logent dans les artères pulmonaires. « Notre découverte suggère que le coronavirus pourrait être impliqué dans la coagulation au niveau du placenta », conclut le docteur Goldstein.



Les femmes enceintes et en obésité plus à risque

L’accumulation de caillots dans le placenta des femmes enceintes infectées par le Covid-19 est d’autant plus logique que la grossesse augmente, de fait, la coagulation.
Ce paramètre est suivi par la concentration de D-dimère, molécule produite lors de la dégradation d’un caillot par l’organisme.
En forte concentration, elle entraîne une suspicion de phlébite (caillot dans une veine) ou d’une embolie pulmonaire. La concentration de D-dimères dans le sang est normalement inférieure à 0,5 microgrammes par millilitre (µg/ml). Mais chez les femmes enceintes, cette valeur peut passer à 3,3 µg/m au cours des deuxième et troisième trimestres, d’après une autre étude américaine publiée dans l’American Journal of Obsetricts and Gynecology (1).



Une surveillance accrue est nécessaire

Dans cette précédente étude conduite par l’Université de médecine de Washington sur 46 femmes enceintes atteintes de Covid-19, « des taux supérieurs à 1 et 2 µg/ml ont été associés à un risque accru de mortalité associée à la coagulopathie à Covid-19 ». Et les auteurs de conseiller une surveillance accrue de ce paramètre chez les femmes enceintes infectées. Dans les faits, la grossesse à risque sous Covid-19 est souvent liés à des profils de patientes plus à risques. Dans cette étude, les 15% des patientes hospitalisées étaient presque toutes en surpoids ou obèses avant leur grossesse et avaient de l’asthme ou de l’hypertension.

(1) Lire « Le coronavirus augmente le risque pour les femmes enceintes atteintes d’obésité » (parution le 18 mai 2020)

Pour en savoir plus : cliquez ici et ici