Dans leur dernière newsletter, les CSO (Centre spécialisé de l’obésité) estiment que le dogme du seuil d’un IMC 40 comme facteur de risque de forme grave COVID -19 est « probablement » à reconsidérer, au moins dans certains contextes cliniques qui prendraient en compte l’âge élevé et les comorbidités.

Dans leur dernière newsletter, les CSO (Centre spécialisé de l’obésité) estiment que le dogme du seuil d’un IMC 40 comme facteur de risque de forme grave COVID -19 est « probablement » à reconsidérer, au moins dans certains contextes cliniques qui prendraient en compte l’âge élevé et les comorbidités.

Les spécialistes de l’obésité du monde entier sont mobilisés. Et s’il existe encore peu de données précises au niveau français comme au niveau international à propos de l‘impact du Covid-19 sur les patients souffrant d’obésité, les Centres spécialisés de l’obésité (CSO) multiplient les échanges afin d’améliorer l’état des connaissances.
Dans leur dernière communication en date du 1er avril 2020, les CSO font part de leur réflexion menée avec leurs collègues américains de l’Obesity Society. « Ils sont évidemment inquiets devant la montée de l’épidémie dans leur pays car la prévalence de l’obésité y est de 42 %, écrivent collectivement le professeur Olivier Ziegler et les docteurs Muriel Coupaye et Martine Laville (1). De plus, 9,2 % des Américains souffrent d’obésité massive, facteur de risque hautement probable pour l’infection par le Covid-19 ».



Problèmes d’équipements et d’isolement social

Confrontés à la réalité du terrain, les médecins américains évoquent de nombreuses difficultés, notamment en terme d’équipements, dans le cadre de la nécessité de soins intensifs : transport bariatrique, ressources en imagerie, intubation en cas de détresse respiratoire, changements de position des patients sous respirateur lorsque l’indice de masse corporelle est élevé, voire très élevé.
Autre point d’inquiétude : la stigmatisation des personnes souffrant d’obésité car, selon les médecins américains, l’impact du Covid-19 se fera également sentir en dehors des services de réanimation. « Les personnes en situation d’obésité qui s’isolent et évitent le contact social, sont déjà stigmatisées et connaissent déjà des taux de dépression plus élevés. Le confinement pourrait aggraver l’isolement social qui est au cœur du processus de stigmatisation de l’obésité », soulignent les auteurs de cette synthèse.



Ne pas tirer de conclusion trop hâtive

Les Centres spécialisés de l’obésité font également référence à une première étude multicentrique américaine sur 24 patients hospitalisés en réanimation et qui indique leur IMC. Selon la revue médicale américaine The New England Journal of Medicine (1) qui a publié ces éléments, « les données suggèrent que le risque de mortalité augmente avec la corpulence ». Toutefois, le professeur et les deux docteurs français qui signent l’article préfèrent se montrer prudents et ne pas tirer de conclusion trop hâtive dans l’attente d’autres études en cours. « Le message qui s’impose, et qu’il faut sans cesse répéter, demeure : les personnes en situation d’obésité doivent être informées de l’intérêt majeur de respecter strictement les mesures de confinement et d’adopter les gestes barrières ».



« 35 kg/m2 est probablement déjà un facteur de risque »

Depuis l’annonce, le 12 mars dernier, par le président de la République des risques que courent les personnes en situation d’obésité et la publication par le Haut Comité de Santé Publique (HCSP) des personnes risquant de développer une forme grave d’infection à Covid-19, le seuil d’un IMC supérieur à 40 a été retenu en terme d’obésité.
Ce niveau semble aujourd’hui poser question. « Il nous paraît important de remettre en cause le seuil de 40, car un IMC ≥ 35 kg/m2 est probablement déjà un facteur de risque, au moins dans certains contextes cliniques (âge élevé et co-morbidités). Le niveau de preuve reste faible, le temps presse pour mener les études nécessaires. En effet, 500 000 personnes seraient concernées en France, si ce seuil est validé », poursuivent le professeur Ziegler et ses deux co-auteures.



« Mortalité plus élevée en classe 2 ou 3 »

Pour étayer son inquiétude, le professeur Ziegler a repris l’étude menée dans neuf hopitaux américains concernant 24 patients infectés par le Covid-19 hospitalisés en unité de soins intensifs (lire ci-dessus).
Dans la newsletter des CSO, le patron de la feuille de route Obésité en France détaille les données individuelles des âges et des IMC des patients fournies par les experts américains. « On constate que 70 % des sujets obèses de classe 2 ou 3 (IMC ≥ 35 kg/m2) sont décédés versus 30,8 % lorsque l’IMC est inférieur à 35 kg/m2 », commente le spécialiste français qui, prudent, rappelle que si « la taille de l’échantillon ne permet pas de tirer de conclusions définitives quant au rôle propre de l’obésité, on doit cependant constater que la mortalité est élevée pour l’obésité de classe 2 ou 3 ». Et le professeur Ziegler de préciser que, selon lui, « le dogme d’un seuil de 40 comme facteur de risque de forme grave Covid -19 est donc probablement à reconsidérer ».

(1) Le professeur Olivier Ziegler est président du groupe de coordination et de concertation des Centres spécialisés de l’obésité en France et coordinateur de la feuille de route Obésité. Le docteur Muriel Coupaye est présidente de l’AFERO (Association française d’étude et de recherche sur l’obésité). Le docteur Martine Laville est responsable du FORCE (Centre d’excellence obésité française).

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