En septembre, lorsqu’elles ont appris qu’elles n’étaient plus considérées par l’Etat comme vulnérables face à la Covid-19, de nombreuses personnes souffrant d’obésité ont crié leur désarroi. Alors que le gouvernement réfléchi à un nouveau texte suite à la suspension du décret du 29 août, la Ligue contre l’obésité publie ces témoignages poignants.

En septembre, lorsqu’elles ont appris qu’elles n’étaient plus considérées par l’Etat comme vulnérables face à la Covid-19, de nombreuses personnes souffrant d’obésité ont crié leur désarroi. Alors que le gouvernement réfléchi à un nouveau texte suite à la suspension du décret du 29 août, la Ligue contre l’obésité publie des témoignages poignants.

Un peu de répit. C’est ce qu’ont obtenu les personnes souffrant d’obésité après que la Ligue contre l’obésité ait, la semaine dernière, réussi à faire suspendre le décret restrictif du 29 août devant le Conseil d’Etat (cliquez ici). Un décret qui réduisait de 11 à 4 le nombre de critères pour pourvoir bénéficier du certificat d’isolement et des mesures de chômage partiel. Un décret qui « éjectait » brutalement les personnes atteintes d’obésité.
Depuis cette décision de justice, les dispositions du 5 mai s’appliquent à nouveau. Mais pour combien de temps ? Le gouvernement va-t-il prendre en compte les demandes des associations ou va-t-il à nouveau passer en force ?



« Je découvre avec effroi… »

Face à la décision restrictive du 29 août, la mobilisation a été importante : pétition sur Change.org, tribune dans le journal Le Parisien, recours déposé devant le Conseil d’Etat par plusieurs requérants dont la Ligue contre l’obesité… qui a également récolté de nombreux témoignages de personnes qui, souffrant de la pathologie obésité, n’ont pas compris la décision gouvernementale.
« Je découvre avec effroi que les personnes obèses, pourtant reconnu à haut risque, ne font plus partie de la liste des personnes vulnérables. La Ligue contre l’obésité va-t-elle mener des actions pour faire entendre nos voix et nous permettre de rester protégés dans un contexte sanitaire inquiétant ? », avait demandé Virginie de Cergy, dans le Val d’Oise. Quelques jours plus tard, après le recours introduit par la Ligue contre l’obésité, la fameuse liste a été « cassée » par la haute juridiction administrative.



« Nous étions vulnérables, nous sommes vulnérables et nous le resterons »

Des témoignages démontrant l’inquiétude des patients, la Ligue contre l’obésité en a reçu des dizaines. Comme celui de Nadège à Saint-Brieuc, dans les Côtes d’Armor : « Le nouveau décret nous a sorti, nous les personnes obèses, de la liste des personnes vulnérables alors qu’après avoir décidé en début d’année d’inclure l’obésité massive, ils avaient rajouté l’obésité sévère. Nous étions vulnérables, nous sommes vulnérables et nous le resterons. » Ou comme celui d’Audrey à Achères dans les Yvelines : « J’ai 42 ans et je souffre d’obésité. Je pèse 125 kg pour 1m78. J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi du jour au lendemain nous ne sommes plus vulnérable vis-à-vis du Covid-19 ! Je trouve cela dramatique ! En prime, mon médecin traitant m’a dit : « Il faut bien reprendre ! ». Je ne me sens plus du tout soutenu par mon médecin. »
Même constat pour Hélène de Châtillon dans les Hauts-de-Seine : « J’ai pris connaissance de la suspension du décret. J’ai bien compris que le gouvernement est réticent quant à la protection des salariés vulnérables via l’activité partielle. Je suis actuellement en arrêt maladie car l’angoisse est tellement forte que je n’arrive même plus à sortir de chez moi. »



« Mon DRH me dis que je dois envisager une rupture conventionnelle »

Sur le front de l’emploi, d’autres situations sont tout autant dramatiques. Madeleine, demeurant en Mayenne, est très inquiétude pour son avenir : « Je suis en obésité massive. Je suis employée et j’ai pu bénéficier d’une continuité télétravail jusqu’à fin septembre. Mon DRH me dis que je dois envisager une rupture conventionnelle. Il est très insistant et a été même agressif à certains moments de mon entretien. Il ne veut pas avoir recours à trop de télétravail pour motif maladie. Je risque de perdre mon emploi. Que dois-je faire ? ». Interviewé lundi par téléphone par la rédaction de la Ligue contre l’obésité, Madeleine se sent désemparée. « Même les syndicats disent que je devrais réfléchir, que c’est peut-être le moment de changer de vie… ».
Du côté de Bordeaux, c’est Mireille qui vit douloureusement la période : « Je suis conductrice de tramway. J’ai 53 ans et un IMC légèrement supérieur à 36. Je suis en zone rouge, je travaille au contact du public avec échange de poste de travail dans une atmosphère confiné et j’ai l’impression d’aller à l’abattoir. Depuis le début de l’épidémie, je me protège énormément : très peu de sortie, course par drive, pas de vacances, peu de contacts et gestes barrière. Pour les personnes dans ma situation, c’est la double peine Au boulot, de toute façon, c’est de notre faute si nous sommes à risque… »
Alors que le gouvernement est à nouveau contraint de réfléchir à une nouvelle mouture de son texte concernant les critères de vulnérabilité face au risque de développer une forme grave de Covid -19 (cliquez ici), ces voix paniquées seront-elles entendues ?
La Ligue contre l’obésité, elle, ne laissera pas passer sous silence cette détresse quotidienne.


Philippe PALAT