À l’occasion de la première Journée mondiale unifiée contre l’obésité qui s’est déroulée le mercredi 4 mars, une coalition internationale d’associations, d’universités et de professionnels de la santé appelle à la fin de la stigmatisation des personnes en fonction de leur poids. En France, la Ligue contre l’obésité s’empare du sujet.

À l’occasion de la première Journée mondiale unifiée contre l’obésité qui s’est déroulée le mercredi 4 mars, une coalition internationale d’associations, d’universités et de professionnels de la santé appelle à la fin de la stigmatisation des personnes en fonction de leur poids. En France, la Ligue contre l’obésité s’empare du sujet.

« La stigmatisation du poids est un problème de santé publique, sape les droits humains et sociaux et constitue une pierre d’achoppement majeure dans la lutte contre l’épidémie d’obésité. » Pour le professeur Francesco Rubino, président de la chirurgie bariatrique et métabolique au King’s College de Londres, il est temps d’agir pour mettre fin à la stigmatisation des malades de l’obésité. Un point de vue que partage la Ligue contre l’obésité qui, depuis sa création en 2014, milite pour la fin de cette stigmatisation discriminante.
Dans un article publié le 4 mars 2020 dans « Nature Medicine », une équipe d’experts, dirigée par le professeur Francesco Rubino a élaboré une déclaration de consensus international (1) et un engagement pour éradiquer la stigmatisation du poids.
Coïncidant avec la Journée mondiale contre l’obésité, plus de 100 organisations médicales et scientifiques (2) se sont engagées à soutenir cette déclaration qui reconnaît les récits publics non scientifiques de l’obésité comme une cause majeure de la stigmatisation du poids.
Dans leur texte, les experts appellent à des politiques fortes et réclament une législation visant à prévenir la discrimination fondée sur le poids.



Changer l’environnement, offrir plus de compassion

Dans cette déclaration, la coalition estime que cette stigmatisation a plus de conséquences négatives que positives sur la santé. Elle peut même parfois limiter un l’accès des gens à certains soins de santé. « Lorsque ces personnes ne peuvent pas s’asseoir en toute sécurité dans un avion, une voiture ou un autobus, ou encore obtenir des soins d’urgence en raison de leur poids, nous devons agir, affirme l’une des signataires de la déclaration, la chercheuse en ergothérapie de l’Université de l’Alberta (Canada), Mary Forhan. C’est une question de droits de la personne. »
Mary Forhan et les cosignataires plaident pour que les professionnels de la santé adaptent leur équipement et leur approche aux personnes obèses. « Comment pouvons-nous changer l’environnement pour qu’il soit plus sécuritaire, qu’il offre plus de compassion et que ces personnes soient pleinement investies dans leur vie ? », s’interroge la chercheuse.
Des données antérieures indiquent que la stigmatisation du poids peut causer des dommages physiques et psychologiques. Conséquence : les personnes touchées par l’obésité sont moins susceptibles de chercher et de recevoir des soins adéquats. Souvent perçues comme paresseuses, gourmandes, dépourvues de volonté et d’autodiscipline, les personnes souffrant d’obésité sont vulnérables à la stigmatisation et à la discrimination au travail, à l’éducation et dans les milieux de soins de santé.



Le milieu de soins de santé concerné

« La stigmatisation du poids se produit dans presque tous les aspects de notre société, y compris le milieu des soins de santé », explique le professeur Rebecca Puhl, co-auteur, directeur adjoint du Rudd Center for Food Policy and Obesity à l’Université du Connecticut, aux États-Unis. « Il est essentiel que les efforts déployés pour s’attaquer à ce problème comprennent le soutien et l’action de la communauté médicale. »
Par exemple, les lits d’hôpitaux sont souvent trop petits pour accueillir une personne obèse. Certains équipements de physiothérapie ne supportent qu’un poids d’environ 115 kg, ce qui prive de soins de nombreuses personnes en surpoids.
La chercheuse Mary Forhan rappelle que l’obésité n’est considérée comme une maladie que lorsqu’un surpoids amène des problèmes de santé, comme des maladies cardiovasculaires, de l’ostéoporose et du diabète.



L’IMC contesté

Dans cette déclaration internationale, plusieurs experts souhaitent que les professionnels de la santé délaissent l’utilisation de l’indice de masse corporelle (IMC) comme seul marqueur de l’obésité, puisqu’il ne prend pas en compte la présence ou non de maladies. « Nous regardons aussi la masse adipeuse et la disposition des tissus adipeux dans le corps », indiquent-ils, puisque la présence de tissus adipeux autour des organes a souvent un impact négatif sur la santé.
Si une personne ne vit pas ces conséquences négatives sur sa vie et sa santé, alors ils ne vivent pas avec la maladie de l’obésité. « Ils vivent simplement dans un corps large et il n’y a absolument aucun problème avec ça », assure la chercheuse canadienne Mary Forhan.



La Ligue contre l’obésité impliquée dans le nouveau récit

Le message est clair : l’objectif de cette initiative est de rassembler un large groupe d’experts et d’organisations scientifiques et, pour la première fois, de parler d’une seule voix pour condamner sans ambiguïté la stigmatisation du poids et dénoncer les idées fausses qui contribuent à la partialité du poids. « Remettre en question et changer des croyances répandues et profondément enracinées, des idées préconçues de longue date et des mentalités dominantes exige un nouveau récit public de l’obésité qui soit cohérent avec les connaissances scientifiques modernes », précise le professeur Rubino. « L’histoire nous montre avec des exemples tels que la peste, le choléra et le VIH/SIDA que la stigmatisation peut interférer avec les efforts de santé publique pour contrôler les épidémies. Les initiatives visant à lutter contre la stigmatisation et l’exclusion sociale étaient alors aussi importantes qu’elles le sont aujourd’hui ».
Particulièrement impliquée dans cette démarche, la Ligue contre l’obésité va poursuivre son travail en ce sens et œuvrer avec les instances nationales et internationales de lutte contre l’obésité.


Si vous souhaitez apporter votre soutien à cette initiative partagée par la Ligue contre l’obésité, rendez-vous sur www.pledge2endobesitystigma.org et cliquer sur le bouton « sign the pledge ».


(1) La déclaration a été élaborée à l’occasion d’une conférence internationale organisée conjointement par la World Obesity Federation, l’American Diabetes Association, l’American Association of Clinical Endocrinologists, l’American Association for Metabolic and Bariatric Surgery, Diabetes UK, European Association for the Study of Obesity, International Federation for the Surgery of Obesity and Metabolic Disorders, Obesity Action Coalition, Obesity Canada, The Obesity Society.

(2) Parmi les personnes qui se sont engagées à s’engager, on compte plus de 100 organisations à travers le monde, dont des sociétés scientifiques, des institutions universitaires, des centres médicaux, des revues scientifiques (y compris toutes les revues Nature), de l’industrie, dont WW (Weight Watchers) et le All-Party (groupe parlementaire sur l’obésité, un groupe de membres multipartites de la Chambre des communes et de la Chambre des lords du Parlement britannique).

Pour en savoir plus : Cliquez ici et ici