Après trois mois d’expertise et des dizaines d’auditions, la députée Sandrine Josso, initiatrice et rapporteure d’une commission d’enquête sur la santé environnementale a dévoilé, mercredi 16 décembre, son rapport. Dans ses conclusions, l’élu de Loire-Atlantique retient les préconisations de la Ligue contre l’obésité : concevoir une stratégie nationale de prévention de l’obésité, renforcer la formation des médecins et créer un diplôme d’obésitologue.

Après trois mois d’expertise et des dizaines d’auditions, la députée Sandrine Josso, initiatrice et rapporteure d’une commission d’enquête sur la santé environnementale a dévoilé, mercredi 16 décembre, son rapport. Dans ses conclusions, l’élu de Loire-Atlantique retient les préconisations de la Ligue contre l’obésité : concevoir une stratégie nationale de prévention de l’obésité, renforcer la formation des médecins et créer un diplôme d’obésitologue.

« Nous devons replacer l’Homme dans l’environnement comme étant un acteur incontournable de cet environnement et non plus comme son épicentre systémique aux conséquences funestes. La santé environnementale est une conscience, une philosophie qui est fondamentale et universelle dans ce monde du présent, dans le monde du futur proche. » Pour la députée Sandrine Josso (photo), le défi ne fait aucun doute : la santé environnementale doit devenir « une priorité du XXIe siècle ». Un axe de travail législatif qui l’a conduit à proposer, obtenir et finaliser la mise en place d’une commission d’enquête sur l’évaluation des politiques publiques en santé environnementale.
Menée tambour battant entre le 9 septembre et début décembre, cette commission d’enquête présidée par la députée toulousaine Elisabeth Toutut-Picard s’est achevée, mercredi 16 décembre, avec la remise du rapport aux députés. Un épais document publié au Journal officiel début janvier 2021 qui contient 22 propositions, parmi lesquelles trois concernent très directement la maladie obésité.



L’impact des perturbateurs endocriniens sur le développement de l’obésité.

Dans la rédaction du document définitif qui s’est appuyé sur 64 auditions, la rapporteure Sandrine Josso a retenu plusieurs arguments développés par la Ligue contre l’obésité lors de son audition le 21 octobre dernier.
Dans sa proposition n°4, la députée préconise de « transformer la feuille de route Obésité en une stratégie nationale de prévention de l’obésité, incluant le traitement de ses facteurs environnementaux ». Une initiative qui s’inscrit dans le droit fil de la reconnaissance de la maladie obésité réclamée par la Ligue, mais également dans le sillage de toutes les études nationales et internationales qui confirment l’impact des perturbateurs endocriniens sur le développement de l’obésité.
« La connaissance de ses causes environnementales doit être mieux appréhendée pour améliorer la prévention et le traitement de cette maladie, alors qu’en dépit de sa croissance colossale dans les trente dernières années – qui en fait pour moi une véritable épidémie – aucune évolution notable n’a eu lieu dans la formation des professionnels qui sont amenés à s’en charger », a expliqué, hier après-midi, Mme Josso, lors de son discours de clôture devant ses collègues de la commission d’enquête.



Une formation spécifique comme celle mise en application à Montpellier

Non reconnue, mais aussi méconnue, la maladie obésité constitue l’un des parents pauvres de la santé en France. Une situation qui a conduit la rapporteure Sandrine Josso à demander, dans sa proposition n°18 , de « renforcer la formation des médecins et des autres professionnels de santé sur la compréhension et la prise en charge des maladies chroniques et notamment de l’obésité ». Une position défendue depuis plusieurs années par la Ligue contre l’obésité et enfin portée, grâce au travail de cette commission d’enquête parlementaire, au plus haut niveau de l’Etat.
Suite logique de son argumentation, la rapporteure conseille dans sa proposition n°19 de «créer un diplôme de médecin obésitologue, qui permette une prise en charge au long cours, par un médecin spécialiste, des personnes souffrant d’obésité. »
La Ligue contre l’obésité se félicite de cette initiative qu’elle soutient depuis plusieurs années et qu’elle met déjà en application dans la formation des médecins généralistes de ses centres de santé Obésanté, dont le premier ouvre dans quelques jours à Montpellier.
« Il est grand temps que les formations initiales et continue des professionnels de santé intègrent l’obésité et sa clinique. Par son expérience et son expertise, la Ligue contre l’obésité entend participer à la création de cette formation »
, confirme Agnès Maurin, directrice cofondatrice de l’association.



Pollution de l’air, qualité de l’eau…

Ces propositions spécifiques à la maladie obésité s’insèrent dans un rapport plus large de 22 propositions qui vise à prendre en compte l’impact sur la santé de facteurs environnementaux d’origine humaine, comme les pesticides et les perturbateurs endocriniens. « Il aura fallu la crise terrible suscitée par l’épimédie que nous traversons pour créer enfin un consensus autour de l’idée que la santé environnementale doit être une priorité du XXIe siècle », relève la députée Sandrine Josso.
La députée propose de « repenser la place de la santé environnementale dans l’organisation de l’action publique ». Un vaste chantier, d’autant que selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) 23 % de la mortalité, soit presque un quart des décès mondiaux, sont liés à une cause environnementale comme la pollution de l’air et la qualité de l’eau. L’Agence européenne de l’environnement, dans son rapport récent qui s’appuie sur les études de l’OMS, estime ce taux à 13 % en Europe, soit 630 000 décès par an.



« Coûts faramineux en vies humaines et pour les finances publiques »

Comme plusieurs scientifiques auditionnés l’ont expliqué, la santé environnementale demeure toutefois une matière sujette à des difficultés conceptuelles, marquée par des désaccords de principe et de méthode. Aux incertitudes qui peuvent exister en épidémiologie sur la compréhension des causes des maladies, s’ajoutent les défis propres à la toxicologie et à l’éco-toxicologie ainsi que la complexité technique et logistique de la mesure de l’environnement. « Les outils de politique publique dont nous disposons ne sont pas à la hauteur des attentes, commente Sandrine Josso. De nombreuses personnes auditionnées nous ont ainsi rappelé les coûts faramineux en vies humaines et pour les finances publiques de notre inaction depuis des décennies (…) C’est pourquoi je propose tout d’abord de progresser dans la connaissance et de développer des programmes de recherche, intégrant des approches méthodologiques relevant des sciences humaines et sociales, centrés sur les effets cocktail et les effets dus aux expositions multiples à faible dose. » Une proposition qui fait écho aux affaires médiatiques comme celle des « bébés sans bras » et aux graves problèmes de pollution comme ceux de l’ancien site minier de Salsigne (Aude), de la zone portuaire de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) ou de la vallée polluée de l’Arve (Savoie).
Et la rapporteure d’insister dans son rapport sur les réponses à apporter concernant plusieurs pathologies dont « les cancers pédiatriques qu’il faut placer au coeur de la prochaine stratégie décennale de lutte contre le cancer », précise-t-elle. Tout en renforçant « l’effort de recherche prévu dans la loi de programmation afférente afin d’établir les causes environnementales à travers l’étude de l’exposome (1) », poursuit-elle.
Le combat pour la reconnaissance de la santé environnementale ne fait que commencer.


Philippe PALAT

(1) L’exposome est un concept correspondant à la totalité des expositions à des facteurs environnementaux (c’est-à-dire non génétiques) que subit un organisme humain de sa conception à sa fin de vie en passant par le développement in utero, complétant l’effet du génome.

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