Les expositions chimiques et non chimiques à l’environnement sont de plus en plus soupçonnées d’influencer le développement de l’obésité, en particulier au début de la vie. L’étude Hélix menée en Europe a évalué l’association entre un large éventail d’expositions environnementales précoces et l’obésité infantile. Les résultats sont sans appel.

Les expositions chimiques et non chimiques à l’environnement sont de plus en plus soupçonnées d’influencer le développement de l’obésité, en particulier au début de la vie. L’étude Hélix menée en Europe a évalué l’association entre un large éventail d’expositions environnementales précoces et l’obésité infantile. Les résultats sont sans appel.

« Cette première analyse complète et systématique de nombreux obésogènes environnementaux présumés renforce les preuves d’une association de tabagisme, d’exposition à la pollution atmosphérique et de caractéristiques de l’environnement bâti avec le risque d’obésité infantile ». La conclusion de l’étude Helix (Human Early Life Exposome) révélée le 24 juin 2020 dans Perspectives de santé environnementale (1) est formelle. L’impact de la pollution et du tabac, couplé à la densité de la population, accélère la prise de poids et peut conduire à l’obésité. L’étude, a démontré que sur une analyse concernant plus d’un millier d’enfants, la prévalence combinée du surpoids et de l’obésité atteignait 28,8 %. Soit quasiment un enfant sur trois.



173 facteurs mesurés, dont 77 pendant la grossesse

Pilotée par Martine Vrijheid, professeure de recherche à l’Institut mondial de santé (ISGlobal) à Barcelone, une équipe de chercheurs européens a passé en revue 77 facteurs pendant la grossesse et 96 pendant l’enfance.
Sur ses 173 facteurs, les scientifiques ont constaté que la pollution atmosphérique, le tabagisme et l’environnement bâti d’une personne peuvent jouer un rôle dans l’obésité chez les enfants de la naissance à l’âge de 11 ans. « L’exposition au tabagisme maternel pendant la grossesse, l’exposition de l’enfance aux polluants atmosphériques intérieurs et extérieurs, l’exposition passive à la fumée infantile, la résidence d’enfance dans les zones plus densément peuplées et la fréquentation scolaire dans les régions où les installations sont moins nombreuses ont été associées à une augmentation de l’IMC des enfants. Les taux sanguins d’enfants de cuivre et de césium ont été également associés à un IMC plus élevé », précise l’étude.
Jusqu’ici, les précédentes études menées sur ces multiples corrélations avaient analysé les expositions individuellement, mais jamais l’ensemble de ces facteurs de risques. « C’est l’une des premières études qui parvient à mesurer autant de variables différentes et autant de facteurs de l’environnement et qui tente, ensuite, de les analyser tous ensemble, a déclaré Martine Vrijheid, l’auteure principale de l’étude. Il était également important d’avoir ce type d’approche globale car cela permet montrer tous les résultats dans une seule et même publication. »



Les données de 1 301 enfants de 6 à 11 ans analysés

L’étude Helix a mesuré l’indice de masse corporelle (IMC), la circonférence de la taille, l’épaisseur de la peau et la masse de graisse corporelle chez 1 301 enfants de six cohortes de naissance européennes (2) âgés de 6 à 11 ans. La pollution de l’air a été corrélée avec les taux d’obésité les plus élevés et les mesures de l’indice de masse corporelle (IMC).
Déjà en 2012, une étude sur des souris avait indiqué que l’exposition prénatale à la pollution atmosphérique prédisposerait la progéniture à la prise de poids à l’âge adulte.
Des souris enceintes avait été exposées à l’air filtré (FA) ou à l’échappement diesel (DE) l’exposition. Conclusion des scientifiques : une exposition prénatale à la pollution de l’air peut « programmer » la progéniture pour une sensibilité accrue au gain de poids induit par l’alimentation et à la neuroinflammation à l’âge adulte d’une manière spécifique au sexe.
Si d’autres recherches ont montré que respirer de l’air pollué pendant la grossesse est lié à une baisse du poids à la naissance, la professeure Martine Vrijheid a déclaré que, dans ce cas, le corps essaie de jouer « un rattrapage » après la naissance, ce qui accélère la prise de poids et induit l’obésité.



Zones urbaines = moins d’activité physique

Si les facteurs environnementaux peuvent être nocifs ou bénéfiques, il est difficile de déterminer lesquels l’emportent sur les autres. On le sait : les zones urbaines sont plus soumises à la pollution atmosphérique, mais sont également plus accessibles à pied que d’autres habitats. Des trajets qui augmentent l’activité physique et, selon l’étude, diminue l’obésité.
Pour les chercheurs européens, l’environnement bâti pourrait donc, également, déclencher l’obésité. Selon l’étude, les enfants qui vivent dans une région densément peuplée, avec moins de parcs et moins de transports en commun, ont des IMC plus élevés parce qu’ils ont moins d’activité physique.



« La grossesse et les premières années de la vie sont des périodes vulnérables »

L’étude a également analysé les expositions toxiques courantes, y compris les produits chimiques du SPFA (2), les BPC (3) et les métaux lourds, mais les résultats n’ont pas été concluants parce que les échantillons de concentration de sang auraient pu être affectés par d’autres paramètres comme, par exemple, le cycle métabolique.
Si les scientifiques ignorent encore beaucoup de choses sur l’ensemble des expositions prénatales et infantiles, Martine Vrijheid estime qu’il faut étudier cette période importante du développement humain. « La grossesse et les premières années de la vie sont des périodes vulnérables parce que les organes du fœtus et de l’enfant se développent très rapidement, de sorte qu’ils sont sensibles à tout dommage possible de l’environnement, explique-t-elle. C’est une partie importante de la vie pour protéger les enfants contre les dommages causés par les polluants environnementaux. »

(1) Environmental Health Perspectives

(2) Grande-Bretagne, Espagne, France, Lituanie, Norvège, Grèce.

(3) Les substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques ou SPFA sont un grand groupe de produits de produits chimiques synthétiques utilisés depuis les années 1950 dans divers produits industriels et destinés à la consommation, comme les produits de revêtement hydrofuges, à l’épreuve des taches ou imperméables aux huiles et les mousses extinctrices.

(4) Les biphényles polychlorés, connus sous le nom de BPC, forment un groupe de composés chimiques synthétiques qui ont une structure semblable tout en ayant des degrés de chloration différents.

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