Des données recueillies auprès de 67 000 personnes d’origine européenne sur la période de 1963-2019 tendent à démontrer que les facteurs génétiques sous-jacents à l’obésité infantile sont différents de ceux de l’obésité chez les adultes. Ce changement se produirait à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

Des données recueillies auprès de 67 000 personnes d’origine européenne sur la période de 1963-2019 tendent à démontrer que les facteurs génétiques sous-jacents à l’obésité infantile sont différents de ceux de l’obésité chez les adultes. Ce changement se produirait à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

On le sait déjà : les facteurs génétiques et environnementaux qui sont à l’origine de l’obésité infantile peuvent avoir une influence durable sur la santé plus tard dans la vie. Ce qu’on sait moins, c’est si les facteurs génétiques liés à l’obésité infantile sont les mêmes, ou évoluent avec le temps, au cours de l’existence d’un individu. En clair, la façon dont les trajectoires de l’obésité varient tout au long de la vie demeure encore inconnue.
Pour tenter de répondre à ce mystère génétique, une équipe britannique conduite par le docteur Tom G. Richardson de l’Université de Bristol a utilisé une analyse génétique à grande échelle pour calculer les scores de risque polygéniques dans différents groupes d’âge. Ce score de risque polygénique indique le risque de développer une maladie par rapport aux personnes ayant une constitution génétique différente.
Dans le cadre de leur recherche, les scientifiques anglais ont créé de puissants scores génétiques précoces et adultes pour l’Indice de masse corporelle (IMC) dans le but de séparer l’obésité chez les enfants et chez les adultes.



Une étude qui porte sur des individus âgés de 12 à 70 ans

Pour assurer une plus grande fiabilité à leurs résultats, l’étude a porté sur les données de 66 963 personnes d’origine européenne, âgées de 12 à 70 ans. Ces données ont été recueillies sur une période de six décennies (1963-2019). Presque tous les participants disposaient d’une mesure de l’IMC avant l’âge de 18 ans et d’au moins une mesure de l’IMC à l’âge adulte. Des échantillons de sang ont également été prélevés pour des analyses génétiques.
Dans le but de valider ces scores de risque, des chercheurs en Norvège et au Royaume-Uni ont également extrait des données de l’étude Hunt (1) actuellement en cours sur la santé de la population norvégienne.



« Le changement se produit à l’adolescence et au début de l’âge adulte »

Les résultats ont montré que les scores de risque chez les enfants prédisaient le mieux l’IMC à l’âge de 10 ans, tandis que les scores de risque chez les adultes étaient un bon prédicteur de l’IMC chez l’adulte. « Cela suggère que l’influence génétique sur l’obésité est distincte à l’enfance et à l’âge adulte », écrivent les chercheurs dans leur étude publiée dans la revue Human Molecular Genetics.
Seule une correction modérée a été observée entre les scores de risques polygéniques de l’enfance et de l’adulte. Plus précisément, dans le groupe d’enfants âgés de 12 à 15,9 ans, la variation expliquée par les scores de risque polygéniques chez les enfants était de 6,7% comparativement à 2,4% calculé à partir des scores de risque chez les adultes.
En revanche, dans le groupe d’âge entre 24 et 29,9 ans, l’écart expliqué par les scores de risque chez les adultes était de 3,9 % contre 3,6 % pour les scores de l’enfance.
« Ensemble, ces résultats suggèrent que les facteurs génétiques sous-jacents à l’obésité infantile sont différents de ceux de l’obésité chez les adultes, et ce changement se produit à l’adolescence et au début de l’âge adulte », a indiqué l’équipe de chercheurs.



L’impact du score de risque adulte sur l’IMC augmente avec l’âge

De façon constante, une analyse statistique plus poussée a révélé que les scores de l’enfant étaient supérieurs aux scores des adultes pour prédire l’obésité dans le groupe d’âge 12 à 15,9 ans.
En revanche, il n’y a pas de différence entre les deux scores dans la tranche d’âge de 16 à 17,9 ans.
De plus, l’effet du score de risque chez l’enfant sur l’IMC a été relativement constant tout au long de la vie, tandis que l’impact du score de risque adulte sur l’IMC a augmenté avec l’âge.
L’effet de l’IMC des deux scores s’est chevauché lorsqu’il a été obtenu au début de l’âge adulte, ce qui implique que « ni l’un ni l’autre des scores n’est meilleur pour prédire l’IMC dans cette fourchette d’âge », ont écrit les chercheurs britanniques et norvégiens.



« Une approche pour aider à améliorer les stratégies de prévention »

« Nos résultats confirment que les facteurs génétiques à l’origine de l’IMC diffèrent à un jeune âge et à l’âge adulte », ont-ils ajouté. Ces résultats valident également l’étude du Royaume-Uni, en ce que « le score de risque polygénique chez l’enfant pour l’IMC est un prédicteur de l’obésité infantile dans le passé et le présent ».
« La validation de scores génétiques distincts pour l’IMC adulte et infantile nous permet d’étudier l’obésité infantile et sa relation avec la santé ultérieure. L’utilisation de la génétique humaine pour démêler la contribution de l’IMC des enfants et des adultes au risque de maladie peut être une approche attrayante et rentable pour aider à améliorer les stratégies de prévention », conclut l’équipe de chercheurs pilotée par le docteur Richardson.


Philippe PALAT

(1) Hunt est une étude longitudinale sur la santé de la population en Norvège. Elle sert de base, à partir de 1984, de données à grande échelle contenant des données de questionnaire, des mesures cliniques et des échantillons biologiques de personnes vivant dans le seul comté norvégien de Trøndelag.

Pour en savoir plus : cliquez ici et ici