Selon une très récente étude de l’hôpital du Massachusetts, aux Etats-Unis, les taux plus élevés d’obésité dans la communauté noire, chez les autochtones et les gens de couleur (Bipoc) par rapport à d’autres groupes de personnes aux États-Unis pourraient être attribués en grande partie à la discrimination qu’ils subissent.

Selon une très récente étude de l’hôpital du Massachusetts, aux Etats-Unis, les taux plus élevés d’obésité dans la communauté noire, chez les autochtones et les gens de couleur (Bipoc) par rapport à d’autres groupes de personnes aux États-Unis pourraient être attribués en grande partie à la discrimination qu’ils subissent.

Existe-il une interaction entre l’obésité et le racisme ? Pour tenter d’apporter des réponses, des chercheurs américains du Massachusetts General Hospital et de l’Harvard Medical School ont étudié le sujet. « Malgré les disparités de longue date en matière d’obésité entre les groupes raciaux et ethniques, et le rôle important de l’obésité dans les disparités liées à la Covid‐19, très peu d’attention a été portée à la question de savoir si l’obésité, elle-même, pouvait être une manifestation du racisme systémique, s’interroge l’équipe de scientifiques pilotée par la co-auteur de l’enquête, Fatima Cody Stanford, médecin-scientifique spécialisée en obésité. Il n’y a pas non plus eu d’attention politique sérieuse consacrée à la réduction de l’obésité et de son fardeau disproportionné pour les Noirs, autochtones et les gens de couleur. » Des minorités rassemblées, aux Etats-Unis, sous le vocable de Bipoc.



Le stress chronique lié à la mauvaise expérience du racisme

Co-publié dans le Journal of internal medecine par le docteur Standfort et Daniel Aaron, avocat à la Food and Drug Administration (l’Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments), cette étude de perspective souligne que le groupe Bipoc souffre de stress chronique lié à la mauvaise expérience du racisme dans leur environnement, « ce qui peut augmenter la gravité de l’obésité », écrivent les auteurs.
De plus, les Bipoc qui souhaitent obtenir de l’aide pour perdre du poids ont plus de difficulté à accéder aux soins de santé que les autres. Lorsqu’ils y parviennent, ils se retrouvent confrontés à « un racisme systémique réel et perçu jusqu’au sein des professionnels de santé », expliquent par ailleurs les co-auteurs qui dénoncent une grossophobie médicale ambiante.
Selon les chercheurs, les Bipoc marginalisés sont plus susceptibles de vivre dans des régions où il y a une abondance de magasins qui vendent des aliments de mauvaise qualité et un manque de magasins offrant des options abordables et nutritives. Même avec l’accès aux supermarchés, les aliments transformés sont généralement moins chers que les fruits ou légumes. Les deux chercheurs accusent également les entreprises d’aliments transformés de s’engager dans une commercialisation disproportionnée vers le groupe Bipoc.



« La société n’a pas fourni de services de santé essentiels et équitables »

« Trop de gens ne savent pas à quel point les structures, les institutions et les personnes racistes peuvent contribuer au préjudice direct des minorités. Et cela entraîne l’obésité », poursuit l’avocat Daniel Aaron, membre de the Justice Initiative, une collaboration entre la Faculté de droit de Harvard et howard University School of Law visant à promouvoir la justice raciale.
Et le juriste de poursuivre : « La société n’a pas fourni de services de santé publique essentiels et de soins médicaux complets et équitables aux Américains qui ne sont pas blancs. Nous n’avons pas non plus tenu pour responsables les institutions qui profitent de l’obésité au sein du Bipoc et propagent le racisme systémique. De nombreuses voix ont sonné l’alarme pendant des années, mais elles sont souvent passées inaperçues… », regrette l’avocat.



La responsabilité de ceux qui commercialisent agressivement…

Dans leur étude, les deux chercheurs américains estiment que la lutte contre les dommages disproportionnés causés par l’obésité au Bipoc impliquera des changements au sein des organismes de santé publique, dans les institutions médicales et de recherche, au sein des gouvernements et dans les entreprises. « Plutôt que de faire pression en faveur de campagnes éducatives et de tentatives d’éclairer les minorités, nous devrions plutôt nous tourner vers une responsabilité et un examen accrus de ceux qui commercialisent agressivement des aliments malsains et qui concentrent leurs établissements dans les communautés où vivent les Bipoc. Ces minorités doivent avoir l’accès aux mêmes droits, à l’argent, à la nourriture saine, aux soins médicaux, au logement, à l’éducation et à l’absence de discrimination », assène Daniel Aaron.
De son côté, Fatima Cody Standfort précise que « les coûts immenses – pour la vie, la santé et la richesse – de ne pas prévenir et traiter l’obésité sont exacerbés pour ces minorités. Nous devons de toute urgence étudier et résoudre les problèmes fondamentaux qui se trouvent à l’intersection de l’obésité et du racisme systémique. »



Philippe PALAT

(1) Le Massachusetts General Hospital, fondé en 1811, est l’hôpital d’enseignement original et le plus grand de la Harvard Medical School.

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