Des scientifiques auraient résolu le mystère des statuettes paléolithiques, ces figurines de la préhistoire à formes obèses. Selon eux, elles représentent un corps féminin idéalisé, apte à procréer, à une époque où les changements climatiques avaient rendu la vie plus difficile.

Des scientifiques auraient résolu le mystère des statuettes paléolithiques, ces figurines de la préhistoire à formes obèses. Selon eux, elles représentent un corps féminin idéalisé, apte à procréer, à une époque où les changements climatiques avaient rendu la vie plus difficile.

Le mystère des célèbres figurines obèses ou enceintes de la préhistoire est-il en passe d’être résolu ? Des chercheurs américains et émiratis pensent avoir percé le secret des statuettes féminines, typiques de l’art préhistorique.
Ces Vénus paléolithiques, datées pour certaines de plus de 30 000 ans, ont longtemps été considérées comme des représentations de la Déesse mère, symbole de fertilité et de procréation. Mais elles reflèteraient simplement les canons de beauté idéaux de l’époque, affirme une étude publiée dans la revue Obesity. « Jusqu’ici aucune approche n’a évalué la relation entre les figurines des femmes et l’obésité avec les changements climatiques et environnementaux qui se produisaient pendant cette période », soulignent les chercheurs dans leur étude.



Les premières Vénus paléolithiques ont vu le jour pendant les périodes difficiles

Pour eux, la clé de la compréhension de ces figurines résiderait, en effet, dans les changements climatiques. D’autant que les premiers chasseurs arrivés en Europe il y a 48 000 ans, lors d’une période de réchauffement, ont par la suite été confrontés à une chute des températures.
Le gibier se faisant plus rare, ils ont modifié leur mode d’alimentation. C’est pendant cette période difficile que les premières Vénus paléolithiques ont vu le jour.
« Certaines des premières œuvres d’art au monde sont ces mystérieuses figurines de femmes en surpoids de l’époque des chasseurs-cueilleurs de l’ère glaciaire en Europe, où vous ne vous attendriez pas du tout à voir de l’obésité. Nous montrons que ces figurines correspondent à des périodes de stress nutritionnel extrême », explique Richard Johnson, auteur principal de l’étude, dans le communiqué publié par l’université du Colorado.



L’obésité idéalisée durant les périodes de pénurie

Les scientifiques ont mesuré les ratios taille-hanches et taille-épaules des statuettes. Ils ont déterminé que les figurines trouvées dans les zones proches des glaciers, où la vie était plus rude, étaient plus obèses que celles retrouvées plus au sud. « Pendant la période d’avancement des glaciers, les figurines situées plus près des glaciers en Europe du Nord et en Russie avaient à la fois des ratios taille‐épaule et taille‐hanche plus élevés que ceux d’Europe du Sud, détaillent les scientifiques. De même, les figurines féminines datées pendant la période d’avancement des glaciers présentaient des ratios taille‐épaule et taille-hanches plus élevés que ceux qui ont eu lieu après le dernier maximum glaciaire, lorsque les glaciers se sont retirés. Il y avait également une corrélation positive entre les ratios taille‐épaule et taille‐hanche dans les figurines individuelles. »
Ce qui tendrait à prouver que les objets représentent un corps féminin idéalisé, pour les tribus confrontées à des conditions de vie plus difficiles. « La période associée aux figurines paléolithiques supérieures est corrélée avec l’avancement des glaciers, la chute des températures, le stress nutritionnel et la famine », insistent l’équipe d’experts.
Selon les chercheurs, l’obésité était idéalisée durant ces périodes de pénurie, notamment pour des questions de procréation. Une femme obèse pouvant porter un enfant plus facilement qu’une femme souffrant de malnutrition.



L’obésité aurait aidé les femmes à porter des grossesses

De nombreuses figurines étaient portées comme ornement et transmises de mère en fille, précisent encore les chercheurs. Ce qui indique qu’elles étaient empreintes d’une signification spirituelle, d’un « charme fétiche ou magique ».
Les filles entrant dans la puberté pouvaient ainsi les recevoir en cadeau, dans l’espoir de gagner en masse corporelle et de donner naissance avec succès. Ces études soutiennent l’hypothèse selon laquelle les figurines de Vénus étaient des symboles de survie, car l’obésité aurait aidé les femmes à porter des grossesses et à allaiter des bébés pendant les périodes de grave pénurie alimentaire.
« Les figurines sont apparues comme un outil idéologique pour aider à améliorer la fertilité et la survie de la mère et des nouveau-nés […]. L’esthétique des œuvres avait un rôle important, mettant l’accent sur la santé et la survie, afin de s’adapter à des conditions climatiques de plus en plus austères », conclut Richard Johnson dans le communiqué.


Philippe PALAT


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