Une vaste étude menée auprès de 190 000 Américains tend démontrer que la lumière artificielle la nuit (LAN) peut perturber les rythmes circadiens, troubler le sommeil et contribuer au développement de l’obésité. Plusieurs mécanismes possibles peuvent expliquer cette causalité entre pollution lumineuse et risque de prendre du poids.

Une vaste étude menée auprès de 190 000 Américains tend démontrer que la lumière artificielle la nuit (LAN) peut perturber les rythmes circadiens, troubler le sommeil et contribuer au développement de l’obésité. Plusieurs mécanismes possibles peuvent expliquer cette causalité entre pollution lumineuse et risque de prendre du poids.

Moins le sommeil sera perturbé, plus la santé sera meilleure. Au-delà de cette évidence, des chercheurs viennent, une nouvelle fois, de s’interroger sur l’impact de la pollution lumineuse sur la santé.
Si de nombreuses études ont déjà examiné les facteurs de risque individuels d’obésité, tels que l’alimentation, l’activité physique et le stress psychosocial, un nombre croissant de documents suggère que les facteurs contextuels, y compris l’environnement bâti, l’environnement alimentaire, le statut socio-économique, le soutien social, voire la sécurité de voisinage peuvent jouer un rôle indispensable dans le développement de l’obésité.
Plus récemment, la lumière artificielle la nuit (LAN) a été identifiée comme un facteur environnemental qui peut également contribuer à l’obésité. Pour aller plus loin dans l’étude de ce phénomène, une équipe américano-chinoise pilotée par le docteur Dong Zhang du Département de la santé et de la physiologie humaine de l’Université de l’Iowa, aux Etats-Unis, s’est concentrée sur les données récupérées auprès de 190 204 participants (114 305 hommes et 75 899 femmes) qui n’étaient pays en situation d’obésité et dont l’IMC était inférieur à 30. Tous les participants avaient entre 50 et 71 ans au moment de l’analyse.



Images satellites, adresses géocodées, exposition résidentielle

Pour les besoins de cette étude, l’exposition à la « lumière artificielle la nuit extérieure » a été estimée à partir de l’imagerie satellitaire du Programme de satellites météorologiques de défense des États-Unis.
L’obésité, elle, a été mesurée en fonction du poids et de la taille des participants demeurant dans six Etats américains (1). Toutes les adresses des participants à l’étude ont été « géocodées » (c’est-à-dire adaptées à une adresse de rue exacte ou à une adresse ponctuelle).
Des plages de nuit ont été calibrées et l’exposition résidentielle des participants a été mesurée Nous avons également effectué des analyses de sous-groupes pour examiner si l’association entre l’exposition à la LAN et les chances de développer l’obésité peut différer selon de multiples facteurs individuels et environnementaux, y compris l’appartenance ethnique, l’éducation, la durée du sommeil et la pauvreté dans les quartiers », expliquent les auteurs.



« La perturbation circadienne peut conduire à des troubles métaboliques, y compris l’obésité »

Selon les conclusions des experts, qui ont mené ces analyses prospectives sur une grande cohorte américaine d’hommes et de femmes plus âgés, la LAN peut contribuer au développement de l’obésité. « Plusieurs mécanismes possibles peuvent expliquer les associations trouvées dans notre étude, écrivent les scientifiques dans leur rapport. L’exposition à la LAN supprime la mélatonine, une hormone clé dans la régulation circadienne, et peut conduire à une perturbation circadienne. Un nombre croissant de publications suggère que les rythmes circadiens jouent un rôle central dans l’orchestration du métabolisme humain et que la perturbation circadienne peut conduire à des troubles métaboliques, y compris l’obésité. Par exemple, le mauvais alignement circadien peut affecter les niveaux de leptine, d’insuline, de glucose et de cortisol, et ces altérations sont compatibles avec des perturbations métaboliques qui peuvent mener au gain de poids. En outre, la LAN peut également favoriser le grignotage nocturne et perturber les habitudes de sommeil, ce qui peut contribuer à l’obésité et au dysfonctionnement métabolique. »Et l’équipe du docteur Dong Zhang de préciser que « des études animales et humaines ont montré que l’exposition à la LAN modifie le moment régulier de l’apport alimentaire, ce qui entraîne un excès de poids et l’obésité ».



Des études antérieures menées en Grande-Bretagne, au Japon et en Corée

Des études épidémiologiques antérieures avaient déjà révélé que des niveaux plus élevés d’exposition à « la lumière extérieure la nuit » étaient positivement associés à l’obésité chez les femmes au Royaume-Uni, aux États-Unis et chez les personnes âgées au Japon.
L’étude Breakthrough Generations – réalisée à l’aide de données autodéclarées sur la LAN intérieure de plus de 100 000 femmes âgées de 16 ans ou plus au Royaume-Uni – a suggéré que les femmes qui dormaient dans des pièces plus sombres la nuit avaient un IMC plus faible par rapport à celles qui dormaient dans des chambres plus lumineuses.
Dans l’étude japonaise, qui portait sur 528 personnes âgées, les scientifiques ont constaté que la « lumière artificielle la nuit à la maison » était associée à des chances plus élevées d’obésité, notamment de obésité abdominale et dyslipidémie.
Des résultats aux associations similaires ont été également relevés dans une analyse écologique reliant la LAN extérieure aux données de l’Organisation mondiale de la Santé au niveau des pays. Dans une autre enquête réalisée sur 8 526 adultes âgés de 39 à 70 ans en Corée (Étude sur le génome et l’épidémiologie), les résultats ont également révélé une association positive entre la LAN extérieure et l’obésité.



Les lois sur la pollution lumineuse sont rares aux États-Unis

Dans le prolongement de cette grande étude américaine, les auteurs de l’analyse évoquent la question de la législation qui vise à contrôler la pollution lumineuse nocturne aux États-Unis.
Selon la Conférence nationale des législatures d’État, au moins 18 États et territoires, y compris le District de Columbia et Porto Rico, ont mis en place des lois pour réduire la pollution lumineuse. Les exigences spécifiques comprennent l’installation d’appareils d’éclairage blindés, l’utilisation d’un éclairage de faible luminosité ou de faible puissance et le suivi des directives d’ordonnance d’éclairage.
Cependant, les lois sur la pollution lumineuse sont rares aux États-Unis et il manque un cadre réglementaire fédéral pour la pollution lumineuse. « Il serait instructif pour les études futures d’évaluer l’efficacité de la législation sur la pollution lumineuse et d’autres interventions visant à réduire l’exposition à la LAN la nuit dans l’amélioration de la santé de la population », concluent les auteurs de l’étude.

(1) Californie, Floride, Louisiane, New Jersey, Caroline du Nord et Pennsylvanie.

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