Les bactéries des selles des nourrissons pourraient permettre de prédire le risque d’obésité chez l’enfant

Une nouvelle étude finlandaise démontre que les bactéries présentes dans le méconium, les premières selles du nourrisson, pourraient prédire la probabilité que ce dernier développe plus tard une obésité. Les résultats de l’analyse ont été publiés dans la revue Pediatric Obesity. Ils pointent du doigt la consommation d’antibiotiques pendant la grossesse et la biodiversité de l’environnement domestique.


Les antibiotiques dés le plus jeune âge, voire durant la grossesse ne font pas bon ménage avec le risque de surpoids ou d’obésité. A ce titre, l’exposition aux antibiotiques pendant la petite enfance et leur utilisation par la mère durant sa grossesse ont déjà été mis en avant par différents travaux comme des facteurs favorisant l’obésité chez les enfants. Une récente étude menée en Nouvelle-Zélande fait le point sur ce sujet (en savoir plus).
Selon une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’université d’Oulu (Finlande), il serait possible de prédire la probabilité d’un enfant de développer une future obésité en analysant le microbiome de ses premières selles, appelées méconium. Pour les experts finlandais, l’association entre le microbiome intestinal et le surpoids semble commencer déjà pendant la grossesse, et à la naissance.


Le méconium de 212 nouveaux-nés analysé

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont recruté 218 nouveau-nés au sein de l’hôpital central de Finlande de Jyväskylä. Le méconium a été collecté à la maternité pour 212 d’entre eux. Pour affiner l’analyse, les familles ont rempli un questionnaire sur les antécédents médicaux maternels, comprenant notamment des informations sur le diabète gestationnel, ou encore la consommation d’antibiotiques pendant la grossesse.
Les enfants ont ensuite été suivis régulièrement, à un an, deux ans et trois ans, avec de nouveaux questionnaires concernant leur alimentation et leur Indice de masse corporelle (IMC). Des collectes d’échantillons de selles ont été organisées.
Les données recueillies ont ensuite été analysées et croisées par les chercheurs au moyen d’algorithmes. Il s’est avéré que le microbiome du méconium chez les enfants présentant un surpoids ultérieur était différent de celui des enfants ayant un poids normal, avec une présence plus élevée de phylum Bacteroidetes (29% contre 15%), et une proportion plus faible de phylum des protéobactéries.


« L’obésité maternelle est associée à un risque accru »

Selon les auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent que la composition du microbiome du méconium pourrait refléter l’influence maternelle sur l’enfant, « car on sait que des facteurs prénataux maternels tels que l’exposition aux antimicrobiens pendant la grossesse et l’obésité maternelle modifient la composition du microbiome du nouveau-né, écrivent les scientifiques pilotés par Katia Korpela, principale auteure de l’étude. L’obésité maternelle est associée à un risque accru que les enfants présentent un poids élevé à la naissance et développent un surpoids ou une obésité et un syndrome métabolique » .
Toutefois, les experts avouent ne pas savoir si « les résultats actuels reflètent une colonisation intra-utérine ou une colonisation postnatale. Le concept de microbiome fœtal est controversé et le processus de colonisation après la naissance est mieux compris que l’éventuelle colonisation fœtale ».


Ces facteurs prénataux qui affectent la composition microbienne

Cependant, de nombreux facteurs prénataux affectent la composition microbienne des premières selles du bébé. Notamment l’utilisation d’antibiotiques par la mère pendant la grossesse et la biodiversité de l’environnement domestique pendant la grossesse, expliquent les auteurs de l’étude. « Il est très intéressant que le microbiome formé avant la naissance soit éventuellement lié à l’état pondéral ultérieur de l’enfant » , conclut Katia Korpela.
Pour les chercheurs, ces résultats montrent la nécessité de mieux prendre en considération les facteurs maternels et prénataux lors de l’examen de la pathogenèse de l’obésité pédiatrique.


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