Des chiffres sont dévoilés et la tendance semble se confirmer : en France comme à l’étranger, de nombreux patients admis en réanimation après avoir été infectés au Covid-19 souffrent d'obésité. Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, reconnaît que « l'obésité et, même le surpoids, peuvent devenir un facteur de risque d'infection sévère » au coronavirus. Des experts rappellent toutefois qu’il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Etat des lieux.

Des chiffres sont dévoilés et la tendance semble se confirmer : en France comme à l’étranger, de nombreux patients admis en réanimation après avoir été infectés au Covid-19 souffrent d’obésité. Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, reconnaît que « l’obésité et, même le surpoids, peuvent devenir un facteur de risque d’infection sévère » au coronavirus. Des experts rappellent toutefois qu’il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives. Etat des lieux.

On pressentait le phénomène, il se vérifie un peu plus chaque jour. Bien qu’il n’existe encore aucune étude clinique internationale pour prouver statistiquement le phénomène sanitaire, les médecins des quatre coins du monde confirment qu’une grande partie des patients, admis en réanimation après avoir contracté le Covid-19, sont atteints d’obésité. La piste d’une défaillance du système immunitaire chez les sujets obèses, les rendant très vulnérables au coronavirus, gagne en crédit chez les chercheurs.
Dans le cadre de sa veille permanente sur l’actualité « Obésité vs Covid-19 », la Ligue contre l’obésité avait relevé, dés le 16 mars dernier, les propos du professeur Pierre-Louis Druais, membre du comité scientifique mis en place par la présidence de la République (Cliquez ici). Cet expert rappelait déjà que « le virus affecte majoritairement les personnes qui sont fragiles, qui ont des comorbidités. C’est-à-dire des gens qui ont des maladies associées : par exemple, être diabétiques, avoir une insuffisance cardiaque, avec des antécédents de pathologie pulmonaires. Et parmi les jeunes, on a noté qu’il y avait des facteurs qui étaient péjoratifs sur les sujets qui ont, par exemple, à gérer une obésité. »



Les premiers chiffres sont arrivés de Grande-Bretagne

Quelques jours plus tard, le 24 mars, le site de la Ligue contre l’obésité consacrait un autre article à l’épidémie et au risque d’aggravation pour les patients atteints d’obésité en s’appuyant sur l’étude menée par le National Health Service (NHS), le système de santé au Royaume-Uni (Cliquez ici).
Dans cette étude conduite autour de 196 patients, le NHS expliquait que plus de 60% des patients en soins intensifs étaient en surpoids ou classés en obésité sévère. On sait aujourd’hui, avec un peu plus de précision, que 32 % étaient en surpoids avec un Indice de masse corporelle (IMC) situé entre 25 et 30 kg/m2 et 41 % étaient obèses (IMC supérieur à 30 kg/m2).
Même son de cloche en France avec le chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, à Paris. Yazdan Yazdanpanah, assurait il y a quelques jours au Figaro que « plus de 80% des moins de 50 ans qui se trouvent en réanimation chez nous à cause du Covid-19 sont obèses » (Cliquez ici).



Une étude chinoise met en garde les cliniciens du monde entier

Le 1er avril dernier, des chercheurs chinois ont publié dans la revue scientifique médicale britannique The Lancet, une étude montrant que sur 383 patients hospitalisés atteints par le coronavirus, 42% souffraient de surpoids ou d’obésité. Cette étude a été menée du 11 janvier au 16 février 2020 dans le troisième hôpital populaire de Shenzhen.
La conclusion de l’équipe chinoise ne souffre d’aucune ambiguité : « C’est la première étude montrant que l’obésité, particulièrement chez les hommes, augmente considérablement le risque de développer une pneumonie grave chez les patients atteints de COVID-19. Comme le 2019n-Cov peut continuer à se propager dans le monde entier, les cliniciens devraient maintenir un niveau élevé d’attention chez les patients obèses. Les patients obèses doivent être soigneusement gérés avec un traitement rapide et agressif ».
Selon les scientifiques chinois, les personnes en surpoids ont 86% de chance de développer une forme sévère du Covid-19. Pour celles qui souffrent d’obésité, elles ont « montré une probabilité de développer une pneumonie sévère 2 à 42 fois plus élevée » que les autres patients.



Plus de chance de faire une embolie pulmonaire

L’étude note que ces malades ont tendance à avoir plus de toux et de fièvre que les autres personnes. Ils ont aussi plus de chance de faire une embolie pulmonaire. Les hommes, qui sont plus touchés par l’obésité que les femmes, ont tendance à développer des symptômes graves.
Les scientifiques chinois précisent également qu’« aucune différence significative n’a été constatée entre les différents groupes de patients obèses en termes de durée de l’évolution de la maladie et les médicaments utilisés pour le traitement. Le plus souvent, ces personnes sont atteintes de diabète ou d’hypertension artérielle. D’autres facteurs comme le tabagisme ou l’asthme peuvent entrer en compte ».



Des données encore préliminaires

On le voit, depuis début avril, de la France à la Chine en passant par l’Angleterre, les médecins confirment donc qu’une grande partie des patients admis en réanimation à cause du Covid-19 souffrent d’obésité. Ces patients ont tendance à développer des symptômes plus graves qui peuvent entraîner des complications. Si l’obésité n’accroît pas les chances de contracter le virus, en revanche les risques sont réels de développer une forme grave de la maladie.
Le dossier du journal Le Monde publié le mardi 7 avril illustre son propos par des expériences de médecins confrontés à la réalité des hospitalisations (Cliquez ici).
Interrogé par le quotidien, Matthieu Schmidt, réanimateur médical à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière explique que « 83 % sont en surpoids ou obèses, avec souvent une association avec un diabète ou une hypertension artérielle. Il s’agit dans les trois quarts des cas d’hommes et la médiane d’âge est de 63 ans ». Coordonnateur du registre national des malades du Covid-19, il appelle toutefois à la prudence, estimant que ces données sont encore préliminaires et que le besoin d’une analyse fine des facteurs de risque est nécessaire.



« L’obésité et le surpoids peuvent devenir un facteur de risque d’infection sévère »

Cette proportion très importante de patients en surpoids, tous les services de réanimation française la constatent depuis plusieurs semaines. Un fait également confirmé par Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, qui a indiqué ce mardi 7 avril, lors de son point quotidien sur la situation de l’épidémie de Covid-19 en France, que « l’obésité et, même le surpoids, peuvent devenir un facteur de risque d’infection sévère » au coronavirus.
« Il y a très souvent un facteur de risque retrouvé dans les infections virales graves. Un lien entre le surpoids et la survenue d’une forme sévère a été démontré dans la grippe, en particulier », a-t-il déclaré, assurant que les autorités sanitaires étaient très attentives « à ce que les personnes en surpoids important signalent rapidement une détérioration de leur état clinique et en particulier l’apparition de difficultés respiratoires ».



Tweet à Lille, prudence à l’Afero

Mardi 7 avril en soirée, le professeur Mercé Jourdain du CHU de Lille a corroboré cette situation à travers un tweet. « Dans une étude de cohorte portant sur 124 patients (CHU Lille), l’obésité sévère (IMC 35 kg/m2) augmente considérablement le besoin de ventilation mécanique chez les patients admis en unité de soins intensifs pour le Cov2 du SRAS, indépendamment du diabète et de l’hypertension artérielle », écrit le professeur en réanimation. (Cliquez ici)
Dans le même temps, Karine Clément, professeure de nutrition à la Pitié-Salpêtrière et vice-présidente de l’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité (Afero), a appelé à la vigilance contre les interprétations hâtives, faute de données plus précises sur les facteurs de risque de forme grave : « Dans les données disponibles, on retrouve souvent l’association de plusieurs pathologies : diabète de type 2, hypertension artérielle, maladies cardiaques et obésité, explique-t-elle sur le site de l’Obs. Mais il faudrait savoir si une obésité à elle seule, sans comorbidité, prédispose aux formes sévères. » (Cliquez ici)

Pour en savoir plus : Cliquez ici