Après plus de trois ans de tournage et de montage, l’animatrice de "L'amour est dans le pré" lance, lundi 11 janvier à 21h05 sur la chaîne M6, l’émission "Opération renaissance". Ce projet qui lui tenait à coeur va permettre de suivre pédant plusieurs semaines la trajectoire de dix témoins qui affrontent la maladie, la chirurgie bariatrique et le regard de la société. Karine Le Marchand a accepté de répondre nos questions à quelques heures de la diffusion. Spécialiste de l’intime, elle se livre à son tour à Ligue contre l’obésité.

Après plus de trois ans de tournage et de montage, l’animatrice de « L’amour est dans le pré » lance, lundi 11 janvier à 21h05 sur la chaîne M6, l’émission « Opération renaissance ». Ce projet qui lui tenait à coeur va permettre de suivre pendant plusieurs semaines la trajectoire de dix témoins qui affrontent la maladie, la chirurgie bariatrique et le regard de la société. Karine Le Marchand a accepté de répondre nos questions à quelques heures de la diffusion. Spécialiste de l’intime, elle se livre à son tour à Ligue contre l’obésité.

Comment l’idée de l’émission « Opération renaissance » vous est-elle venue ?

L’idée est née à la suite d’une discussion avec un chirurgien esthétique. Il m’a expliqué qu’il faisait beaucoup de chirurgie réparatrice pour les personnes qui avaient subi une intervention bariatrique. En échangeant avec ce professionnel de santé, de fil en aiguille, il m’a montré des lettres envoyées par ses patients. Tous parlaient de renaissance. Le bien-être de ses patients étaient tellement flagrant après cette réparation que je me suis intéressée à la chirurgie bariatrique. Parallèlement, je me suis interrogée sur la question de la perte de poids massive et j’ai compris qu’elle cachait beaucoup de choses. Notamment psychologiquement. Dans l’acceptation de soi, dans celle de son corps, dans ce changement d’apparence, on ne se reconnaît pas dans le miroir.
Dans ma recherche, j’ai aussi rencontré le docteur Michel Cymès qui m’a orienté vers de grands spécialiste de la chirurgie bariatrique, dont le professeur David Nocca, cofondateur de la Ligue contre l’obésité. J’ai passé plusieurs jours avec lui à Montpellier. J’ai rencontré son équipe et j’ai assisté à des opérations. J’ai aussi beaucoup échangé avec d’anciens patients opérés ou qui allaient se faire opérer. Comme tous me parlaient aussi de renaissance, le titre de l’émission était tout trouvé avec « Opération renaissance ». Je me suis donc mise à écrire cette émission car il y a 7 millions de personnes en situation d’obésité en France, 15 millions en surpoids et on ne leur donne pas la parole de l’intérieur. Or, tout le monde, y compris les médecins, parlent de leur perte de poids en permanence, mais on n’évoque pas les raisons pour lesquelles on devient obèse et comment on s’en sort psychologiquement, et surtout à long terme.



Quelle connaissance aviez-vous de l’obésité avant de démarrer le tournage ? Et plus précisément l’obésité existe-t-elle dans votre proche entourage ?

Je n’avais aucune connaissance de l’obésité avant de démarrer le tournage. Néanmoins, j’avais quelqu’un dans ma famille qui avait perdu trente kilos sans opération et qui, malheureusement, venait de tout reprendre. Comme il s’agit de quelqu’un de très proche, je me suis dis que la problématique n’était pas tant la perte de poids que la stabilisation. Cette situation m’a fait toucher du doigt le fait que si on ne règle pas les problèmes à l’origine de l’obésité, on reprend des kilos. De mon côté, j’ai eu, par le passé, des problèmes d’alimentation, notamment d’addictions. Cela me rend donc encore plus sensible à cette question.


Dans diverses interviews, vous avez évoqué vos addictions, votre anorexie et même l’aide d’un hypnothérapeute. Que s’est-il passé ?

Il s’est passé ce qui arrive à beaucoup de personne qui ne parviennent pas à gérer leur vie. Pour moi, c’était sans doute mon arrivée à Paris, à 17 ans et demi, un petit peu perdue, sans famille, sans ami. Quand on ne réussit pas à maîtriser son existence, moi, la solution que j’ai trouvée, c’est de tenter de maîtriser ma faim et mon corps. Quand tout s’effondre autour de soi, quand tout est flou, on cherche des solutions. Cela peut être une grande satisfaction de maîtriser sa faim, de parvenir à gérer ses pulsions. Cela montre qu’on est maître de soi. C’est ainsi que je me suis enfermée dans mon anorexie et mes addictions au chocolat et au Coca Zéro. Pour comprendre, j’ai rencontré l’hypnothérapeute Joëlle Cadoret qui intervient d’ailleurs dans l’émission. Après plusieurs séances, cela avait bien fonctionné et nous avons sympathisé. Depuis cette période, la question de l’alimentation relève pour moi d’un questionnement permanent. Dans l’oralité, il y a la parole mais aussi ce qu’on avale. Ce que l’on dit, ce que l’on ne dit pas. Ce que l’on cache aussi.


Comment avez-vous réussi à convaincre la chaîne M6 de croire en ce nouveau programme ?

Je leur ai montré les chiffres de l’obésité en France. Je leur ai fait part également des chiffres d’audience des émissions américaines, mais qui, à mon sens, étaient très humiliantes pour les personnes en situation d’obésité. Dans ces concepts, ils éliminaient par exemple les personnes qui ne perdaient pas de poids assez vite. M6 et moi, ne ne voulions absolument pas faire cela. En même temps, il me paraissait évident qu’il fallait parler de cette maladie. Donc, je l’ai conçue de À à Z. Je l’ai prévenu d’emblée la chaîne qu’on allait avoir sans doute deux, voire trois ans de tournage. Ils m’ont répondu : « On te suit ! ». Avec cette émission, c’est surtout moi qui ait pris des risques financiers car au départ on me donne une somme d’argent et que cela dure un an, deux ou trois, c’est à moi de me débrouiller. Ce risque, de toute façon, je voulais le prendre car je crois en cette émission et à son rôle pédagogique pour mieux faire comprendre cette public au plus grand nombre.


Justement, quel message souhaitez-vous faire passer avec ce nouveau type d’émission ?

L’obésité est une maladie multifactorielle. Le message essentiel consiste à faire comprendre qu’il faut accompagner les malades dans leur combat contre cette pathologie. Par exemple, le suivi psychologique n’est aujourd’hui pas pris en charge. Ce n’est pas normal. Mon souhait est aussi de changer le regard des personnes non obèses que celles souffrant d’obésité. Qu’on arrête de les insulter dans la rue alors qu’on ne les connaît pas, qu’on arrête de leur faire des réflexions blessantes alors qu’on ne sait pas ce qu’ils vivent. J’ai commencé la télévision sur le service public et j’ai grandi au sein du monde de la télévision avec l’idée qu’on a une responsabilité et une mission. Au fil de temps, je me suis rendue compte que chaîne publique ou chaine privée, il n’y avait pas de grande différence. Ce qui compte, c’est la volonté des producteurs et des directeurs de chaîne. M6 est une chaîne dont l’ADN passe par le coaching et l’accompagnement des gens dans leur vie. Comme le décryptage de cette maladie par ses causes et ses conséquences me semblait essentiel aussi pour donner des clés aux gens, M6 a adoré tout de suite le projet.


Dans quels lieux avez-vous tourné vos séquences ?

On a tourné beaucoup chez nos témoins, dans toute la France. Du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest. C’était important pour moi, qu’à travers cette émission, de nombreuses régions françaises soient représentées. On a tourné aussi à Paris qui est un point central pour le tournage des séquences de groupe.


Votre tournage a duré trois ans. Quelles relations avez-vous établies avec les patients au cours de l’émission ?

Finalement, le tournage aura duré un peu plus de trois ans. J’ai noué des relations fluctuantes, évidemment plus distante aussi début qu’à la fin. Des relations d’amitié aussi. Parfois, j’ai un rôle de ‘’tata’’, de grande sœur, de maîtresse d’école, de maman… En fait, nous sommes une famille et nous avons traversé ensemble une expérience formidable. Nous en avons fait mincir certains et grandir d’autres.


Comment évoluent-ils depuis leur opération de chirurgie bariatrique ?

Ils évoluent différemment selon les personnalités et leurs parcours. Certains ont compris qu’il fallait un changement majeur de comportement. S’ils ont eu parfois des difficultés à mettre en place le changement, lorsqu’ils ont lancé le système, ils sont allés vers le mieux. D’autres ont été réticents, ont échoué, ont repris le bon chemin, ont reéchoué, repris à nouveau le bon chemin… Dans dix histoires, il y a dix façons de vivre l’expérience. Malgré notre protocole, nous avons enregistré 30% d’échec. Parmi ceux qui ont échoué, alors qu’ils souhaitaient atteindre leur objectif – qui n’était peut-être pas réaliste d’ailleurs – la plupart ont compris le pourquoi de l’échec et l’exprime. Et cela, c’est déjà très important pour mieux se comprendre.


Avant même la première émission, vous essuyez aussi des critiques. Soit vous êtes accusée de voyeurisme, soit de vouloir faire de l’audimat sur le dos des personnes souffrant d’obésité. Que répondez-vous à vos détracteurs ?

Quoi que j’entreprenne, il y a de la polémique. De toute façon, aujourd’hui, la polémique est partout. Si on ne parle des personnes souffrant d’obésité, elles sont invisibles et, du coup, on reproche de ne pas en parler. Quand on en parle, ce n’est pas comment les gens voudraient qu’on en parle. J’essaie de faire au mieux, nos émissions sont dignes, nos témoins sont heureux d’y avoir participé sans exception. Notre protocole médical est satisfait du résultat, le ministère de la Santé aussi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel aussi… Il y aura toujours des gens mécontents, moi j’ai fait au mieux.


L’obésité est une maladie qui n’échappe malheureusement pas au phénomène grandissant de la discrimination envers les personnes à forte corpulence. Que pensez-vous de cette grossophobie ambiante ?

Nous évoluons dans une société qui met de plus en plus l’accent sur l’apparence. Sous pseudonyme, il y a toujours des gens qui se permettent de critiquer, de donner un avis défavorable, de pratiquer le bashing… C’est lamentable. Il faudrait finir par légiférer sur ce sujet, mais c’est une autre histoire. Nous sommes dans une société qui dénonce, à juste titre, les problématiques de l’homophobie, du racisme… Mais elle ne se préoccupe pas de ces gens qui se font insulter parce qu’ils sont de forte corpulence. J’espère qu’avec cette émission, on fera évoluer le regard sur la maladie obésité. J’aimerais qu’en montrant des personnes en situation d’obésité, on aide aussi à faire comprendre à chacun d’entre nous que chaque regard négatif porté sur une personne qui souffre de cette maladie, chaque critique émise, chaque remarque blessante constitue un coup de poignard sans le savoir.


Comme vous le savez, la Ligue contre l’obésité lutte contre les idées reçues qui réduit cette maladie à un mauvais comportement alimentaire et une manque de volonté. Votre émission combat-elle également ces préjugés ?

Oui, évidemment. J’ai conçu cette émission avec des professionnels de santé qui sont aussi membres de la Ligue contre l’obésité, mais aussi avec des chirurgiens qui partagent ces valeurs-là et ce combat-là. Au fil des émissions, on montre complètement qu’il ne s’agit pas que d’un comportement alimentaire et combien cela ne se résume pas un manque de volonté. Je peux vous dire que nos témoins sont volontaires, courageux et qu’ils subissent bien des épreuves pendant ces trois années.


Simultanément au lancement de « Opération renaissance », vous publiez un livre intitulé « 15 étapes pour apprendre à s’aimer ». Pourquoi un tel ouvrage et à qui s’adresse-il ?

Au départ, le livre « 15 étapes pour apprendre à s’aimer » faisait partie des nombreux outils pédagogiques que j’ai créés avec notre protocole pour accompagner nos témoins. Ce livre est conçu comme un cahier d’activités interactif. C’est un outil qui permet de réaliser ce qui bloque la personne, de comprendre ce qui vous fait du mal, ce qui vous rend heureux, les qualités que vous possédez mais que vous sous-estimez, les personnes à fuir ou à suivre. D’ailleurs, la seconde partie de soirée de l’émission s’appelle ‘’ Deux ans pour apprendre s’aimer’’. Cette séquence décortique l’application du livre avec nos témoins, pas à pas, pour voir comment ils ont appris à s’aimer. En fait, ce livre était tellement déterminant dans leur vie en terme de prise de conscience ou changement d’attitude, que je me suis dit qu’il fallait en faire profiter les autres. Il y a des millions de gens qui ont besoin de s’aimer, de trouver ou de retrouver l’estime de soi. Une bonne estime de soi est fondamentale pour affronter les épreuves, et avoir une vie épanouie en amour, au travail, en famille, entre amis… Comme le livre existait, je me suis mise en tête de l’auto-éditer et de le faire imprimer. Puis, j’ai créé un site internet sur lequel il est en vente, à la disposition de toutes et de tous.



Propos recueillis par Philippe PALAT

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