Une étude sur l’Indice de masse corporelle menée en Slovaquie a cherché à évaluer la validité du surpoids et de l’obésité en fonction de l’auto-déclaration sur la taille et le poids mesurés. En clair : l’IMC est-il suffisant pour déterminer le niveau de la maladie ? Utile mais incomplète, cette méthode de calcul sous-estime la prévalence de l’obésité car ne prenant pas en compte la proportion de muscle et graisse comme critère...

Une étude sur l’Indice de masse corporelle menée en Slovaquie a cherché à évaluer la validité du surpoids et de l’obésité en fonction de l’auto-déclaration sur la taille et le poids mesurés. En clair : l’IMC est-il suffisant pour déterminer le niveau de la maladie ? Utile mais incomplète, cette méthode de calcul sous-estime la prévalence de l’obésité car ne prenant pas en compte la proportion de muscle et graisse comme critère…

Le constat est alarmant : l’obésité infantile est l’un des défis de santé publique les plus graves. Au cours des quarante dernières années, le nombre d’enfants souffrant d’obésité dans le monde a été multiplié par 10. A ce jour, les scientifiques estiment qu’il y a environ 124 millions d’enfants et d’adolescents dans le monde qui sont atteints d’obésité.
Classiquement, ces estimations sont principalement basées sur le poids et la taille comme mesures utilisées pour déterminer le surpoids et l’obésité. Toutefois, ces catégories ont également été définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’une manière plus biologique, c’est-à-dire comme une accumulation anormale ou excessive de graisse qui peut nuire à la santé. Autre inquiétude : l’obésité infantile est tout à fait susceptible de se poursuivre jusqu’à l’âge adulte, où elle peut conduire à des problèmes de santé tels que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les maladies oncologiques.
Côté économie, l’obésité conduit également à une très forte demande de soins de santé et à des coûts sociétaux élevés.



Une analyse sur 782 enfants âgés de 11 à 15 ans

Face à ce constat, et dans le but de maintenir la santé et le bien-être des jeunes, ainsi que de réduire le fardeau des maladies liées à l’obésité à l’âge adulte, le Département de psychologie et de recherche de la faculté de médecine de Kosice, en Slovaquie, a réalisé une analyse sur les données fournies par 782 adolescents âgés de 11 à 15 ans (13,5 ans d’âge moyen, 55,8% de garçons). En ce qui concerne le pourcentage de graisse corporelle, les seuils de 25 % pour les garçons et de 30 % pour les filles ont été utilisés pour indiquer les adolescents souffrant de surpoids ou d’obésité.
Selon ces experts, le dépistage pédiatrique du surpoids et de l’obésité repose principalement sur l’Indice de masse corporelle (IMC), dérivé de la taille et du poids mesurés ou autodéclarants. « Les IMC fondés sur les deux types de données ont une validité discutable, bien que l’IMC mesuré puisse être relativement meilleur, écrit dans son rapport le docteur Viktoryia Karchynskaya, chercheuse au Département de psychologie de la santé à Kosice. Un premier problème est que les auto-déclarations peuvent être biaisées par rapport au poids et à la taille mesurés. Des études antérieures ont montré que les poids autodéclarants sont significativement inférieurs aux poids mesurés. »



« Sous-estimation et normalisation visuelle »

Pour la scientifique, il existe plusieurs explications à cette situation. « Tout d’abord, la stigmatisation de l’embonpoint ou de l’obésité peut amener les gens à sous-estimer leur poids en raison de la dissonance cognitive, écrit-elle. Deuxièmement, selon la théorie de normalisation visuelle concernant la sous-estimation du surpoids et de l’obésité, la raison de cette sous-déclaration peut être le nombre des tailles de corps qui a augmenté. Cette augmentation du nombre peut alors conduire à une augmentation du seuil visuel et à un recalibrage de la plage de poids corporel qui est perçu comme normal. »
Selon l’équipe slovaque, un autre problème peut être que l’IMC ne représente pas adéquatement le surpoids et l’obésité, qu’ils soient dérivés du poids et de la taille autodéclarérés ou mesurés. « Cet indicateur peut très bien fonctionner pour les enfants avec une proportion normale de graisse et de muscles, mais peut être trompeur chez les enfants avec une proportion plus élevée de muscles ou une proportion plus élevée de graisse, poursuit le rapport. Ceci suggère que l’IMC comme mesure de l’obésité peut introduire des problèmes importants de classification erronée, c’est-à-dire ayant pour résultat le comptage des enfants avec le surpoids ou l’obésité comme ayant le poids normal et vice versa ».



« Le pourcentage mesuré de graisse corporelle peut être un critère pour mesurer le surpoids et l’obésité »

Face au risque d’approximation ou de classification fausse, la mesure de la graisse corporelle totale est considérée comme une meilleure mesure, « car ce type de mesure donne des estimations de masse maigre ou de masse grasse », poursuit le docteur Viktoryia Karchynskaya. « Le pourcentage mesuré de graisse corporelle peut donc être un critère pour mesurer le surpoids et l’obésité chez les adolescents, estime-t-elle. Toutefois, dans la pratique, cela est relativement difficile à mesurer, ce qui le rend impropre à l’utilisation dans les soins de routine. Par conséquent, le surpoids et l’obésité en tant que facteurs de risque de morbidité et de mortalité devraient faire l’objet d’une surveillance régulière, mais ils sont surtout surveillés par l’IMC en fonction de la taille et du poids autodéclarés ou mesurés. »
Pour les experts slovaques, les preuves manquent sur la combinaison de trois indicateurs différents (IMC auto-déclaré, IMC mesuré et proportion de graisse) de l’embonpoint et de l’obésité chez les adolescents âgés de 11 à 15 ans, au moins en Europe centrale et orientale. Et de conclure : « L’IMC autodéclarant et mesuré comme indicateurs de surpoids et d’obésité sous-estime de façon significative la prévalence des adolescents souffrant de surpoids et d’obésité. »

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