Une nouvelle étude au long cours vient de révéler que les petites-filles dont les grands-mères ont été exposées au pesticide DDT ont des taux plus élevés d’obésité et des premières menstruations précoces. Selon les chercheurs américains, cela peut augmenter le risque de cancer du sein des petites-filles ainsi que l’hypertension artérielle, le diabète et d’autres maladies cardiométaboliques.

Une nouvelle étude au long cours vient de révéler que les petites-filles dont les grands-mères ont été exposées au pesticide DDT ont des taux plus élevés d’obésité et des premières menstruations précoces. Selon les chercheurs américains, cela peut augmenter le risque de cancer du sein des petites-filles ainsi que l’hypertension artérielle, le diabète et d’autres maladies cardiométaboliques.

Bien qu’interdit depuis près de cinquante ans aux Etats-Unis, les effets du pesticide DDT (1) font encore des ravages. Notamment parmi les jeunes générations. Des recherches menées par les scientifiques des Études sur la santé et le développement de l’enfant (Child Health and Development Studies) de l’Institut de santé publique et l’Université de Californie confirment ce que les partisans de la santé environnementale redoutent depuis toujours : les pesticides entraînent des conséquences particulièrement néfastes, même plusieurs décennies après leur utilisation, l’impact.
Cette nouvelle étude publiée dans Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, une revue de l’Association américaine pour la recherche sur le cancer (American Association for Cancer Research) suggère que les effets du pesticide DDT, bien qu’il soit interdit aux États-Unis depuis près de 50 ans contribue à la baisse de l’âge des premières périodes de menstruations et à l’augmentation des taux d’obésité chez les jeunes femmes d’aujourd’hui.



« Les produits chimiques environnementaux peuvent poser des menaces pour la santé de nos petits-enfants »

Selon les scientifiques qui ont mené ces recherches, le risque d’obésité chez les jeunes petites-filles adultes était deux à fois plus élevé lorsque leurs grands-mères, qui elles n’étaient pas en surpoids, avaient des niveaux plus élevés de traces de DDT commercial (o,p’-DDT) dans leur sang pendant ou juste après la grossesse.
Par ailleurs, ces petites-filles étaient deux fois plus susceptibles d’avoir des menstruations précoces lorsque leurs grands-mères avaient des traces de DDT plus élevés dans leur taux sanguins. Le DDT et ses produits chimiques connexes sont connus pour perturber le système endocrinien et pour interférer avec les hormones naturelles qui sont essentielles au développement.
« Nous savons déjà qu’il est presque impossible d’éviter les expositions à de nombreux produits chimiques environnementaux courants comme les perturbateurs endocriniens. Mais pour la première fois, notre étude montre que les produits chimiques environnementaux comme le DDT peuvent également poser des menaces pour la santé de nos petits-enfants », a déclaré Barbara Cohn, directrice de la Child Health and Development Studies (CHDS) et auteure principale de l’étude.
« En combinaison avec nos études en cours sur les effets du DDT dans les générations de la grand-mère et de la mère, nos travaux suggèrent que nous devrions prendre des mesures de précaution sur l’utilisation d’autres produits chimiques perturbateurs endocriniens, étant donné leur potentiel d’affecter les générations à venir d’une manière que nous ne pouvons pas anticiper aujourd’hui », poursuit la scientifique américaine.



« La perturbation des systèmes endocriniens par le DDT s’initie dans les œufs humains immatures »

Les Études sur la santé et le développement de l’enfant sont un projet unique qui suit 20 000 femmes enceintes et leurs familles depuis plus de soixante ans. La CHDS a commencé à suivre les femmes enceintes dans la région de la baie de San Francisco entre 1959 et 1967. A cette période, l’utilisation de pesticides était élevée avant l’interdiction du DDT en 1972.
Ces « grands-mères fondatrices » de l’étude ont donné des échantillons de sang à chaque trimestre pendant la grossesse et un échantillon peu de temps après la naissance. Les échantillons de sang ont été testés pour évaluer les niveaux de DDT et de ses produits chimiques connexes, y compris les ingrédients actifs, les contaminants et leurs métabolites. L’étude pilotée par Barbara Cohn et rendue publique en cette mi-avril 2021, s’est concentrée sur l’agent o,p’-DDT car il a été précédemment lié au cancer du sein, à l’obésité et à d’autres effets nocifs pour la santé chez les filles. Il est considéré comme le biomarqueur le plus sensible pour les expositions avant et immédiatement après la naissance.
Considérant que l’exposition des petites-filles se produirait par le développement in utero de leurs mères, les niveaux de l’agent o,p’-DDT constituent un prédicteur potentiel des résultats d’exposition des petites-filles. « Ces données suggèrent que la perturbation des systèmes endocriniens par le DDT s’initie dans les œufs humains immatures, des décennies avant que les œufs ne soient fécondés », a déclaré Michele La Merrill, professeure agrégée à l’Université de Californie Davis et co-auteure principale de l’étude.



L’étude d’aujourd’hui est basée sur 365 petites-filles adultes

L’étude du CHDS comprenait des entrevues, des visites à domicile et des questionnaires des filles et des petites-filles. Lors des visites à domicile, des mesures de la pression artérielle, de la taille et du poids ont été prises. L’étude d’aujourd’hui est basée sur 365 petites-filles adultes qui ont rempli des questionnaires et participé à une visite à domicile. Elles avaient des mesures de DDT disponibles à partir du sérum des grands-mères, et (pour 285 d’entre elles) avaient des informations disponibles sur l’indice de masse corporelle (IMC) dans les trois générations.
Des études précédentes menées par la CHDS ont montré que l’exposition des mères au DDT pendant la grossesse ou immédiatement après la naissance est corrélée avec le risque accru de cancer du sein chez les filles et la prévalence des facteurs de risque de cancer du sein, y compris l’obésité, chez les filles adultes. D’autres études antérieures ont établi un lien entre l’exposition au DDT et les malformations congénitales, la réduction de la fertilité et un risque accru de diabète.



Philippe PALAT

(1) Le DDT ou dichlorodiphényltrichloroéthane est un produit chimique (organochloré) synthétisé en 1874, mais dont les propriétés insecticides et acaricides n’ont été découvertes qu’à la fin des années 1930. À partir de la Seconde Guerre mondiale, il est rapidement devenu l’insecticide moderne le plus utilisé, aussi bien militairement que civilement, dans les champs, dans les maisons et pour la lutte contre divers arthropodes vecteurs de maladie (ex. : paludisme, typhus exanthématique, peste bubonique…), et également comme insecticide agricole. Dès les années 1970, il a été interdit dans la plupart des pays en raison de son impact environnemental et sanitaire élevé. En raison de sa persistance élevée, on en retrouve encore des traces dans le sol aujourd’hui.

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