Une étude américaine menée dans l’Arkansas tend à démontrer que l’exposition aux fast-foods sur le trajet de l'école n'affecterait pas systématiquement le poids des enfants. Ces résultats vont à contre-courant de nombreuses autres études, de certaines idées reçues et surtout des politiques menées dans certaines grandes villes américaines pour lutter contre l'obésité infantile.

Une étude américaine menée dans l’Arkansas tend à démontrer que l’exposition aux fast-foods sur le trajet de l’école n’affecterait pas systématiquement le poids des enfants. Ces résultats vont à contre-courant de nombreuses autres études, de certaines idées reçues et surtout des politiques menées dans certaines grandes villes américaines pour lutter contre l’obésité infantile.

La restauration rapide située aux alentours des établissements scolaires a-t-il un impact sur l’obésité infantile ? A l’heure où certaines villes américaines, dont Austin et New York, envisagent d’interdire les fast-foods à proximité des écoles pour lutter contre l’obésité infantile, une étude dirigée par Michael R. Thomsen, professeur d’économie agricole et d’agro-industrie, rapporte que la présence de ces restaurants sur le trajet entre le domicile et l’école n’aurait pas forcément d’influence sur le poids des enfants.
Tandis que plusieurs études ont déjà montré une corrélation entre fast-food et obésité, et que de nombreux sont les experts de santé s’inquiètent depuis des années, et ce à travers le monde, de l’impact de la restauration rapide sur les habitudes alimentaires des plus jeunes, ce rapport jette un pavé dans la mare aux idées reçues.



Taux d’obésité : 18,4 % chez les 6-11 ans, 20,6 % chez les 12-19 ans

On le sait déjà : la réduction du taux d’obésité infantile est l’une des principales priorités de santé publique aux États-Unis, où les taux d’obésité sont de 18,4 % chez les 6-11 ans et de 20,6 % chez les 12-19 ans. En quête d’explications, les chercheurs du Centre pour l’amélioration de la santé de l’Arkansas (Arkansas Center for Health Improvement) se sont intéressés à l’exposition des enfants à la restauration rapide sur leur trajet domicile-école, et sur son impact sur l’indice de masse corporelle (IMC).
Ces experts se sont plus particulièrement penchés sur les changements observés dans cette exposition à la restauration rapide lorsque les enfants progressent dans le système scolaire, passant de l’école primaire au collège, ou encore du collège au lycée.
Pour parfaire leur étude, les chercheurs ont utilisé l’IMC d’élèves de l’Arkansas, recueilli entre 2004 et 2010, ainsi que l’adresse de leur domicile et de leur école.
Dans un second temps, les scientifiques ont identifié les établissements de restauration rapide sur le trajet de l’école des participants, dont les McDonald’s, les Burger King, les Dairy Queen, les pizzerias à emporter, les Taco Bell, les Subway, les Quiznos, les KFC, ou encore les Chick-Fil-A. Ils ont ensuite mesuré l’impact des changements à cette exposition lors de la progression des élèves vers des établissements supérieurs.



« Aucun impact entre exposition à la restauration rapide et IMC chez les élèves du primaire »

Publiés dans le journal Q Open, ces travaux montrent dans un premier temps que plus des deux tiers de l’échantillon (69,6%) n’avaient aucune exposition à la restauration rapide à moins de 800 mètres de leur domicile et 45,2% avaient au moins un fast-food situé à moins de 800 mètres de leur école. Les chercheurs expliquent également que les changements d’exposition à la restauration rapide n’avaient pas d’impact sur l’IMC des participants.
Selon les chercheurs, « les résultats démontrent qu’il n’y a aucun impact entre exposition à la restauration rapide et IMC chez les élèves du primaire ». En revanche, les chercheurs indiquent une légère variation de l’IMC pour les élèves du secondaire qui ont au moins cinq fast-foods à proximité de leur école. Même constatation pour les élèves du secondaire qui ont entre deux et quatre fast-foods sur leur trajet par rapport à ceux qui n’en ont pas.
Dans leurs conclusions, les scientifiques indiquent toutefois qu’ « une exposition à des fast-foods, en elle-même, n’est pas un facteur de gain de poids excessif chez les enfants ». Ils n’excluent cependant pas le fait que des effets sur l’IMC soient observés sur plus long terme.



Des études contradictoires

De nombreuses études ont jusqu’ici pointé du doigt la présence de fast-food à proximité des établissements scolaires aux Etats-Unis. Ces données ont d’ailleurs poussé certaines villes à prendre des mesures pour remplacer la restauration rapide par des établissements proposant une alimentation plus saine.
En 2009, une étude publiée par le National Bureau of Economic Research aux États-Unis révélait alors que la présence d’un restaurant dit « de malbouffe » situé dans un rayon de 150 mètres d’une école pouvait accroître l’obésité de 5%.
En tout début d’année 2005, une autre étude américaine réalisée par l’Université du Minnesota et l’hôpital de Boston et publiée dans la revue médicale The Lancet a mis en évidence une forte association statistique positive entre la consommation de fast-food et le risque d’obésité ou de diabète de type 2. Pendant quinze ans, 3 031 jeunes américains âgés de 18 à 30 ans en 1985 et 1986 ont été suivis. Conclusion : les grands consommateurs de fast-food (plus de deux repas par semaine) au début de l’étude accusent, sur la durée de l’étude, un gain pondéral plus élevé de 4,5 kg que les consommateurs occasionnels au début de l’étude (moins d’un repas par semaine), ainsi qu’une augmentation de la résistance à l’insuline deux fois plus forte. « Les changements dans la consommation de fast-food durant l’étude sont fortement corrélés à des variations du poids corporel. La résistance à l’insuline augmente elle aussi avec la consommation de fast-food », ont estimé les chercheurs ont au moment de la publication. La grande question sera de savoir dans quelle mesure la relation est causale.
Dans un commentaire sur cette étude, une diététicienne danoise se demandait si le bénéfice du doute ne devrait pas profiter aux consommateurs. Face à une épidémie d’obésité qui se répand plus vite que prévu, les Etats-Unis s’interrogent sur les responsabilités réciproques des individus et de l’industrie qui les habitue à des portions de plus en plus gargantuesques.



« Manger au restaurant apporterait autant de calories que le fast-food »

Dans les années à venir, des recherches supplémentaires pourraient donc être menées pour déterminer de façon plus précise encore le rôle de la restauration rapide sur les habitudes alimentaires des plus jeunes. L’enjeu est d’autant plus important que, selon une étude américaine publiée dans la revue Public Health Nutrition en 2014, « manger au restaurant apporterait autant de calories que le fast-food ».
Cette étude regroupant 12 000 participants âgés de 20 à 64 ans tend, en effet, à démontrer que l’apport énergétique net est plus élevé après un repas au restaurant qu’après un repas en fast-food (296,38 kilos/cal contre 194,49 kilos/cal.) Si on trouve plus de graisses saturées dans le second (3,48 mg) que dans le premier (2,52 mg), la restauration classique est en revanche plus riche en sodium et en sucre (451,06 mg contre 296,38 mg). L’étude fait aussi une découverte surprenante : l’apport en calories varie selon les caractéristiques personnelles des participants. Par exemple, l’apport énergétique est plus important chez les adultes noirs que chez les blancs et les hispaniques. Les adultes aux faibles et moyens revenus prennent également plus de calories que les adultes aux revenus élevés.
C’est dire si le sujet sur l’obésité et la restauration rapide reste plus ouvert que jamais.


Philippe PALAT

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