Les Hospices Civils de Lyon et le Centre hospitalier universitaire de Lille ont publié, la nuit dernière, les résultat d’une étude sur 340 patients qui démontre la corrélation entre l’obésité et des formes graves de coronavirus. Une confirmation de plus au moment où le monde entier est frappé par la double pandémie de Covid-19 et d’obésité.

Les Hospices Civils de Lyon et le Centre hospitalier universitaire de Lille ont publié, la nuit dernière, les résultats d’une étude sur 340 patients qui démontre la corrélation entre l’obésité et des formes graves de coronavirus. Une confirmation de plus au moment où le monde entier est frappé par la double pandémie de Covid-19 et d’obésité.

C’est une validation française supplémentaire, et cette fois-ci elle porte le double sceau des hôpitaux de Lyon et Lille. Pour le docteur Cyrielle Caussy du service Endocrinologie Diabète et Nutrition des Hospices civils de Lyon et le professeur François Pattou, chirurgien viscéral et digestif du CHU de Lille, l’obésité constitue un risque de développer une forme grave de l’infection au Covid-19.
Publiée dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 mai 2020 dans la revue internationale de référence The Lancet Diabetes and Endocrinology, cette nouvelle étude menée sur un large panel de patients hospitalisés à Lyon tend à prouver une corrélation entre obésité et formes graves de Covid-19. « Peu d’études ont, jusqu’ici, inclus l’information concernant l’indice de masse corporelle des patients présentant le Covid-19 », écrivent en préambule les deux experts français qui souhaitent « identifier les personnes qui sont susceptibles de développer un Covid-19 sévère ».



« Clarifier la situation entre obésité et gravité du Covid-19 »

Intitulée « Prévalence de l’obésité chez les patients hospitalisés pour Covid-19 en France », cette publication a pour objectif, selon les deux premiers co-auteurs de l’étude, de démontrer la réalité de l’antagonisme entre obésité et coronavirus. « Étant donné l’épidémie croissante de Covid-19 dans des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et le Mexique, qui ont une forte prévalence de l’obésité, il est urgent de clarifier la relation entre l’obésité et la gravité du Covid-19, expliquent les deux experts. Nous avons donc cherché à évaluer la prévalence de l’obésité, telle que définie par l’IMC d’au moins 30 kg/m2, parmi les patients nécessitant l’hospitalisation pour Covid-19 grave, y compris ceux avec le Covid-19 critique admis en unité de soins intensifs ».



25% des 340 patients hospitalisés souffraient d’obésité

Selon les conclusions publiées dans The Lancet, 357 patients atteints de Covid-19 ont été hospitalisés au CHU de Lyon le 27 mars 2020. Pour 17 d’entre eux, il n’existait pas de données sur l’IMC (Indice de masse corporelle).
L’étude a donc porté sur 340 patients atteints de Covid-19 (230 – soit 68% – présentant une forme sévère de Covid-19 et 110 – soit 32% – une forme critique nécessitant le placement en soins intensifs).
Sur les 340 patients infectés par le Covid-19, 85 patients (soit 25%) souffraient d’obésité. Un chiffre qu’il convient de comparer aux quelque 15,3% de personnes en situation d’obésité comptabilisées en France en 2014.



+35% pour les admissions et +89% en soins intensifs

Après normalisation de l’âge et du sexe, les experts estiment que la prévalence de l’obésité était 1,35 fois plus élevée chez les patients atteints d’une forme grave de Covid-19. En clair : la proportion de personnes en situation d’obésité était de l’ordre de +35% par rapport à la moyenne générale des patients. Ce que confirment, dans un communiqué, les chercheurs lyonnais qui précisent que « l’étude démontre que les patients atteints d’obésité et de Covid-19 sont, comparativement à la prévalence de l’obésité au sein de la population générale, significativement plus nombreux qu’attendu à être admis à l’hôpital ».
Pour les équipes lyonnaises, ce constat est « particulièrement marqué en réanimation où les sujets souffrant d’obésité sont deux fois plus nombreux que dans la population générale. Ils sont également deux fois plus nombreux que dans les autres services recevant des patients positifs au coronavirus ».
En effet, les auteurs de l’étude précisent qu’en soins intensifs, la prévalence de l’obésité était de 1,89 fois plus élevée que la moyenne des patients placés en réanimation.



Dans le droit fil de la première étude lilloise réalisée début avril

Cette étude co-signée par les établissements hospitaliers de Lyon et Lille s’inscrit dans le droit fil des révélations françaises du CHU de Lille du 7 avril dernier (cliquez ici). Ce jour-là, dans un tweet, le professeur Mercé Jourdain du CHU de Lille annonçait les premiers résultats d’une étude menée sur 124 patients âgés de 26 à 87 ans admis en réanimation pour une pneumonie confirmée Covid-19 entre le 27 février et le 5 avril 2020.
Cette première étude française démontrait que l’obésité (IMC >30) et l’obésité sévère (IMC >35) étaient présente dans, respectivement, 47,6% et 28,2 des cas (cliquez ici)
Quelques semaines auparavant, de précédentes analyses réalisées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis confirmaient déjà cette tendance.
Depuis, les données de la ville de New York, recueillies auprès de plus de 4 000 patients, suggèrent que l’obésité avec un IMC>30 pourrait être un facteur de risque pour l’admission aux soins intensifs chez les patients atteints de Covid-19, en particulier chez les moins de 60 ans.(cliquez ici)



« Renforcer les mesures de prévention et prioriser l’accès aux soins »

Pour les chercheurs, les patients atteints d’obésité, soit environ entre 17 à 18% de la population française en 2020, pourraient donc être plus exposés à développer des formes sévères de la maladie, nécessitant une hospitalisation, voire une réanimation. « Étant donné la double pandémie de Covid-19 et d’obésité dans les pays à revenu élevé, ces résultats ont des implications majeures pour les soins cliniques des patients souffrant d’obésité et de Covid-19, ainsi que pour l’intérêt de la santé publique », écrivent les auteurs de l’étude publiée dans The Lancet.
Cette démonstration devrait conduire, selon le communiqué publié par l’équipe lyonnaise, « à renforcer les mesures de prévention à leur intention, voire à prioriser l’accès aux soins, à la vaccination et aux futurs traitements pour ces patients ».
En fin de semaine dernière, des scientifiques italiens ont conseillé, par exemple, de doubler la période de quarantaine pour les personnes souffrant d’obésité (cliquez ici) estimant qu’elles étaient contagieuses plus longtemps et également beaucoup plus vulnérables que les personnes minces.

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