Avec une modélisation mathématique, les chercheurs du Johns-Hopkins University aux Etats-Unis ont examiné la corrélation entre l'Indice de masse corporelle (IMC) et l'âge chez les patients Covid-19 admis en soins intensifs dans plusieurs hôpitaux américains. L’inquiétude prévaut. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique médicale britannique, The Lancet.

Avec une modélisation mathématique, les chercheurs du Johns-Hopkins University aux Etats-Unis ont examiné la corrélation entre l’Indice de masse corporelle (IMC) et l’âge chez les patients Covid-19 admis en soins intensifs dans plusieurs hôpitaux américains. L’inquiétude prévaut. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique médicale britannique, The Lancet.

« Dans les populations où la prévalence de l’obésité est élevée, le Covid-19 touchera plus les populations plus jeunes qu’auparavant. » Publié le 4 mai dans la célèbre revue médicale britannique The Lancet, ce message inquiétant lancé par des chercheurs de la Johns Hopkins University Institutional Review Board fait suite à une étude très sérieuse menée sur des données recueillies auprès de plusieurs grands établissements américains.
Sur la base des éléments obtenus auprès de patients atteints par le Covid-19 et admis en soins intensifs dans les hôpitaux universitaires de Johns Hopkins, de Cincinnati, de New York, de Washington, du Florida Health et de Pennsylvanie, les chercheurs ont examiné la corrélation entre l’Indice de masse corporelle (IMC) et l’âge chez les patients.
Sur un total de 265 patients dont 58% étaient des hommes, cette analyse conclut à une corrélation inverse significative entre l’âge et l’IMC. Les chercheurs ont constaté que les patients plus jeunes admis à l’hôpital s’avèrent, en particulier, plus susceptibles d’être obèses. « Le surpoids et l’obésité sont confirmés comme des facteurs sensibles de sévérité : l’IMC médian des patients hospitalisés est estimé à 29,3 kg/m2, souligne l’étude qui précise que seuls 25% des patients présentent un IMC<26 kg / m² et 25% dépassent un IMC de 34,7 kg / m². »



Un message public adressé aux jeunes adultes

Au plan médical, les chercheurs expliquent que « l’obésité peut restreindre la ventilation en empêchant l’excursion du diaphragme (ou son mouvement induit par la pression positive de la ventilation), altérer les réponses immunitaires à l’infection virale, accroître l’inflammation et le stress oxydant » (1). Et les auteurs de l’étude de souligner que l’obésité peut-être « accompagnée par un diabète et un trouble cardiovasculaire, deux facteurs indépendants de complications ».
Les chercheurs encouragent les gouvernements a adressé un message public aux jeunes adultes. « La réduction du seuil de dépistage des virus chez les personnes obèses et le maintien d’une plus grande vigilance pour cette population à risque devraient réduire la prévalence de la maladie grave Covid-19 », insiste les scientifiques de l’Université Johns Hopkins.



Un âge médian de 63 ans en Italie

Pour étayer leur étude, les chercheurs ont comparé de multiples statistiques au niveau international. Toutes convergent vers le fait que l’obésité est un facteur majeur de sévérité de la maladie Covid-19 et nécessite une surveillance particulière lors de l’hospitalisation.
« La maladie du coronavirus 2019 (COVID-19) causée par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère a été signalée pour la première fois en Chine à la fin de décembre 2019. Depuis elle a évolué en pandémie mondiale. Au 29 avril 2020, le Covid-19 a été confirmé chez plus de 3 millions de personnes dans 185 pays et régions, avec un taux de mortalité global de plus de 6 % », constate les experts de l’Université Johns Hopkins qui, depuis le début de la pandémie, procèdent à un relevé quotidien du nombre de cas, d’hospitalisations et de décès dans le monde (cliquez ici)
En analysant tous ces résultats, les chercheurs ont remarqué que la plus grande étude réalisée en Italie portant sur 1 591 patients placés en soins intensifs démontrait un âge médian de 63 ans, avec 203 patients (13%) âgés de moins de 51 ans. Des données similaires ont été rapportées en Chine.
Lorsque l’épidémie de Covid-19 a commencé aux États-Unis, les chercheurs ont constaté une population similaire en soins intensifs. Dans un premier temps, les rapports du gouvernement fédéral des États-Unis ont souligné que le Covid-19 touchaient prioritairement les personnes âgées. Dans un second temps, à partir de la fin mars, des patients plus jeunes ont commencé à être admis en soins intensifs, avec, parmi eux, beaucoup en situation d’obésité. « Une enquête informelle menée auprès de collègues qui dirigent les unités de soins intensifs dans d’autres hôpitaux du pays a donné des résultats similaires », écrivent les chercheurs américains.



Des patients obèses plus jeunes en soins intensifs

Epidémiologiste à l’hôpital de New York Langone Health, le docteur Jennifer Lighter, a constaté le même phénomène. « Dès les premiers jours où j’ai commencé commencé à traiter les patients Covid-19, nous avons vu rapidement un autre modèle. Il était évident et perceptible qu’il y avait beaucoup de jeunes en soin intensifs. Ce qui les démarquait était leur poids corporel ».
Même constatations dans l’unité de soins intensifs pulmonaires à Ochsner Health à la Nouvelle-Orléans. Le docteur Leonardo Seoane et ses collègues ont très vite commencé à voir le lien entre l’obésité et les symptômes graves du coronavirus chez des patients plus jeunes. « Nous avons une épidémie d’obésité dans le sud des États-Unis, précise Leonardo Seoane. Le traitement des patients obèses en soins intensifs n’est pas nouveau pour nous. Lorsque nous avons commencé à être inondés de patients Covid-19 gravement infectés, cela ne nous a pas nécessairement alarmé car nous recevons généralement de nombreux patients obèses en soins intensifs. Mais avec le temps, nous avons commencé à réaliser que c’était différent, car il est devenu clair que la majorité des jeunes admis en soins intensifs avec le coronavirus étaient obèses. »

(1) L’excursion du diaphragme ou excursion diaphragmatique (ED) permet l’étude du mouvement diaphragmatique correspondant à la distance maximale de la course diaphragmatique parcourue lors d’un cycle respiratoire, exprimée en centimètre.

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