Professeur à l’université de Strasbourg, l’auteur dialogue avec une mère et sa fille, toutes deux atteintes d’obésité. Les questions du sociologue sont directes, les réponses sincères et pudiques. Mais d’une criante et douloureuse réalité. La Ligue contre l’obésité a accepté de préfacer ce livre riche d’enseignements sur la place de l’obésité dans les discours et la vie quotidienne.

Professeur à l’université de Strasbourg, l’auteur dialogue avec une mère et sa fille, toutes deux atteintes d’obésité. Les questions du sociologue sont directes, les réponses sincères et pudiques. Mais d’une criante et douloureuse réalité. La Ligue contre l’obésité a accepté de préfacer ce livre riche d’enseignements sur la place de l’obésité dans les discours et la vie quotidienne.

« Je ne me suis jamais mise nue devant un homme, déshabillée devant un homme. Jamais, jamais, jamais. » Françoise souffre de son obésité. Sa fille aussi. Face au sociologue Saïd Laacher, professeur à l’Université de Strasbourg et auteur de nombreux ouvrages, notamment sur l’immigration, les deux femmes ont accepté de se livrer. D’expliquer leur maladie au quotidien. Avec sincérité et pudeur, elles se racontent patiemment dans « Ça me pèse » (1).
Comment vivent-elles le regard d’autrui dans l’espace public ? Comment parlent-elles de leur sexualité ? Comment ont-elles vécu leur scolarité ? Comment se projettent-elles dans le futur et dans leur vie familiale ?
Dans une société où tout serait affaire de volonté, Smaïn Laacher poursuit, à travers ce témoignage rare, sa quête de compréhension d’une maladie qui ne dit pas son nom. D’une pathologie doublée d’une vulnérabilité psychologique et sociale. Car Françoise délivre au fil des pages une tragique vérité quotidienne. Celle de vivre avec son corps. De le supporter. De le cacher. Car pour « la patiente » du sociologue l’enveloppe corporelle est exclusion, sanction, prison.



« Une approche éducative, politique, philosophique »

En signant cet ouvrage, Smaïn Laacher, qui avait accordé une interview en mai 2020 à la Ligue contre l’obésité, offre une rare lecture de l’obésité à l’aune des sciences sociales. L’exercice, aussi périlleux soit-il, fournit un matériaux biographique à la fois brut et profondément humain. A la fois émaillés de réactions épidermiques, de tourments et de réflexions sur cette injustice de la nature.
Parce qu’au-delà des enjeux sanitaires et médicaux, et parce qu’il est grand temps que l’intellect pose un regard quasi-anthropologique sur l’obésité, la Ligue contre l’obésité a accepté de préfacer cet ouvrage. Pour elle, le point de vue sociologique doit participer « à la construction apaisée, mais déterminée, d’une approche éducative, politique, philosophique » de l’obésité. Tout comme l’étude sociologique doit « apporter son raisonnement et son discernement pour valoriser la connaissance de cette anormale et destructrice propagation » de l’obésité sur la planète.



Il est temps que l’esprit s’empare de la réflexion autour de l’obésité

La post-face de l’ouvrage de Smaïn Laacher est signé par le docteur Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste, spécialisé dans la prévention de l’obésité. Il y parle de la nécessité « d’une prise en charge globale et donc pluridisciplinaire » pour stopper la dynamique de prise de poids.
« Ça me pèse », ou quand l’interview vérité de Françoise aide à l’exploration et à la compréhension d’une maladie aussi méconnue que cruelle. Une maladie que le commun des mortels a beaucoup de difficulté à affronter du regard. Avant que l’épidémie ne s’embrase, il est temps que l’esprit s’en empare.


Philippe PALAT

(1) « Ça me pèse, obésité et corps embrassant », de Smaïn Laacher, aux éditions L’Aube, 144 pages. 15 €. Pour en savoir plus : cliquez ici