Une équipe d’universitaires anglais d’Oxford et de la Londres ont analysé les données de santé de 17,4 millions de patients britanniques entre le 1er février 2020 et le 25 avril dernier pour découvrir les risques de décès liés au Covid-19. Outre l’âge avancé, le surpoids et l’obésité s'avèrent des facteurs aggravants.

Une équipe d’universitaires anglais d’Oxford et de la Londres ont analysé les données de santé de 17,4 millions de patients britanniques entre le 1er février 2020 et le 25 avril dernier pour découvrir les risques de décès liés au Covid-19. Outre l’âge avancé, le surpoids et l’obésité s’avèrent des facteurs aggravants.

La Grande-Bretagne est soumise à forte pression. Avec plus de 32 000 morts, les Anglais payent, pour l’heure, le plus lourd tribut à la pandémie de coronavirus dans le monde après l’Etats-Unis. Cette dramatique situation a conduit le secrétaire d’Etat à la Santé Matt Hancock a demandé, le 4 mai, des comptes aux autorités sanitaires du pays et a ordonné une vaste enquête afin de comprendre pourquoi les personnes en surpoids ou en obésité, les hommes et les minorités ethniques sont plus susceptibles de mourir du Covid-19 (cliquez ici)
Dans la foulée de cette exigence ministérielle, des chercheurs de l’Université d’Oxford et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), travaillant pour le compte du NHS Angleterre (1) et en partenariat avec NHSX (2), ont analysé les données de santé de plus de 17 425 445 d’adultes britanniques pour découvrir les facteurs clés associés à la mort de COVID-19. Les premiers résultats de cette gigantesque étude – la plus grande étude sur le Covid-19 menée par un pays à ce jour – ont été communiqué en fin de semaine dernière.


L’âge avancé, premier facteur associé à la mortalité

Cette étude, menée entre le 1er février 2020 et le 25 avril dernier, fournit, selon ses auteurs, les preuves les plus solides à ce jour sur les facteurs de risque associés au coronavirus. Parmi l’échantillon étudié, 5 683 décès dans les hôpitaux sont attribués au COVID-19.
Tout a été passé au scanner : maladies sous-jacentes, niveau de vie, âge, sexe, origine sociale ou ethnique… afin de dresser les profils des personnes les plus susceptibles de succomber à une infection au coronavirus.
On fil de l’étude, on peut lire que le premier facteur associé à la mortalité du Covid-19 est, sans surprise, l’âge. Les personnes de plus de 80 ans auraient 12 fois plus de « risques » de mourir que la tranche d’âge 50-60 ans. Cet écart est encore trois plus grand lorsque l’on compare avec la tranche des 40-50 ans. Comme toutes les enquêtes conduites auparavant dans le monde, la prévalence du sexe masculin est également confirmée : la probabilité de mourir de la maladie est doublée pour un homme.



Les personnes en obésité 2,4 fois plus représentées parmi les décès

L’étude évalue le rôle joué par les comorbidités. Si des pathologies comme le diabète et l’asthme s’avèrent des facteurs aggravants, le surpoids et l’obésité émergent clairement comme des formes à risque grave de covid-19. Les personnes souffrant d’obésité morbide sont, dans cette étude, 2,4 fois plus représentées parmi les décès. Même chose ou presque pour les cas graves de diabètes, ceux dit « incontrôlés ». Concernant les asthmatiques sévères, le risque supplémentaire se situe autour de 1,25.
Ces travaux confirment que les minorités ethniques comme les Noirs et les Asiatiques et les plus pauvres sont surreprésentés dans les listes de décès avec un risque de mort de 1,6 à 1,7 supérieur. Le professeur Liam Smeeth, professeur d’épidémiologie clinique au LSHTM, médecin du NHS et coresponsable de l’étude a déclaré que ces différences « ne sont pas attribuables à des problèmes de santé sous-jacents cliniques comme les maladies cardiovasculaires, le diabète… ».


Les Noirs et les minorités ethniques surreprésentés…

« Jusqu’à notre étude, les gens avaient très raisonnablement spéculé sur le fait que le risque accru de décès chez les personnes appartenant aux BME (Black and minority ethnic) pourrait être dû, par exemple, à une prévalence accrue de maladies cardiovasculaires ou de diabète ou d’obésité », souligne, dans une interview à CBS News, le docteur Ben Goldacre, directeur du DataLab au département des sciences de la santé des soins primaires de Nuffield à l’Université d’Oxford. « Lorsqu’on explique la présence ou l’absence d’autres problèmes médicaux et d’autres caractéristiques démographiques, le risque accru de décès pour les personnes BME ne disparaît pas, poursuit le docteur Goldacre, co-directeur de l’étude. C’est très important car cela démontre qu’elles ne sont pas plus à risque et que les raisons se situent ailleurs ».
Des travaux supplémentaires sont prévus sur cette problématique. Selon les chercheurs, il n’est pas exclu que la surreprésentation de ces populations s’explique par le fait qu’ils travaillent dans des métiers plus exposés au Sras-Cov-2 (santé, commerce, chantiers…). « La raison pour laquelle nous cherchons à savoir quels sont les facteurs de risque liés aux décès par le Covid-19,explique le professeur Liam Smeeth, c’est qu’elle nous permet de guider la politique sur les personnes qui ont besoin de protection. »


Des comparaisons qui posent question

Encore non validée par la communauté scientifique, cette étude suscite toutefois quelques réserves, comme le souligne le journal Le Parisien. « Ce qui pose question ici, ce sont les comparaisons qui sont faites entre les niveaux de risque d’un élément (âge, comorbidité…) et d’un autre », explique le quotidien national qui a interrogé Seb Bacon, l’un des chercheurs. « Cette étude suggère qu’un homme âgé de 40 à 49 ans atteint d’un diabète contrôlé a moins de chances de décéder qu’un homme de 50-59 ans sans diabète ». Mais ces « scores de risque » manqueraient aussi de pertinence méthodologique, selon Carole Dufouil, épidémiologiste. « Vous pouvez numériquement conclure beaucoup de choses du modèle mais à la base, il est faux », indique la directrice de recherches à l’Inserm. Dans Le Parisien, elle pointe notamment du doigt des confusions entre les notions de causalité (une chose en provoque une autre) et de corrélation (un simple lien entre deux choses). Selon elle, il est impossible de tirer de telles conclusions en l’état.

(1) Le NHS (National Health Service) est le système de la santé publique du Royaume-Uni.

(2) LE NHSX est l’unité du gouvernement du Royaume-Uni chargée de définir la politique nationale et d’élaborer les meilleures pratiques pour la technologie, le numérique et les données du National Health Service.

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