Pour la première fois depuis le début de l’arrivée de la pandémie de coronavirus en France, Santé publique France différencie dans son bulletin national du 30 avril et dans ses synthèses régionales les différents IMC. Même s’il ne s’agit que d’une photographie réalisée par un réseau sentinelle de services de réanimation, les chiffres d’admission en réanimation et les statistiques liées à la mortalité des personnes souffrant d’obésité ne sont plus du tout les mêmes.

Pour la première fois depuis le début de l’arrivée de la pandémie de coronavirus en France, Santé publique France différencie dans son bulletin national du 30 avril et dans ses synthèses régionales les différents IMC. Même s’il ne s’agit que d’une photographie réalisée par un réseau sentinelle de services de réanimation, les chiffres d’admission en réanimation et les statistiques liées à la mortalité des personnes souffrant d’obésité ne sont plus du tout les mêmes.

C’est sans doute les données scientifiques qui auront fait le plus défaut depuis la crise du coronavirus en France. Alors que le président de la République, dés le 12 mars au soir, évoquait le risque de forme grave de Covid-19 lié obésité et la nécessité de protéger les plus fragiles (cliquez ici), il aura fallu quasiment huit semaines pour que l’Agence de santé publique (1) publie des chiffres détaillés sur l’obésité en distinguant les différents IMC (Indice de masse corporelle) et non plus en se référant au seul indicateur de l’IMC>40. Et ce, malgré le réajustement du Haut conseil de santé publique qui, dès le 31 mars, avait inclus « l’obésité avec IMC>30 » dans le champ des pathologies à risque. (cliquez ici) Et ce, malgré également les nombreuses constatations réalisées en Grande-Bretagne (cliquez ici), aux Etats-Unis et en Chine par des médecins et des scientifiques à l’origine de plusieurs publications sur le surpoids et l’obésité comme risques de forme grave de Covid-19.



27% des patients en réanimation étaient en surpoids ou en obésité

Dans son bulletin national mis en ligne le 30 avril, Santé publique France porte à la connaissance du public, dans la rubrique « Facteurs de risque, comorbidités et grossesse », la description des cas graves de Covid-19 admis en réanimation (2) entre le 16 mars et le 26 avril (données arrêtées le 28 avril 2020 par les services participant à la surveillance sentinelle).
Sur les 3 442 patients placés en réanimation au cours de cette période, 941 (soit 27%) présentaient un surpoids ou une obésité avec un IMC>25. On est loin du seul 11% (354 cas) que Santé publique France livrait jusqu’ici en ne prenant en compte que les IMC>40…
A ce titre, Santé publique France, constatant l’écart, précise dans un complèment d’information que « l’IMC est recueilli systématiquement à partir du 21 avril 2020. Bien que très souvent renseigné depuis la mise en place de la surveillance, il est possible que la prévalence de la comorbidité surpoids/obésité soit légèrement sous-estimé ». Doux euphémisme…



25% des patients décédés en surpoids ou en obésité

Tableau détaillé à la clé, le bulletin national de Santé publique France évalue donc que sur 3 432 patients admis en réanimation 941 cas avaient avec un IMC>25 (soit 27% de toutes les admissions). Le document indique également que sur les quelque 431 personnes qui sont décédées en réanimation, 106 avaient un IMC>25. Ce qui signifie que 25% des personnes décédées étaient en surpoids ou en obésité. Des pathologies qui, dans ce triste palmarès, arrivent juste derrière la pathologie cardiaque (32% des décès) et le diabète (30% des décès).

Dans le détail, on peut ainsi lire que les patients en surpoids :
IMC>25/30 = 250 patients en réanimation (7%) et 29 décès (7%)
IMC modérée >30/35 = 290 patients en réanimation (8%) et 28 décès (6%)
IMC sévère >35/40 = 148 patients en réanimation (4%) et 15 décès (3%)
IMC morbide >40 = 253 patients en réanimation (7%) et 34 décès (8%)

Cette différenciation permet de s’apercevoir que si tous les niveaux d’IMC ont été sévèrement impactés par des formes graves de coronavirus, le premier pallier du surpoids (IMC>25/30) paie un lourd tribut au Covid-19.



Jusqu’au 23 avril, « seulement » 11% des décès

Cette étude plus détaillée que les précédents bulletins démontre aussi l’approximation des statistiques jusqu’à fin avril. Pour preuve, le bulletin national émis le 23 avril.
Concernant l’obésité, le document officiel de Santé publique France ne prenait en compte que « l’obésité morbide IMC>40 ». Sur quelque 3 192 cas graves de Covid-19 alors admis en réanimation (source : réseau surveillance sentinelle), Santé publique France dénombrait 354 patients atteints d’obésité, ce qui représentait 11% de la population de patients en réanimation.
Parmi ces 354 patients, 40 n’ont pas survécu, soit 11%. Rien à voir avec les 25% de décès désormais actés depuis que les statistiques prennent en compte le surpoids et la maladie obésité à partir de l’IMC>25/30.

(1) L’Agence nationale de santé publique, aussi connue sous le nom de Santé publique France, est un établissement public à caractère administratif français, placé sous la tutelle du ministère de la Santé.

(2) Cette surveillance réalisée grâce à un réseau sentinelle de services de réanimation volontaires a pour objectif de documenter les caractéristiques des cas graves de Covid-19. Elle n’a pas vocation à dénombre tous les cas graves de covid-19 admis en réanimation.

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