L’Etat vient de publier, le lundi 20 avril, une fiche spéciale destinée aux professionnels de santé libéraux et hospitaliers concernant la « prise en charge des personnes en situation d’obésité dans le cadre de la gestion de l’épidémie de covid-19 ». Les nombreuses études et recommandations semblent l’avoir (enfin) convaincu de prendre des dispositions spéciales.

L’Etat vient de publier, le lundi 20 avril, une fiche spéciale destinée aux professionnels de santé libéraux et hospitaliers concernant la « prise en charge des personnes en situation d’obésité dans le cadre de la gestion de l’épidémie de covid-19 ». Les nombreuses études et recommandations semblent l’avoir (enfin) convaincu de prendre des dispositions spéciales.

Il était temps ! Depuis plus d’un mois, plusieurs études menées en Grande-Bretagne, en Chine, aux Etats-Unis et en France évoquent l’obésité comme facteur de risque de gravité du coronavirus. Et si les chiffres sont très importants en matière d’hospitalisations en soins intensifs, ils sont terriblement cruels au niveau de la mortalité.
Malgré ces multiples analyses en milieu médical ; malgré les nombreux articles parus dans la presse française, internationale et sur le site de la Ligue contre l’obésité ; malgré les recommandations du Haut conseil de santé publique (HSCP) qui, dès le 10 mars, considérait déjà que « les personnes présentant une obésité morbide avec un IMC supérieur à 40 faisaient partie des personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-CoV-2 », le gouvernement restait curieusement silencieux sur la question de l’obésité. Une discrétion qui, sans doute, trouve sa source dans le manque de recul des enquêtes scientifiques, dans la prudence permanente des autorités médicales, mais surtout dans une réalité démographique difficilement gérable au plan sanitaire : 8 millions de Français souffrent d’obésité en France.



« Une population qui présente davantage de risque de complications »

En abaissant, dans son avis du 31 mars, le niveau de gravité de l’infection à l’Indice de masse corporelle (IMC) à 30 (cliquez ici), le HCSP a incontestablement bouleversé la donne. En effet, il reconnaît que 17% de la population française est susceptible de contracter une forme violente du coronavirus. Conséquence : c’est un peu l’alerte générale ! Au point que le ministère des Solidarités et de la Santé vient de se fendre, pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, d’un document spécifique « Obésité vs Covid-19 » conçu à l’attention des professionnels de santé.
L’entame de cette fiche de « Prise en charge des personnes en situation d’obésité » ne souffre, pour le coup, de plus aucune ambiguïté sur la dangerosité du coronavirus pour un grand nombre de Français atteints d’obésité. « La population en situation d’obésité (c’est-à-dire présentant un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m2), soit 8 millions de personnes en France, figure parmi les personnes les plus vulnérables à l’épidémie de Covid-19 », explique la fiche ministérielle transmise à tous les médecins.
Et le document de trois pages de poursuivre en affirmant que cette population « présente davantage de risque de complications en raison des pathologies associées (notamment diabète, hypertension artérielle, maladies cardio-vasculaires et respiratoires), mais aussi indépendamment de celles-ci. Parmi les dernières données disponibles, une étude menée par les équipes du CHRU de Lille montre ainsi que plus de 47 % des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité et que l’obésité augmente significativement le risque d’être placé sous respiration mécanique invasive » (cliquez ici)



Prioritaires pour les tests virologiques en cas de suspicion

Face à l’ampleur de la crise sanitaire et aux inquiétudes qui règnent autour des personnes atteintes d’obésité, le ministère de la Santé indique également dans sa fiche « Obésité et coronavirus » qu’il est essentiel que « les personnes en situation d’obésité font partie des populations prioritaires pour accéder aux tests virologiques de diagnostic en cas de suspicion, conformément à l’avis HCSP du 31 mars (…) dès lors qu’elles en présentent des symptômes évocateurs ». D’où la recommandation faite par le gouvernement : « Il est essentiel que les personnes en situation d’obésité soient alertées sur la nécessité de contacter leur médecin traitant en cas de suspicion de Covid-19 et de les orienter vers un dispositif de suivi à distance en cas d’infection. »
De la même manière, il est demandé aux médecins de maintenir la continuité des soins et du suivi de la prise en charge de l’obésité. « Il est primordial que les personnes en situation d’obésité veillent au maintien du suivi médical de leur obésité, notamment celles ayant eu une intervention de chirurgie bariatrique », peut-on lire dans le document.



La téléconsultation prise en charge à 100% par l’Assurance maladie

Outre le rappel des gestes barrières, les recommandations de bonnes pratiques de l’AFERO/Ligue contre l’obésité (cliquez ici) et le numéro vert dédié au Covid-19 (0 800 130 000), la fiche ministérielle rappelle que « le recours à la téléconsultation est à privilégier, lorsque cela est pertinent et selon les règles en vigueur. Ainsi, il est rappelé que les téléconsultations et le télésuivi assurés par des médecins, infirmiers, et sages-femmes consultables à distance sont pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie ».
Selon le document, le respect d’un confinement strict et des mesures barrières est particulièrement indispensable pour les personnes en situation d’obésité, surtout s’il existe dans leur entourage un cas Covid-19 suspect ou avéré.
En ce qui concerne l’activité professionnelle, la fiche du ministère de la Santé précise qu’afin de « limiter la propagation du coronavirus, un dispositif dérogatoire a été mis en place qui permet aux personnes présentant un risque de développer une forme grave d’infection de bénéficier d’un arrêt de travail à titre préventif. Les personnes en situation d’obésité, y compris celles ne bénéficiant pas d’une prise en charge en ALD par l’assurance maladie, qui ne peuvent télétravailler, peuvent contacter leur médecin traitant, un médecin de ville, leur médecin du travail, pour évaluer si leur état de santé justifie la délivrance d’un arrêt de travail. Il en est de même pour les personnes confinées avec un proche en situation d’obésité, afin de le protéger ».

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