Pour Ariane Sultan, professeur de médecine et membre de l’équipe Nutrition Diabète au Centre hospitalier de Montpellier, le diabète et les comorbidités associées témoignent de la fragilité des sujets. L’occasion aussi de faire le point sur la prise en charge des personnes atteintes d’obésité en cette période de crise sanitaire.

Pour Ariane Sultan, professeur de médecine et membre de l’équipe Nutrition Diabète au Centre hospitalier de Montpellier, le diabète et les comorbidités associées témoignent de la fragilité des sujets. L’occasion aussi de faire le point sur la prise en charge des personnes atteintes d’obésité en cette période de crise sanitaire.

Lors de sa première prise de parole le 12 mars dernier, le président de la République, Emmanuel Macron, a évoqué les risques que courent les personnes en situation d’obésité face au Covid-19. Avez-vous été surprise par cette annonce ?
Non, il s’agit d’un élément classique. L’obésité est déjà connue comme un facteur de gravité pour la grippe, pour l’infection H1N1… Cependant, les données italiennes ne montrent pas, à ce jour, de sur-risque chez les sujets obèses.

Pour quelles raisons les personnes souffrant d’obésité sont-elles considérées comme une population à risque face à cette pandémie ?
Plusieurs raisons à cela. D’abord, les comorbidités dues à l’obésité, telles que le diabète et l’hypertension artérielle constituent deux facteurs associés à la gravité du Covid 19 en terme de recours à la réanimation et de risque de décès. Ensuite, on se heurte aux difficultés de prise en charge des sujets obèses. Le matériel est non adapté en terme de lit, tout comme les appareils d’imagerie médicale, etc. Les médecins sont également confrontés à d’autres complications de prise en charge, comme par exemple les difficultés d’intubation. Il existe aussi un risque anesthésique supérieur. On peut également imaginer que les sujets obèses victime d’une insuffisance respiratoire liée à l’obésité et/ou syndrome d’apnées du sommeil sont encore plus à risque. Enfin, sur un plan plus personnel, l’isolement social et la discrimination des personnes souffrant d’obésité risquent d’entraîner un retard de diagnostic et donc de prise en charge.

En France, il semble exister peu de données concernant les hospitalisations de personnes obèses, le taux de guérison ou de létalité. Pourquoi selon vous ?
C’est encore trop tôt.

À l’évidence, le diabète concourt à l’aggravation de la maladie. Pour quelles raisons ?
Le diabète et les comorbidités associées témoignent de la fragilité des sujets. Le diabète en lui même est associé à un déficit immunitaire, d’autant plus marqué que sont associé un âge avancé (immunosenescence) et d’autres comorbidités. L’équilibre glycémique est un élément essentiel et il est bien montré que le risque infectieux est associé au déséquilibre du diabète. Mais les mécanismes ne sont pas encore tous bien connus…

Au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Mexique, les chiffres de décès concernant les patients souffrant d’obésité sont très importants. Les autorités sanitaires et les gouvernements sont particulièrement inquiets, y compris pour les jeunes générations. La faute à quoi selon vous ?
Il est toujours difficile de comparer les prise en charge médicales aux USA ou autres pays avec celles en France. Lle système de santé n’est absolument pas le même ni les prises en charge. On sait que l obésité est associée à la précarité, or les milieux précaires accèdent difficilement aux soins aux USA. Ce qui doit sûrement contribuer à la gravité du covid chez les sujets obèses…

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