Méconnus, les risques nutritionnels post-chirurgie de l’obésité ne sont pas sans conséquences pour la santé. Les déficiences en vitamine D sont réelles et réclament un suivi permanent. De nouvelles technologies sont mises au point pour veiller à cet équilibre et accompagner le patient dans son parcours de soins.

Méconnus, les risques nutritionnels post-chirurgie de l’obésité ne sont pas sans conséquences pour la santé. Les déficiences en vitamine D sont réelles et réclament un suivi permanent. De nouvelles technologies sont mises au point pour veiller à cet équilibre et accompagner le patient dans son parcours de soins.

Peut-on souffrir de surpoids et se retrouver en carence de nutriments ? Peut-on être atteint d’obésité et manquer de vitamine D ? Peut-on avoir subi une opération de chirurgie bariatrique et souffrir de déficiences nutritionnelles ? La réponse est trois fois oui selon le docteur Claire Carette, médecin nutritionniste et diabétologue à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou, à Paris : « En réalité, l’alimentation peut être excessive et de mauvaise qualité nutritionnelle, et un patient obèse peut donc être dénutri », a-t-elle récemment expliqué lors d’une conférence virtuelle sur le thème « Surpoids et carences nutritionnelles masquées, comment adapter l’approche nutritionnelle ? » à l’occasion du E-Congrès de médecine générale de France qui s’est déroulée les 2 et 3 juillet 2020.



Soleil, alimentation et suppléments

Mais comment expliquer la causalité entre obésité et carences nutritionnelles au niveau biologique ? Selon une étude de Plos Médecine, il existe bien un lien de cause à effet entre obésité et déficit en vitamine D. La vitamine D, qui est essentielle pour avoir des os sains ainsi que pour d’autres fonctions, s’obtient via la peau après l’exposition à la lumière du soleil, mais peut également être obtenue par l’alimentation et par des suppléments. « Il faut savoir que les vitamines liposolubles [comme la vitamine D] sont stockées dans le tissu adipeux (graisseux) et peu biodisponibles chez les patients obèses », explique le docteur Carette.
Ces derniers présentent un état inflammatoire chronique à l’origine d’une mauvaise absorption du fer, par l’intermédiaire d’un excès d’hepcidine. Il s’agit d’un peptide de la phase aigüe de l’inflammation qui régule le métabolisme du fer et inhibe son absorption.



La dénutrition énergétique s’accompagne d’une dénutrition en protéines

Pour les personnes qui souffrent d’obésité, les risques nutritionnels existent donc déjà avant l’opération de chirurgie bariatrique. Mais il serait inexact de penser que la chirurgie bariatrique améliore les déficiences nutritionnelles. Au contraire. « Certains aliments sont moins bien absorbés, notamment les vitamines et les oligo-aliments (fer, vitamines B12, D, A, E, K). Les patients vont très vite perdre beaucoup de poids et de la masse musculaire. Dans ce cas, les apports en protéines sont largement insuffisants et il faut recourir à une supplémentation orale », commente le docteur Claire Carette.
C’est là tout le paradoxe de la chirurgie bariatrique : la dénutrition énergétique tant recherchée s’accompagne d’une dénutrition en protéines non voulue.



Lutter contre le risque de fracture

D’après une étude menée à l’hôpital Louis-Mourier, près de Paris, qui consistait à étudier les déficits nutritionnels à long terme en fonction de l’observance d’un soin nutritionnel normalisé après le pontage gastrique (cliquez ici), les apports caloriques passent de 1 993 kcalories par jour avant la chirurgie à 1 272 kcalories par jour un an après une opération « bypass », et à 1 300 kcalories trois ans après la chirurgie.
Par ailleurs, les personnes en situation d’obésité ne sont pas protégées contre l’ostéoporose. La chirurgie bariatrique augmente le risque de fracture selon une étude taïwanaise (cliquez ici). Du coup, le maintien des apports en vitamine D et en calcium devient alors une priorité.



Un suivi à vie indispensable

Pour les experts qui ont mené l’étude publiée dans Plos Médecine à travers 21 cohortes d’adultes (jusqu’à 42 024 participants), il est évident qu’un suivi régulier des patients en surpoids ou atteints d’obésité s’avère essentiel afin de minorer le risque de carences. Outre le fait de rechercher les déficits et de prévoir, le cas échéant, une supplémentation, il convient surtout de mettre en place de nouvelles habitudes pour une alimentation équilibrée avec la pratique d’une activité physique quotidienne.
Pour le docteur Carette, la chirurgie bariatrique est synonyme de dénutrition programmée. Si elle aggrave les risques des déficiences nutritionnelle, un suivi à vie devient indispensable pour les patients ayant subi ce type d’intervention. A l’heure des nouvelles technologies d’information et de communication, certaines applications font d’ailleurs leur apparition pour aider le patient dans son parcours de soins. Et encore mieux le sensibiliser à sa nouvelle vie. « La chirurgie bariatrique n’existait pas encore à l’époque de la formation de certains médecins, rappelle Claire Carette. Il y a un énorme enjeu de sensibilisation des médecins généralistes aux impacts de la chirurgie bariatrique. »

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