Olivier Berruyer, animateur du site les crises.fr, a déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour tenter de faire annuler le décret qui met fin au ‘’certificat d’isolement’’ des personnes vulnérables face à la Covid-19. Il explique sa démarche et répond sans détour aux questions de la Ligue contre l’obésité.

Olivier Berruyer, animateur du site les-crises.fr, a déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour tenter de faire annuler le décret qui met fin au ‘’certificat d’isolement’’ des personnes vulnérables face à la Covid-19. Il explique sa démarche et répond sans détour aux questions de la Ligue contre l’obésité.

Les personnes vulnérables face au Covid-19, et particulièrement les personnes atteintes d’obésité, viennent d’être brutalement privées de la possibilité du chômage partiel par le gouvernement. Comment expliquez-vous ce choix ?

C’est un choix assez incompréhensible car le gouvernement précédent avait mis en place une large protection des personnes vulnérables dès le mois de mars. C’était un des meilleurs systèmes au monde, protégeant les personnes vulnérables et leur conjoint.
Le supprimer au moment où la seconde vague de l’épidémie ne s’explique donc, hélas, que par une volonté de réaliser des économies, sans aucun base médicale sérieuse.



N’est-ce pas une option dangereuse pour la santé des personnes souffrant d’obésité alors que la pandémie s’intensifie à nouveau ?

Dans l’état actuel des connaissances médicales, c’est en effet une option dangereuse pour les personnes souffrant d’obésité. D’où notre mobilisation, qui rejoint celle des toutes les personnes vulnérables ou des associations qui les défendent.



Les personnes qui revendiquent le maintien du dispositif du certificat d’isolement ne risquent-elle pas de passer pour des « profiteurs » aux yeux du public ?

Non, ce sont des gens qui se battent pour protéger leur santé. Ce qui évite, au passage, de générer des frais colossaux en cas d’hospitalisation ou de réanimation. Ou d’augmenter la morbidité de la Covid-19, et donc en parallèle d’alimenter une terreur dans le pays, très néfaste pour l’économie.
Disposer d’un ‘’certificat d’isolement’’ n’est pas un nouveau ‘’Pass VIP’’ donnant plein d’avantages. C’est la reconnaissance d’une vie souvent plus compliquée que beaucoup d’autres personnes.
Je suis persuadé que beaucoup de personnes ainsi isolées seraient heureuses de donner quelques heures par jour à la collectivité en retour. Beaucoup disposant d’un ordinateur, elles pourraient réaliser des tâches d’intérêt général, par exemple. Il est dommage de gaspiller cette ressource précieuse.



Vous venez de déposer un référé devant le Conseil d’Etat pour tenter de savoir si la décision si la décision du gouvernement est légale. Quelle est votre motivation ?

Les personnes impactées par le décret sont nombreuses : personnes vulnérables, leurs conjoints et leur famille. J’en fait également partie. Mais je répondrais à votre question par deux citations que j’aime beaucoup, et que j’essaie de mettre en œuvre régulièrement, ce qui n’est pas toujours facile.
La première est du philosophe anglais Edmund Burke : « La seule chose qui permet au mal de triompher, c’est l’inaction des hommes de bien ». La seconde est de Stéphane Hessel, qui m’a dit une fois : « Il est très important de s’indigner, mais il faut aussi avoir le courage de transformer l’indignation en action ».



Qu’attendez-vous de cette procédure et de son résultat ?

Que le Conseil d’État constate l’erreur manifeste d’appréciation du gouvernement, qui n’a pas respecté la volonté du législateur de protéger les personnes vulnérables, au moment de la seconde explosion de l’épidémie. Mais pour cela, il faut que toutes les personnes concernées se mobilisent rapidement, sinon cela sera difficile.
J’ai créé une page Internet où toute personne peut créer son propre recours, et le déposer en ligne, pour que nous additionnions nos forces. (cliquez ici)
C’est très simple, gratuit, sans risque, et, en moins de vingt minutes, vous pouvez faire valoir vos droits. Il s’agit de bien faire comprendre au gouvernement que votre vie et votre santé sont des choses qu’il ne doit pas prendre à la légère.



Le gouvernement français a refusé de reprendre à son compte les typologies de personnes vulnérables définies aux États-Unis et en Angleterre, pourtant les études menées également en France démontrent que l’obésité constitue un facteur de risque pour les cas graves de Covid-19. La politique l’emporterait-il sur le médical ?

C’est évident. J’ai d’ailleurs réalisé pour ce contentieux une enquête démontant le processus qui a abouti à cette stupéfiante décision, qui est en effet purement politique et financière. J’ai également réalisé après beaucoup de recherches un tableau de synthèse des typologies applicables dans 21 autres pays, qui intéressera probablement vos lecteurs (lire via les liens ci-dessous). Ces documents montrent que l’obésité y est largement présente. Oublier les personnes souffrant d’obésité, tout comme les cardiaques, les atteints d’affections respiratoires ou les salariés de plus de 65 ans est un pur scandale.



En ce qui concerne l’obésité, pourquoi selon vous le gouvernement a-t-il laissé le bénéfice de ce dispositif aux seuls salariés âgés de plus de 65 ans, à condition qu’ils soient diabétiques mais aussi atteints d’obésité ?

Cela me semble assez simple : c’est parce que s’il avait ajouté qu’ils devaient en plus être malentendants, myopathes et nés en Lozère, le public aurait compris à quel point ce gouvernement se moquait de la vie et des souffrances des gens. Écrit comme cela, on peut ainsi avoir encore un doute. Un très léger doute.

Pour en savoir plus : cliquez ici et ici