Dans le cadre des questions du gouvernement, la députée de la majorité présidentielle Sandrine Josso l’a interrogé sur le sujet sensible de l’obésité et les actions prévues pour relever ce défi sanitaire. Mais le ministre de la Santé a surtout répondu « malbouffe » et « Nutriscore ». Nouvelle déception du côté de la Ligue contre l’obésité qui réclame une politique sanitaire adaptée, totalement différente des préconisations du Plan national nutrition santé...

Dans le cadre des questions au gouvernement, la députée de la majorité présidentielle Sandrine Josso l’a interrogé sur le sujet sensible de l’obésité et les actions prévues pour relever ce défi sanitaire. Mais le ministre de la Santé a surtout répondu « malbouffe » et « Nutriscore ». Nouvelle déception du côté de la Ligue contre l’obésité qui réclame une politique sanitaire adaptée à la maladie, totalement différente des préconisations du Plan national nutrition santé…

Quand le sujet de l’obésité surgit sur le banc de l’Assemblée nationale, on se dit qu’on va enfin parler des vraies causes. Et entamer la réflexion sur cette maladie qui n’est toujours pas reconnue, en France, comme une pathologie à part entière. Sauf que les réponses apportées au plus haut de niveau de l’Etat sont souvent synonymes de déception.
Cela a été encore une fois le cas, ce mardi 23 mars, lors de la séance diffusée en direct sur la Chaîne Parlementaire. Pourtant, la problématique portée par la députée de Loire-Atlantique, Sandrine Josso, avait le mérite de la clarté et de la franchise.
Dans le cadre des traditionnelles questions au gouvernement, Sandrine Josso, membre de la majorité présidentielle, a posé d’emblée le débat : « Je vais vous parler d’une maladie chronique : l’obésité ». Rappelant que que l’Organisation mondiale de la santé a reconnu cette pathologie en 1997, la parlementaire de Loire-Atlantique a précisé qu’à « l’échelle mondiale, le nombre de cas a presque triplé depuis 1975. En France, cette pathologie touche 17% des adultes et un enfant sur 5 », a-t-elle rappelé.
Sur un plan financier, la députée Josso a expliqué que « selon le rapport de 2015 de l’Assurance maladie, l’obésité coûtait la somme de 12,6 milliards d’euros à notre système social. »



« Les perturbateurs endocriniens ont un rôle reconnu dans le développement de l’obésité »

Pour elle, il s’agit d’« une bombe sanitaire que nous devons stopper au plus vite », particulièrement illustrée par les chiffres de la Covid-19 : plus de 47% des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité.
Et la députée de pointer du doigt le manque de moyens pour affronter la maladie obésité. « A ce jour, la prévention se limite à de la communication, ‘’Manger équilibré’’ et ‘’Pratiquer une activité physique régulière’’, ce qui est largement insuffisant. D’autant que les perturbateurs endocriniens ont un rôle reconnu dans le développement de l’obésité, tout comme les substances addictives dans l’alimentation industrielle. Le lien entre environnement, alimentation et santé est un sujet majeur qui sera un des grands enjeux de la décennie à venir de notre système de santé ». Un constat qui a conduit l’élue a demandé au ministre de la Santé quels sont les projets d’urgence et de long terme que le gouvernement souhaite mettre en œuvre pour répondre à ce défi.



« Le PNNS ne parle de recherche que dans l’axe 5, comme s’il s’agissait de se donner bonne conscience »

En guise de réponse, le ministre de la Santé Olivier Véran a réussi le tour de force, en deux minutes montre en main, d’affirmer que « l’obésité est un sujet qui n’est pas lié qu’à l’alimentation » tout en ne parlant quasiment que d’alimentation, de fast-foods, de malbouffe…
Après avoir convenu qu’il était « compliqué de parler d’obésité, car il y avait une part de l’obésité qui est d’origine génétique (…) sans doute plus importante qu’on ne le croit », le représentant du gouvernement a expliqué que le « le volet 1 de notre Plan national nutrition santé, c’est la recherche, c’est-à-dire comprendre les mécanismes ».
Une affirmation qui, à la lecture du Plan national nutrition santé 2019-2023, ne correspondant pas du tout à la réalité puisque la recherche apparaît, non pas dans le volet 1 du document, mais dans sa toute dernière partie, comme le pointe Agnès Maurin, directrice cofondatrice de la Ligue contre l’obésité : « Le PNNS ne parle de recherche que dans l’axe 5, c’est-à-dire à la fin du document comme s’il s’agissait de se donner bonne conscience. De plus, cela se résume en moins de cinq pages sur un document qui en compte près d’une centaine. Le plus grave, c’est que tous les chapitres concernent exclusivement la politique nutritionnelle. Le tout dernier point est totalement caricatural puisqu’il s’agit de ‘’Développer une recherche en économie de la santé dans une vision nutrition’’. Comment peut-on penser s’attaquer à la maladie obésité par ce seul prisme ? C’est indigent de la part du gouvernement », s’indigne la porte-parole de la Ligue contre l’obésité.



Le Nutriscore, alpha et oméga de l’information ?

Pour Olivier Véran, l’équation est simple : « Les inégalités sociales vont de pair avec la malbouffe. Il y a un cynisme terrible : les fast-foods sont implantés préférentiellement dans les endroits où les revenus des populations sont les plus faibles. Je trouve ça personnellement horrible. Socialement, je trouve cela cynique. Et donc il nous faut lutter contre la malbouffe avec efficacité. On ne va pas empêcher l’implantation de fast-foods, on ne va pas empêcher les gens de s’alimenter. La prévention est donc importante. Il s’agit de donner les clés de compréhension à la population pour pouvoir elle-même s’armer et se protéger vis-à-vis de la malbouffe et de l’obésité ».
Brandissant « l’innovation française du Nutriscore » comme l’alpha et l’oméga de l’information, le ministre Véran a estimé « l’activité physique est évidemment importante », toute comme « la lutte contre la publicité offensive notamment à l’égard des publics les plus jeunes ». Avant de conclure : « Nous continuerons ce combat qui est long et que nous gagnerons progressivement en expliquant aux gens, en les accompagnant en douceur et avec détermination. » Sauf que le chemin emprunté à de quoi laisser sceptique...



« Polluants chimiques, stress, sommeil, traumatismes, médicaments… »

Du côté de la Ligue contre l’obésité, c’est une fois de plus la déception. Mâtinée d’incompréhension car le discours simpliste du ministère de la Santé relève au mieux de l’oubli, au pire de la méconnaissance totale de la maladie et de ses causes mutifactorielles. « Ce gouvernement, comme les précédents, ne parle d’obésité qu’à travers l’alimentation et l’activité physique. Il essaie de légitimer son Plan national nutrition santé qui n’est pas du tout adapté pour traiter l’obésité. Le PNNS, c’est un plan avec des messages de santé publique qui s’adresse à toute la population française. C’est très bien, mais cela ne fera pas baisser le nombre de malades de l’obésité qui est en constante augmentation malgré les plans successifs depuis vingt ans », réagit Agnès Maurin, la directrice cofondatrice de la Ligue contre l’obésité.
Grâce aux recherches scientifiques menées dans le monde entier, la connaissance des facteurs de l’obésité s’affine chaque jour un peu plus. « Les travaux conduits autour des perturbateurs endocriniens et des polluants chimiques, des traumatismes de la vie, du stress, du sommeil ou de l’impact de nombreux traitements médicamenteux démontrent que les causes de l’obésité sont multifactorielles, et bien loin d’être mises au seul crédit d’un comportement individuel », poursuit la représentante de la Ligue contre l’obésité.



« L’accusation du comportement décuple la stigmatisation »

Pire : cette démarche entraîne la discrimination des personnes souffrant d’obésité. « De nombreuses études prouvent que l’accusation du comportement décuple la stigmatisation et provoque un éloignement du recours aux soins des personnes qui souffrent de cette pathologie », explique Agnès Maurin.
Les conséquences peuvent s’avérer désastreuses, tant sur le plan physique, qu’au niveau moral et économique. « L’isolement tourne les gens vers des solutions inadaptées comme les régimes. Ils ne servent à rien sinon qu’à provoquer un effet yoyo catastrophiques et sont très coûteux. Soumis à aucun contrôle, le marché de la minceur profite de ces situations de faiblesse. C’est lui qu’il faudrait taxer en priorité !, s’exclame Agnès Maurin. Cela aiderait à financer la recherche et à travailler sur les vraies causes d’une maladie qui touche plusieurs millions de Français. »



Philippe PALAT

Pour en savoir plus : cliquez ici