Une étude récente de l’université de Harvard, aux Etats-Unis, montre que les perturbations métaboliques provoquées par l’obésité interfèrent avec l’élimination des cellules cancéreuses par le système immunitaire et favorisent le développement du cancer. Pour les chercheurs, l’obésité induite par l’alimentation riche en graisses peut accélérer la croissance de tumeur.

Une étude récente de l’université de Harvard, aux Etats-Unis, montre que les perturbations métaboliques provoquées par l’obésité interfèrent avec l’élimination des cellules cancéreuses par le système immunitaire et favorisent le développement du cancer. Pour les chercheurs, l’obésité induite par l’alimentation riche en graisses peut accélérer la croissance de tumeur.

La progression constante du nombre de personnes en surpoids et souffrant d’obésité a plusieurs répercussions négatives sur la santé humaine partout dans le monde. En plus d’être un important facteur de risque de plusieurs pathologies graves (diabète de type 2, athérosclérose, stéatose hépatique) qui diminuent considérablement l’espérance de vie, on sait maintenant que l’obésité est également une cause importante de mortalité associée à un très grand nombre d’autres pathologies, que ce soit les maladies auto-immunes, certaines maladies infectieuses (comme par exemple la Covid-19) ou encore le cancer.
Dans ce dernier cas, il est maintenant établi que l’obésité est un facteur de risque pour au moins treize types différents de cancers. De plus, l’incidence de ces cancers a significativement augmenté au cours des dernières années, notamment chez les jeunes adultes. Ces cancers représentent environ 40 % des nouveaux cas de cancers diagnostiqués annuellement (cliquez ici).
Face à la hausse constante du nombre de personnes en surpoids et en obésité, les scientifiques s’attendent à un impact négatif de l’obésité qui va continuer à s’amplifier au cours des prochaines années. Ils pensent même que ce facteur de risque surpassera le tabac comme principale cause de cancer.



L’inactivation des lymphocytes spécialisés dans l’élimination des celles cancéreuses

La hausse du risque de cancer par le surpoids est causée par les nombreuses perturbations du métabolisme provoquées par l’excès de graisse (dyslipidémie, résistance à l’insuline, inflammation chronique). Collectivement, ces troubles métaboliques créent un environnement favorable à la progression des cellules cancéreuses.
L’étude clinique récemment parue dans la revue réputée Cell et réalisée par une équipe de chercheurs de l’Université américaine de Harvard suggère l’existence d’un nouveau bouleversement métabolique causé par l’obésité qui favorise le développement du cancer : l’inactivation des cellules lymphocytes T tueurs spécialisées dans l’élimination des cellules cancéreuses.
En clair : pour ces chercheurs de la Harvard Medical School (HMS), l’obésité façonnerait le métabolisme dans le microenvironnement tumoral pour supprimer l’immunité anti-tumorale.
Les chercheurs ont, en effet, observé qu’en présence d’un excès de graisse, les cellules cancéreuses reprogramment leur métabolisme pour utiliser préférentiellement les acides gras au lieu du sucre comme source d’énergie.
Cette adaptation fait en sorte que les cellules cancéreuses, qui prolifèrent très rapidement, épuisent les réserves de gras présentes dans le microenvironnement de la tumeur et privent les cellules normales qui s’y trouvent d’un ingrédient essentiel à leurs fonctions.



Des résultats obtenus chez les animaux confirmés chez les humains

C’est particulièrement le cas des cellules immunitaires spécialisées dans l’élimination des cellules cancéreuses : en conditions normales, ces cellules (lymphocytes T tueurs CD8+) s’infiltrent dans les tumeurs pour s’attaquer aux cellules cancéreuses et empêcher le développement du cancer.
Les chercheurs ont observé que la diminution des acides gras provoquée par la gloutonnerie des cellules cancéreuses cause une carence en énergie pour les cellules CD8+ qui réduit leur activité anticancéreuse et permet aux tumeurs de progresser plus rapidement.
Ces résultats obtenus avec des modèles animaux sont confirmés chez les humains. Par exemple, une analyse d’échantillons de tumeurs provenant de patients souffrant d’obésité montre une réduction marquée de lymphocytes CD8+ à proximité des cellules cancéreuses.



« Notre étude fournit une feuille de route pour explorer cette interaction »

« Nous savons maintenant qu’il existe un bras de fer métabolique entre les cellules T et les cellules tumorales qui change avec l’obésité, explique Arlene Sharpe, co-auteure principale de l’étude. Notre étude fournit une feuille de route pour explorer cette interaction, qui peut nous aider à commencer à penser aux immunothérapies cancéreuses et aux thérapies combinées de nouvelles façons. »
L’obésité a donc un effet immunosuppresseur qui prive le corps de sa principale défense de première ligne contre le développement du cancer et qui contribue par le fait même à la hausse d’incidence de cancer chez les personnes atteintes d’obésité. « L’épuisement paradoxal des acides gras a été l’une des conclusions les plus surprenantes de cette étude », explique Alison Ringel, co-premier auteur de l’étude.
Et les chercheurs d’en conclure qu’il s’agit-là d’un autre exemple concret des conséquences catastrophiques causées par l’obésité sur la santé.


Philippe PALAT

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