La pandémie du coronavirus démontre que les personnes atteintes de maladies préexistantes comme l’obésité ou le diabète du type 2 sont confrontées à des risques plus élevés de maladie graves et de décès. De nombreux experts en santé pointent cette réalité et estiment que beaucoup de citoyens européens devront perdre du poids dans le cadre d’une stratégie de prévention à long terme. Mais l’Union européenne sera-t-elle au rendez-vous de ce défi sanitaire ? Un article du journal américain Politico fait le point.

La pandémie du coronavirus démontre que les personnes atteintes de maladies préexistantes comme l’obésité ou le diabète du type 2 sont confrontées à des risques plus élevés de maladie graves et de décès. De nombreux experts en santé pointent cette réalité et estiment que beaucoup de citoyens européens devront perdre du poids dans le cadre d’une stratégie de prévention à long terme. Mais l’Union européenne sera-t-elle au rendez-vous de ce défi sanitaire ? Un article du journal américain Politico fait le point.

Le Covid-19, on le sait, a durement frappé les personnes atteintes d’obésité. Rendues plus vulnérables en raison de leur surpoids, des milliers de personnes ont été hospitalisées et placées en réanimation dans les hôpitaux du monde entier. Certains, malheureusement, n’en sont jamais revenus.
Face à cette crise sanitaire sans précédent, de nombreuses voix s’élèvent, dont celle de la Ligue contre l’obésité, pour réclamer que cette maladie chronique soit enfin prise en compte et traitée à la hauteur de l’enjeu pour l’humanité. D’autant que les chiffres de l’obésité dans le monde parlent d’eux-mêmes, depuis plusieurs décennies. Pire encore, cette population vulnérable est en croissance permanente.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la proportion d’adultes dans l’Union européenne qui souffre d’obésité ou qui est en surpoids est passée de 47 % en 1990 à 60 % en 2016.
L’obésité infantile constitue également un problème majeur. Aujourd’hui, on estime qu’environ 1 enfant sur 3 âgés de 6 à 9 ans dans l’Union européenne est en surpoids ou obèse, ce qui constitue un puissant prédicteur de problèmes de poids futurs, selon les données de l’OMS. « L’obésité est une maladie porte d’entrée vers plus de 230 complications différentes », explique Jacqueline Bowman-Busato, responsable de la politique européenne à l’Association européenne pour l’étude de l’obésité.
Cette liste comprend 20% de cancers, tandis que 80% des personnes atteintes d’obésité non contrôlée ou sévère continuent à développer le diabète de type 2.



Les études menées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Chine ou en France confirment le lien obésité-Covid-19

La recherche scientifique progressant, de nouvelles découvertes démontrent, un peu plus chaque jour, l’importance des risques liés à l’obésité pour la santé. Dans un récent rapport publié par l’agence du ministère britannique de la Santé Public Health England sur les disparités des risques, on apprend que près de 8% des patients gravement malades du Covid-19 dans les unités de soins intensifs souffraient d’obésité massive, comparativement à environ 3 % de la population générale.
Le rapport cite également une étude qui a examiné 17 millions de dossiers de santé électroniques d’adultes. Cette analyse souligne une relation entre le risque de décès de Covid-19 et l’embonpoint mesuré par l’indice de masse corporelle (IMC).
Aux États-Unis, deux études récentes publiés par l’Université de New York Langone Health ont suggéré que l’obésité est un prédicteur clé pour les cas graves de Covid-19 (cliquez ici). Leora Horwitz, auteur d’une étude et docteur au Langone Health, a conclu que l’obésité était un facteur plus important pour l’hospitalisation que l’hypertension artérielle, le diabète, la maladie coronarienne, la maladie rénale ou le cancer, et même que les maladies pulmonaires.
L’autre étude a suggéré que les patients souffrant d’obésité étaient deux fois plus susceptibles d’être hospitalisés et qu’ils risquaient d’avoir plus de besoin de soins intensifs que les non-obèses.
Des études plus récentes récentes menées en Chine et en France ont tiré des conclusions similaires.



Quelles ressources de la part de EU4 Health ?

Pour autant, les raisons exactes de cette vulnérabilité restent encore floues, et ce malgré les nombreuses recherches lancées autour du tissu adipeux, l’enzyme ACE-2, des péricytes, etc. « Il peut y avoir des problèmes mécaniques », a déclaré Chantal Mathieu, vice-présidente senior de l’Association européenne pour l’étude du diabète (EASD) et chef de l’endocrinologie au CHU de Louvain. « Si vous avez 40 kilogrammes sur vous, il peut être plus difficile de ventiler les poumons, précise-t-elle. Ce qui est certain, c’est que la mortalité dans ce groupe de patients, qui ont une foule de problèmes interdépendants comme le diabète et les problèmes cardiaques, est plus élevée ».
Si la Commission européenne a annoncé qu’elle prenait le problème au sérieux, elle n’a pas encore précisé quelles seront les ressources que le programme EU4Health de la Commission européenne prévoit de consacrer à la lutte contre l’obésité dans le cadre de son programme de financement 2021-2027. Un programme qui, dans le chapitre du renforcement des systèmes de santé, cite l’obésité comme une maladie à combattre. Sauf que…



La Commission européenne ne parle qu’alimentation…

Sauf qu’une fois encore la Commission européenne réduit sa vision de l’obésité à la question alimentaire. « Il est clair que les régimes alimentaires des consommateurs européens ne sont pas conformes aux recommandations alimentaires, a déclaré Stefan De Keersmaecker, porte-parole de la Commission. Cela a un effet d’entraînement sur la santé générale, avec une forte prévalence de maladies liées à l’alimentation, y compris diverses formes de cancer et de maladies cardiovasculaires. »
Dans un futur proche, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies prévoit d’élaborer des lignes directrices sur la façon de protéger les groupes vulnérables, y compris les personnes âgées et les personnes souffrant d’hypertension, de diabète ou d’obésité. Ce texte sera publié « bientôt », selon De Keersmaecker.



Alimentation verte, étiquetage, code de conduite, vélo…

L’eurodéputée portugaise Sara Cerdas a déclaré que le programme devrait s’attaquer non seulement aux plus grands tueurs directs, mais aussi aux principales conditions qui causent des comorbidités. « Il est important qu’elle s’attaque aux facteurs de risque, et ici l’obésité est très importante », a précisé Sara Cerdas.
Jusqu’à présent, les efforts de la Commission pour lutter contre l’obésité ont été canalisés par la stratégie Farm to Fork (écologisation du système alimentaire de l’Union européenne qui passe notamment par la réduction des pesticides) qui vise à verdir le système alimentaire européen et à inverser la tendance à la hausse de l’obésité d’ici dix ans. Parmi les propositions, on trouve l’obligation des étiquettes nutritionnelles sur les emballages alimentaires, la création d’un code de conduite de l’Union européenne pour une commercialisation responsable, etc.
Les aliments biologiques et durables sont également de plus en plus populaires, selon Ecovia Intelligence, une société de recherche. En France, par exemple, certains magasins d’aliments biologiques font état d’une hausse de leurs ventes de plus de 40%.
Pendant ce temps, les gouvernements européens tentent de tirer le meilleur parti de la crise afin de décourager l’utilisation de la voiture au profit de moyens de transport plus écologiques et plus sains. L’Italie, par exemple, a introduit de généreuses subventions en espèces pour encourager l’achat de vélos, ce qui, contrairement aux transports publics, évitent tout contact étroit avec d’autres navetteurs.



Le message clair de Jacqueline Bowman-Busato d’EASO

Mais pour Jacqueline Bowman-Busato, responsable politique de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité (EASO), une première étape consisterait à ce que l’Union européenne reconnaisse l’obésité comme une maladie chronique, ce que l’OMS a déjà fait. Cette reconnaissance permettrait de produire un cadre pour harmoniser les plans d’intervention en matière d’obésité dans différents pays membres et aider à renforcer les centres de gestion de l’obésité.
D’autant Jacqueline Bowman-Busato prévient que la gestion de l’obésité ne se résume pas à une alimentation saine. Au contraire. « L’obésité provient d’une série de causes qui vont des équilibres hormonaux et des problèmes psychologiques aux facteurs environnementaux, dit-elle, ajoutant que la direction générale de la Santé pourrait faire plus sur cette question de la reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique et récurrente. S’ils veulent non seulement endiguer la marée, mais s’assurer que d’autres populations vulnérables diminuent, ils devront s’occuper de l’obésité correctement », commente-t-elle.

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