Les effets bénéfiques de l’allaitement maternel sont bien connus. Ce que l'on sait moins, c'est l’effet protecteur sur le risque d’obésité pour les enfants.

Les effets bénéfiques de l’allaitement maternel sont bien connus. Ce que l’on sait moins, c’est l’effet protecteur sur le risque d’obésité pour les enfants. Une nouvelle étude des chercheurs de l’hôpital pour enfants et l’hôpital universitaire d’Alexandrie (Egypte) met en évidence le rôle de la leptine, dite « hormone de la satiété ».

En juillet 2019, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se faisait le relais des travaux d’une équipe portugaise de l’Institut national de santé Ricardo Jorge. Celle-ci, qui s’appuyait sur les résultats obtenus auprès de 30 000 enfants de 16 pays européens, révélait que les enfants qui n’ont jamais été allaités au sein présentent une probabilité plus élevée de 22% de devenir obèses.
Une nouvelle étude réalisée par les chercheurs de l’hôpital pour enfants et l’hôpital universitaire d’Alexandrie, en Egypte, confirme ce constat, mais va plus loin dans l’explication.
Selon les chercheurs égyptiens, si les enfants nourris au sein ont un risque moins élevé d’obésité, cela est lié à une réduction de l’expression de la leptine. Dite « hormone de la satiété », la leptine est une hormone digestive peptidique qui régule les réserves de graisses dans l’organisme et l’appétit en contrôlant la sensation de satiété.



40 à 70% des cas d’obésité auraient une composante génétique

Cette nouvelle enquête a été présentée mi-septembre à Vienne (Autriche) lors de la 58e réunion annuelle de la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique. L’étude a montré que les modifications génétiques connues pour supprimer les niveaux de leptineétaient plus courantes chez les bébés nourris au sein que ceux nourris au lait maternisé.
Ces différences pourraient jouer un rôle dans le développement de l’obésité. Mieux : parvenir à comprendre le lien entre la modification génétique de la leptine et le risque d’obésité pourrait faire progresser les stratégies de prévention et de traitement de l’obésité chez les enfants.
L’obésité chez les enfants est devenue une épidémie mondiale susceptible d’entraîner l’apparition de maladies graves plus tard dans la vie, notamment les maladies cardiaques et le diabète de type 2. Environ 40 à 70% des cas d’obésité auraient une composante génétique, mais aucun des gènes associés à l’obésité identifiés n’explique totalement son héritabilité.



Une hormone impliquée dans la régulation de l’équilibre énergétique

L’épigénétique est un processus qui affecte la façon dont nos gènes hérités sont exprimés. Elle constitue un domaine d’intérêt croissant pour la médecine, car elle peut être façonnée par l’expérience et l’environnement tout au long de la vie. La leptine est une hormone impliquée dans la régulation de l’équilibre énergétique et des niveaux plus élevés sont associés à l’obésité.
Dans cette étude, le docteur Omneya Magdy Omar et ses collègues de l’hôpital pour enfants de l’hôpital universitaire d’Alexandrie ont testé les modifications épigénétiques du gène de la leptine chez des bébés âgés de 50 jours à 6 mois, dont 25 étaient allaités. Les modifications épigénétiques qui diminuent les niveaux de leptine étaient significativement plus courantes chez les bébés nourris au lait maternisé et l’une de ces modifications était également associée à une augmentation du poids corporel chez les nourrissons non nourris au sein. « Comme nous savons que ces modifications génétiques chez les bébés nourris au lait maternisé réduisent les niveaux de leptine, qui sont associés à l’obésité, ces résultats suggèrent que les mécanismes épigénétiques pourraient jouer un rôle dans le développement de l’obésité », estime le docteur Omar.
L’équipe, qui envisage de mener des études multicentriques plus vastes évaluant le rôle à long terme des facteurs génétiques et environnementaux sur la régulation épigénétique de la leptine, estime avoir montré « un lien possible entre l’allaitement et une réduction du risque d’obésité. Nous avons ajouté au nombre croissant de preuves que l’allaitement est recommandé dans la mesure du possible. »



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