Le calvaire d’Alain, atteint d’obésité massive, bloqué chez lui à Perpignan, attend désespérément son évacuation

Un homme de 52 ans, pesant plus de 250 kg, est actuellement bloqué au sol, dans son appartement des Pyrénées-Orientales. Il devait être évacué par les services de secours au mois de septembre pour être hospitalisé. Mais rien ne passe. Son avocat et la Ligue contre l’obésité alertent les ministères de l’Intérieur et de la Santé et menacent de déposer plainte.

« Je suis absolument effondré par l’inefficacité des services de l’État. Je pense qu’il y a un problème d’autorité de l’État qui n’est pas capable d’exiger du CHU de Montpellier ou de Toulouse que cet homme soit secouru ». Me Jean Codognès, l’avocat d’Alain P. est catastrophé. Voilà des mois qu’il remue ciel et terre pour tenter de faire évacuer cet homme de 52 ans, en situation d’obésité massive et bloqué dans son domicile de Perpignan, cloué au sol dans un appartement insalubre à la suite d’une chute.
Malheureusement, à ce jour, et malgré plusieurs réunions de travail organisées par la préfecture des Pyrénées-Orientales, aucune solution n’a abouti et Alain P. vit sur un matelas posé à même le carrelage, sans doute avec une jambe cassée, à bout de force, dans une grande précarité, alimenté tant bien que mal par son frère.



« Non-assistance en personne en péril » et « non-assistance pour mise en danger de la vie d’autrui »

Face à cette situation pour l’instant sans issue, l’avocat catalan n’a pas eu d’autre solution que d’écrire, en fin de semaine dernière, au ministère de l’Intérieur pour dénoncer cette dramatique affaire et annoncer qu’une plainte sera déposée pour « non-assistance à personne en péril » si son client n’est pas évacué en cette fin du mois d’octobre.
Une démarche à laquelle s’associe la Ligue contre l’obésité qui vient d’adresser, ce lundi 26 octobre, deux lettres, l’une au Premier ministre Jean Castex, l’autre au ministre de la Santé Olivier Véran, pour réclamer l’exfiltration urgente d’Alain P., mais aussi pour les informer qu’elle s’apprête à porter plainte pour « non-assistance à personne en péril » et pour « non-assistance et mise en danger de la vie d’autrui ». « Nous sommes scandalisés par cette situation sanitaire dégradante qui n’a que trop duré. La vie de cet homme est en danger et, avec son avocat, nous agissons sur les terrains médical, social, politique et judiciaire pour qu’il soit assisté et soigné de toute urgence », commente Agnès Maurin, directrice de la Ligue contre l’obésité.



« Il n’a pas vu de médecin ni d’infirmière depuis la mi-juillet »

Depuis des semaines, Me Jean Codognès dénonce un abandon de l’État vis-à-vis de son client qui vit dans « un logement en très mauvais état », dans l’un des quartiers les plus pauvres de France. L’avocat explique que l’homme est « dans une situation de souffrance permanente. Il ne reçoit que la visite de son frère et n’a pas vu de médecin ni infirmière depuis mi-juillet ».
Sous l’autorité du préfet des Pyrénées-Orientales, de nombreuses réunions ont eu lieu pour tenter de trouver une issue favorable. Il est vrai que l’intervention présente « un risque sanitaire très important, au vu de la stagnation lipidienne sévère et des œdèmes dont souffre Alain, immobilisé depuis très longtemps et pour lequel le moindre mouvement pourrait s’avérer très dangereux », précise le journal l’Indépendant qui suit l’affaire de très près.
D’autre part, l’appartement d’Alain est situé au premier étage d’un bâtiment détérioré, déclaré depuis plusieurs mois insalubre, en haut d’un escalier de meunier étriqué.
A l’évidence, il faudra étayer le plancher pour garantir la sécurité de l’intervention. La seule option pour l’extirper à son malheur serait de casser la façade, d’agrandir la fenêtre, d’utiliser une grue et un brancard spécial.



Un protocole d’accord signé le 4 août 2020

Alain P. est actuellement soutenu par son frère Jean-Claude qui l’aide à se nourrir mais aussi à le laver avec quelques serviettes humides. Il présenterait également des brûlures peu ou mal soignées.
Après avoir longtemps refusé le dialogue et n’avoir pas voulu se faire soigner depuis que ses parents et sa sœur sont décédés à l’hôpital, il y a cinq ans, Alain P. et son frère ont donné leur accord le 4 août dernier pour un protocole d’évacuation rapide proposé par la préfecture.
L’opération de sauvetage, mise en place par les services de l’Etat, le parquet, la mairie de Perpignan, le Conseil départemental, l’Agence régionale de santé, les pompiers et la Direction départementale de la sécurité publique devait intervenir début septembre. Elle devrait durer deux jours. Mais depuis deux mois, la situation reste inchangé : Alain P. reste cloitré chez lui.



Le passage d’un médecin très rapidement

Dans ce dossier, chacun semble se renvoyer la balle. Si la mairie de Perpignan dit être prête pour assurer l’évacuation, si les pompiers catalans ont fait savoir qu’ils avaient fait l’acquisition de tout le matériel nécessaire pour le transporter, le blocage pourrait venir du côté hospitalier qui aurait des difficultés à accueillir un tel patient.
La Ligue contre l’obésité a contacté l’hôpital de Perpignan, ainsi que le service de chirurgie bariatrique du CHU de Montpellier. Si la structure catalane s’est dit prête à recevoir Alain P. pour les premiers soins, la structure montpelliéraine accepterait de prendre le relais. Mais chacun a d’abord besoin qu’un médecin ausculte ce patient afin de caractériser le degré d’urgence. Une démarche a été entreprise dans ce sens par Me Jean Codognès et la Ligue contre l’obésité.


Philippe PALAT