Une étude multicentrique de grande envergure réalisée auprès de 7 600 patients hospitalisés aux Etats-Unis confirme le rôle délétère de l’obésité dans le pronostic de la Covid-19. Le risque est d’autant plus important que le patient est âgé de moins de 50 ans. Preuve que le poids des ans n’entre pas nécessairement en jeu...

Une étude multicentrique de grande envergure réalisée auprès de 7 600 patients hospitalisés aux Etats-Unis confirme le rôle délétère de l’obésité dans le pronostic de la Covid-19. Le risque est d’autant plus important que le patient est âgé de moins de 50 ans. Preuve que le poids des ans n’entre pas nécessairement en jeu…

On le sait, l’obésité aggrave très sérieusement le pronostic de la Covid-19. Ce phénomène s’est rapidement manifesté dès que le SARS-CoV-2 s’est attaqué aux pays occidentaux. Cependant, il ne résume pas les relations complexes entre indice de masse corporelle (IMC), âge et autres facteurs de risque notamment cardiovasculaire à l’échelle de la population générale.
Cette remarque prend d’ailleurs tout son sens aux Etats-Unis où l’obésité touche plus de quatre adultes sur dix (cliquez ici) et contribue lourdement à la morbi-mortalité tant globale que cardiovasculaire.
Jusqu’ici, le « relativement » jeune âge apparaissait comme un facteur protecteur en cas d’infection à la Covid-19. Or l’étude menée à partir du registre de l’American Heart Association (AHA) démontre que cette protection générationelle existe peu ou pas du tout chez un patient qui souffre d’obésité.
En effet, si cette étude étatsunienne multicentrique de grande envergure confirme le rôle délétère de l’obésité dans le pronostic de la Covid-19, elle démontre risque est d’autant plus grand que le patient est âgé de moins de 50 ans. Pour les experts, « l’âge perdrait son effet apparemment protecteur en cas d’IMC élevé ou très élevé ». Ce qui, selon les auteurs de l’étude, « constitue une information nouvelle même si elle n’a rien de révolutionnaire ».
Cette affirmation s’inscrit toutefois dans le prolongement des résultats de l’étude multicentrique conduite sous l’autorité du professeur lillois François Pattou (cliquz ici) et présentée lors de l’ObesityWeek, début novembre. « Notre étude démontre que l’influence de l’obésité est particulièrement marqué chez les jeunes », avait clairement annoncé l’expert français qui soulignait par ailleurs que « plus l’obésité augmente, plus les malades courent de risques ».



L’obésité de classe III largement surreprésentée

L’étude réalisée sur la base du registre de l’AHA s’est appuyée sur les données concernant l’âge, l’indice de masse corporelle, ainsi que différentes variables comme le recours à la ventilation assistée lors des hospitalisations, les complications cardiovasculaires et rénales, les accidents thrombo-emboliques et la mortalité hospitalière.
Au total, l’analyse a porté sur les données de 7 606 patients hospitalisés pour cause de Covid-19 au sein de 88 établissements hospitaliers entre le début de l’épidémie et le 22 juillet 2020.
L’obésité, notamment celle de classe III (IMC>40), était surreprésentée au sein de cette cohorte par rapport à la population générale adulte des Etats-Unis, tout particulièrement dans les tranches d’âge inférieures à 50 ans.
Au sein de la cohorte considérée dans son ensemble, la mortalité hospitalière s’est élevée à 17,1 % et la ventilation assistée s’est avérée nécessaire chez 21,1 % des patients.



Un pronostic alourdi par l’obésité

Les analyses ont révélé une association significative entre l’obésité et le risque de décès ou l’éventualité d’une ventilation assistée, d’autant plus étroite que l’IMC était élevé. A l’évidence, le pronostic est alourdi par l’obésité.
A ce titre, l’obésité de classe III a été particulièrement associée à une surmortalité hospitalière de l’ordre de 26% supérieure à la moyenne générale des patients hospitalisés.
Si l’on ne prend en compte que le recours à la ventilation assistée, le risque correspondant était étroitement lié à l’IMC : +28% pour les IMC>25, +54% pour les IMC>30, +88% pour les IMC>35 et +100% pour les IMC>40. Soit un risque doublé d’être ventilé pour les personnes d’atteintes d’obésité massive.



Encore plus sombre chez les patients de moins de 50 ans

Des interactions significatives entre l’âge et l’IMC ont été mises en évidence pour tous les critères d’évaluation primaire. Ainsi la relation entre IMC et risque de décès ou de recours à la ventilation assistée s’est avéré être la plus étroite chez les patients de 50 ans ou moins, intermédiaire entre 51 et 70 ans et nettement plus faible après 70 ans.
L’obésité de classe III n’a été associée à une surmortalité hospitalière que chez les patients âgés de moins de 50 ans. Cette proportion a, en effet, été estimée à +36%. « L’obésité de classe III est la plus grande pourvoyeuse de mortalité et de morbidité hospitalières à tout âge, mais encore plus chez les moins de 50 ans : le poids de l’obésité s’accroit encore en période de pandémie quand il s’agit d’une infection respiratoire aiguë comme la Covid-19 », estiment les auteurs de l’étude américaine.
Les analyses ont par ailleurs révélé qu’un IMC élevé exposait à un risque élevé d’insuffisance rénale aiguë justiciable d’une hémodialyse ou encore à un risque de complications thrombo-emboliques. En revanche, aucune association significative n’a été établie quant au risque d’évènements cardiovasculaires majeurs.


Philippe PALAT

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